Le Dernier chant des Sirènes

Si l’on connaît surtout Poul Anderson pour son œuvre science-fictive, l’auteur américain n’a pas pour autant dédaigné la fantasy, recherchant son inspiration du côté de l’histoire médiévale et de la mythologie scandinave. Le Dernier Chant des Sirènes ne figure pas parmi ses titres les plus mémorables. Du moins, s’il faut chercher un peu, des romans comme Trois Cœurs, trois lions, La Saga de Hrolf Kraki ou encore Tempête d’une nuit d’été viennent plus facilement à l’esprit. Paru jadis au Fleuve noir dans sa collection « Les Best-sellers », le roman est issu de la novella The Merman’s Children, disponible dans nos contrées sous le titre Les enfants du nixe (cf Le Manoir des Roses, Le livre d’or de la science-fiction), et de la nouvelle The Tupilak.

Passé un prologue faisant un peu pièce rapportée, le récit débute au Danemark dans la cité sous-marine de Liri où vivent paisiblement des nixes, variante scandinave de nos ondins. Suite à l’exorcisme d’un religieux trop zélé, ses habitants sont dispersés. La majorité des survivants suit son roi dans un périple qui les fait échouer sur la côte dalmate. Les autres, les quatre enfants du roi, des hybrides nés de l’union avec une humaine, restent en arrière, le temps de trouver à la cadette un refuge. Confiée aux bons soins d’un prêtre, elle accepte finalement le baptême, troquant aussitôt ses origines et souvenirs contre une âme immortelle. L’irréversibilité du processus oblige sa fratrie à lui procurer l’argent nécessaire pour faire un bon mariage, lui évitant ainsi le célibat et la réclusion monacale. Ils s’embarquent alors dans une chasse au trésor avec l’aide d’une femme de petite vertu.

Si la thématique du Dernier Chant des Sirènes n’est pas sans rappeler la manière de Thomas Burnett Swann, transposée bien sûr ici dans l’Europe chrétienne des XIIIe et XIVe siècle, le ton se veut beaucoup moins sensuel et nostalgique. Poul Anderson se place résolument du côté de l’Histoire, nous racontant le crépuscule d’un âge où le merveilleux côtoyait la civilisation. Et si l’atmosphère se fait plus sombre, lorgnant vers une fantasy héroïque, nul manichéisme ne vient entacher le propos. Les créatures de la féerie ne doivent pas s’effacer, comme un archaïsme ou un reliquat de superstition à éradiquer. Elles peuvent jouer leur rôle sans se poser de questions, ou opter librement pour la fusion au sein de l’humanité, contribuant ainsi à son évolution. Un cheminement dont l’un des personnages pressent qu’il conduira l’homme à élucider tous les mystères, jusqu’à ceux de la foi, et à dépasser les limites du globe terrestre pour atteindre les étoiles.

Toutefois, malgré le progressisme du propos, on ne peut s’empêcher de trouver le récit un tantinet décousu. On sent bien que l’auteur américain a voulu donner plus d’ampleur à la novella éponyme, lui adjoignant des épisodes supplémentaires qui mettent en scène d’autres créatures issues des mythologies scandinave, slave et inuit. Le périple des survivants de Liri et des enfants de son roi sert par conséquent de prétexte à une juxtaposition d’aventures, entre Groenland, Danemark et Dalmatie, marquées par les rencontres avec l’ultime selkie, un tupilak et une variante de roussalka. Malheureusement, le fil directeur unissant les deux arcs narratifs apparaît pour le moins tenu, quand il ne semble pas un peu forcé. Ajoutons à cela une traduction guère convaincante, où l’on mélange notamment les souverains danois.

Bref, si à bien des égards Le Dernier Chant des sirènes s’apparente à une lecture distrayante, on ne le retiendra pas parmi les indispensables de l’auteur américain. Ou alors, on se contentera de lire la novella Les enfants du nixe.

Le Dernier Chant des Sirènes (The Merman’s Children, 1979) de Poul Anderson – Éditions Fleuve noir, collection Les Best-sellers n°1 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Michel Lodigiani)

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