Yurlunggur

Voilà près de vingt ans que je chronique des bouquins. D’abord, pour les connards élitistes du webzine Le Cafard cosmique. Puis, pour la revue Bifrost. Et, je me rends compte que mon style a pas mal évolué depuis cette époque. Pendant cette période, je me suis essayé à plusieurs styles, histoire d’affûter ma plume. La chronique en immersion me plaisait bien. En voici un aperçu.

We don’t serve your country

Don’t serve your king

Know your custom don’t speak your tongue

White man came took everyone

We don’t serve your country

Don’t serve your king

White man listen to the songs we sing

White man came took everything

We carry in our hearts the true country

And that cannot be stolen

We follow in the steps of our ancestry

And that cannot be broken

We don’t need protection

Don’t need your land

Keep your promise on where stand

We will listen we’ll unterstand

Mining compagnies, pastoral compagnies

Uranium compagnies

Collected compagnies

Got more right than people

Got more say than people

Forty thousand years can make a difference to the state of things

The dead heart lives here.

The dead heartMidnight Oil

Prologue :

Tropisme irrésistible.

Les pulsations poisseuses de la mer martèlent la laisse mousseuse du bas de plage. La mer parle. La mer chante. Pour qui ? Le vent soufflant par-delà l’horizon – soleil couchant – ébouriffe ses cheveux et modèle son épiderme nu. Il fait chaud.

En ce lieu sacré, saint des saints auquel il est charnellement attaché, c’est l’heure du Rêve. Instant d’intemporalité, qui fut et qui est. Période primordiale où s’unissent le présent, la mémoire vivante et le passé ancestral.

Mémoire du présent qui le rappelle à l’ordre. L’éternité doit s’effacer. Le monde le rappelle à son souvenir. Yurlunggur, le serpent sacré est-il réveillé ? Va-t-il vomir un monde devenu plus adulte ?

Non. Une promesse doit être exaucée. Un serment tenu. Le moment approche. Bientôt. Maintenant. Accélération…

Face A : Le Temps réel.

Fox est jeune. Fox veut réaliser ses rêves. En particulier, celui de sa compagne Flamme. La belle désire arpenter le sol australien. Mais, la vie est courte. Aussi Fox court-il, sans cesse, après le coup suivant, celui qui lui permettra de s’envoler, c’est sûr, vers la terre australe promise. Fox est malin. Il deale de la cocaïne dans les coins louches du parvis de la Défense. Il consomme aussi. La coke aiguise ses facultés. Elle accélère ses réflexes, dope son intellect, assouplit son corps, efface la peur et occulte la douleur. Il est meilleur. Il est LE meilleur. Fox est affûté. Toujours à la recherche du « gros coup ». Le dernier, celui qui lui permettra de s’offrir son billet. Mais, la course est sans fin. La déchéance approche. A moins, que cette dernière combine ne le mette à l’abri. Il doit livrer des armes à des inconnus dans un parking souterrain. Trois types louches à l’allure et aux manières sauvages. Peu importe l’usage qu’ils en feront. Ce qui compte, c’est le pactole. La grosse galette (« roule roule la galette »).

C’est Joao qui l’a mis en contact avec ces lascars. Un mec droit mais un peu énigmatique. Fox le croit indien. L’est-il vraiment ? Fox ne voit pas cette belle porte qui détonne dans l’appartement sordide du supposé indien. Lourde, taillée dans un beau bois veiné, poncée et polie jusqu’à être aussi lisse qu’une peau d’enfant. Que masque-t-elle ? Une chambre ou un autre sanctuaire plus primordial ? La question n’est pas posée. Peut-être plus tard par Flamme à la recherche de son homme.

En attendant, l’affaire dérape. Les événements se cabrent. Sin, un des potes de Fox, morfle. Coma profond. Fox est surveillé puis pourchassé par les féroces du parking qui se révèlent être les Tueurs de la Nouvelle Lune. Son appartement est dévasté et Flamme demeure introuvable. Sans doute est-elle morte comme l’atteste le cadavre défenestré en bas de l’immeuble. Fox s’échappe au volant de sa Toyota. Il se souvient des deux mots inscrits comme une balafre sanglante sur le mur de son appartement : DHUNUPA ROM. « Telle est notre Loi ». Quelle loi ? Son destin lui glisse entre les mains.

Face B : Le Temps du rêve.

