Moi, Peter Pan

Parmi les créations et créatures littéraires héritées du début du XXe siècle, Peter Pan fait partie des personnages les plus marquants. Sans doute l’adaptation des studios Walt Disney et celle Steven Spielberg ne sont-elles pas étrangère à ce fait. Même si ce court roman de Michael Roch ne manquera pas de réveiller quelques réminiscences empruntées à ces deux films, l’auteur français et co-créateur du vlog la Brigade du livre, leur préfère un retour aux sources, c’est-à-dire au Pays Imaginaire tel qu’il est sorti de l’esprit de James Matthew Barrie.

« Alors conserve ce nom précieusement. Personne n’est toi et c’est là ton plus grand pouvoir. »

Pour cette variation autour du personnage inventé par l’auteur britannique, Michael Roch opte pour une sorte de poème en prose, s’attachant aux doutes et aux états d’âme d’un Peter Pan n’étant plus que l’ombre de lui-même. Un éternel enfant ne parvenant pas à faire le deuil de ses souvenirs, au point de renoncer à poursuivre une existence pétrie d’espièglerie et d’insouciance.

En quinze courts chapitres, en forme d’instantanées n’ayant pas forcément de lien entre-eux, on parcourt ainsi le Pays Imaginaire, du Village de Cocabanes, où vivent les enfants perdus, jusqu’à la crique de Kidd où le bateau des pirates est à l’amarre, en passant par la Forêt interdite où se tapissent les bêtes sauvages. Au gré de l’humeur de Peter, on flirte avec Lili la Tigresse, toujours aussi jalouse de Wendy et de la Fée Clochette. On échange avec un crabe autour de l’âme d’un bâton, les pieds léchés par la marée montante. On plonge dans les Sept Mers, à la recherche des trésors cachés par les sirènes ou en quête d’étoiles. On cherche son ombre jusqu’aux grottes des Fées. On défie une fois de plus le Capitaine Crochet et le crocodile. Et, on nourrit un spleen tenace, suspendu au tic-tac du temps qui passe.

« Il a dit qu’il voyait cette flamme à chaque fois que je regardais sa fille, Lili. Eh bien tu vois, murmure-t-elle. Les lunes roses… »

En 118 pages, Michael Roch ainsi restitue la magie des lieux, impulsant à cet univers symbolique une maturité adulte. Il fait entrer en collision les images et les mots, suscitant un sentiment de mélancolie irrésistible, tout en évoquant un questionnement complexe autour de l’identité, de la mémoire, des aléas de l’existence, de l’avenir, de la solitude et de la mort. Fort heureusement, il ne néglige pas pour autant la malice du dieu Pan. En dépit de sa tignasse pleine de poux, de son ventre dévoré par les bébêtes qui grattouillent, de sa faculté à remporter sans coup férir les concours de jeux de gros-mots, Moi, Peter Pan nous renvoie l’image d’un être fragile, taraudé par les doutes, l’angoisse et qui, pourtant, adresse un pied de nez à l’entropie, à la vieillesse et à la mort.

Voici donc un court texte à dévorer, histoire de retrouver une seconde jeunesse.

Moi, Peter Pan de Michael Roch – Mü Éditions, collection « Le labo de Mü », février 2017

4 réflexions au sujet de « Moi, Peter Pan »

  1. Pas encore lu mais le mythe de Peter Pan revisité par cet auteur, c’est certainement très poétique
    ..Après tout, le rêve et la fantaisie sont là pour nous rendre la réalité moins cruelle.

  2. Lu et relu..Coup de foudre pour ce petit livre drôle, grave, plein de mélancolie. Oui on aimerait bien retrouver la magie des commencements.
    L’auteur nous livre aussi de belles réflexions sur la vie. Des passages très émouvants aussi sur la notion du lien que l’on peut tisser avec quelqu’un et qui reste malgré la disparition de l ‘âme sœur.
    Cet auteur est très intéressant!

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