La Maison des damnés

Sept jours. C’est le temps exact dont dispose le Dr Barrett, un célèbre parapsychologue, pour élucider le mystère de la maison Belasco. Une semaine pour purger la demeure de l’entité meurtrière qui la hante et ainsi donner davantage de substance à sa théorie sur les radiations électromagnétiques.

Auparavant, il lui faut convaincre l’équipe de spirites qui l’accompagne. Un choix dont il se serait bien passé mais imposé par le commanditaire de la mission, un riche magnat que la perspective de mourir effraie et qui espère prouver scientifiquement la survie de l’âme. Mais, a-t-on jamais vu équipe plus désunie que ces investigateurs attirés par la réputation sinistre de la maison Belasco ? Lionel Barrett est persuadé que les manifestations paranormales sont issues du subconscient humain, comme une sorte de moi subliminal à l’origine des phénomènes psychiques. De son côté, Florence Tanner est convaincue d’agir dans l’intérêt des âmes damnées afin de leur apporter le secours spirituel dont elles sont privées dans l’au-delà. Quant à Benjamin Fischer, seul survivant d’un précédent séjour dans la maison Belasco, il a accepté d’y revenir contre la promesse d’une récompense de 100 000 dollars. Une somme dont il compte faire bon usage, ses talents de médium ayant été définitivement ruinés après cette précédente expérience traumatisante. Bref, pour le trio de spécialistes et l’épouse de Barrett, l’ingénu du groupe, la semaine ne s’annonce pas de tout repos.

En dépit de ses qualités, on ne peut guère nier l’aspect daté de La Maison des damnés. La mode était à la maison hantée, aux pouvoirs parapsychologiques (ne dîtes pas paranormaux, cela manque de sérieux) et à l’ectoplasme baladeur. Toutefois, le constat ne nuit pas fâcheusement à l’aura de classique dont se pare le récit, adapté au cinéma en 1973 par Richard Matheson lui-même, pour le compte de John Hough. Les inconditionnels de l’auteur américain retrouveront ainsi son goût pour les intrigues psychologiques et un tantinet déviantes. L’horreur se cantonne en effet aux tréfonds de la psyché humaine, sévissant de manière perverse et retorse pour pousser à la folie et à la mort le Dr Barrett et les membres de son équipe. Et lorsque la terreur se déchaîne, elle agit de façon indirecte et convenue, se passant des effets horrifiques, voire gores, auxquels les ouvrages ultérieurs, et le cinéma, nous ont habitués.

De la même façon, Richard Matheson tend à rationaliser les phénomènes surnaturels, s’intéressant à l’explication de leurs causes et délaissant l’exploration de toutes les nuances horrifiques de leurs manifestations, même si certaines scènes se révèlent très anxiogènes, notamment celle du sauna. Il s’attache surtout à la psyché des personnages, nous invitant à un voyage au centre de la tête. Car, l’horreur est ici tapie dans les tréfonds de l’esprit humain. Celui de l’inventeur de la maison des damnés lui-même, Belasco, un être dépravé aux mœurs imprégnées par un sadisme mortifère. Elle affleure aussi dans l’esprit des membres du groupe qui semblent avoir tous un passif psychologique chargé, offrant un terrain favorable aux manipulations d’outre-tombe d’un maître des lieux acharné à les perdre.

Finalement, au bout de plus de trois pages au rythme sans faille, cliffhangers y compris, le dénouement de l’intrigue tient plus de la résolution d’une énigme policière, genre dans lequel a œuvré également l’auteur américain. On est bien loin du festival gothique ou horrifique attendu. De même, on repassera pour avoir sa dose de frisson cathartique. À vrai dire, Richard Matheson nous convie à une thérapie de groupe empreinte de perversité, puisque libérés de leurs refoulements, de leurs névroses et de leur fantasmes déviants, les survivants de La Maison des damnés peuvent poursuivre leur chemin, apaisés, avec de surcroît le sentiment du devoir accompli. Maintenant, comme on dit, un lecteur averti vaut deux ectoplasmes.

La Maison des damnés (Hell House, 1971) de Richard Matheson – Réédition J’ai lu, juillet 2017 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Patrick Reumaux)

2 réflexions au sujet de « La Maison des damnés »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s