Sur l’autoroute, Fox roule pied au plancher. Il hallucine. Les informations se télescopent dans sa caboche. Son cerveau carbure aussi vite que sa voiture et risque la surchauffe. La police le traque-t-elle ou non ? Flamme est-elle vraiment morte ? Les Tueurs de La Nouvelle Lune, leur chef Redrun en tête, sont-ils à ses trousses ? Il enfourne une cassette dans l’autoradio de la Toyota. Les premières notes de « Gimme shelter » de The Sisters of Mercy résonnent dans l’habitacle.

Oh, see the storm is threatening
My very life today
If I don’t get some shelter
Yeah, I’m gonna fade away

War, children
It’s just a kiss away
It’s just a kiss away
Yeah Oh, see the fire is sweeping
Down through the streets today
Burning like a bright red carpet
Another fool who lost the way

Rape. murder.
It’s just a kiss away
It’s just a kiss away
Yeah

Oh, see the storm is threatening
My very life today
If I don’t get some shelter
Yeah, I’m gonna fade away

Love, sisters
It’s just a shot away
It’s just a shot away
Love, sisters
It’s just a shot away
Shot away
Shot away

War, children
It’s just a kiss away
It’s just a kiss away
War, children
It’s just a kiss away
Kiss away
Kiss away

Rape. murder.
It’s just a kiss away
It’s just a kiss away
Rape. murder.
It’s just a kiss away
Kiss away
Kiss away

La nuit est tombée. Soudain une Saab 900 Turbo noire aux vitres teintées bleue le prend en chasse. Elle déboîte, le menace. Les étincelles fusent, le véhicule tangue. Elle l’a touchée. Ce sont les tueurs de la Nouvelle Lune forcément – Redrum au visage noir couturé de cicatrices et ses deux sbires. La course-poursuite s’engage. Road movie ? Non, stock-car movie. Fox slalome entre les autres voitures. Il accélère, freine, déboîte. Rien n’y fait. La Saab lui colle au pare-choc. Les phares éclairent l’intérieur de l’habitacle dessinant sa silhouette dans le miroir de courtoisie. Les chasseurs le mirent dans leur ligne, prêt à faire un carton. Ils sont acharnés et ne le lâcheront pas. Le Rêve se substitue à la réalité sans que la drogue n’y puisse plus rien. La cocaïne est un allié puissant mais elle ronge le cerveau. La sueur colle à son épiderme glacé comme la peau d’un serpent. Yurlunggur, le python sacré est réveillé. Fox n’a plus de prise sur son destin. Il fonce, droit devant. Les rails de sécurité sont comme les parois rayées du canon d’une arme. Il doit combattre. Plus le temps de s’effrayer. Plus le temps de songer à Flamme.

No time for cry.

It’s just a feeling
I get sometimes
A feeling
Sometimes
And I get frightened
Just like you
I get frightened too
but it’s…

(no no no) No time for heartache
(no no no) No time to run and hide
(no no no) No time for breaking down
(no no no) No time to cry

Sometimes in the world as is you’ve
Got to shake the hand that feeds you
It’s just like Adam says
It’s not so hard to understand
It’s just like always coming down on
Just like Jesus never came and
What did you expect to find
It’s just like always here again it’s…

(no no no) No time for heartache
(no no no) No time to run and hide
(no no no) No time for breaking down
(no no no) No time to cry

Everything will be alright
Everything will turn out fine
Some nights I still can’t sleep
And the voices pass with time
And I keep
[repeat]
No time for tears
No time to run and hide
No time to be afraid of fear
I keep no time to cry

(no no no) No time for heartache
(no no no) No time to run and hide
(no no no) No time for breaking down
(no no no) No time to cry

La destination de Fox est déjà fixée. Au bout de la piste asphaltée, sur une plage, Yurlunggur l’attend. Honorera-t-il son rendez-vous ? Renaîtra-t-il, craché violemment, à la face du monde ? A lui de modeler son avenir. Et les chants retentissent de plus en plus forts dans sa tête. Sourds, graves, monotones et accompagnés d’un cliquetis rythmé.

Épilogue :

Le roman est posé sur le bureau, refermé, et pourtant il reste bien présent. Bon récit, court et nerveux. Il reste imprimé dans sa mémoire. Le sang qui pulse dans ses tempes, redescend peu à peu. Son voyage immobile en une autre dimension est terminé. Moment d’écriture accouché au forceps. Il lira un autre livre, un autre jour. Pour l’instant, la mer dont le ressac découvre et recouvre la plage éternelle l’appelle.

Yurlunggur de Jean-Marc Ligny – Editions Denoël, collection « Présence du Futur », 1987

Publicités

5 réflexions au sujet de « Yurlunggur »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s