L’Enfer des masques

Mystère à Nice. Nora n’a connu que sa mère, une psychothérapeute aimante et dépressive. Ceci ne l’empêche pas pourtant d’imaginer les scénarios les plus improbables pour combler l’absence de père, allant jusqu’à en faire un extraterrestre de passage sur Terre. La perspective l’excite d’ailleurs un peu, mais il faut bien que jeunesse se passe. Notez bien que cela embellirait son pedigree d’être la fille de l’homme tombé du ciel. Férue de cinéma, la jeune femme a entamé une liaison avec Régis qui, loin d’être un con, se révèle surtout comme un bourge blindé de fric. En sa compagnie, elle découvre les arcanes de la jet society, une élite habituée aux soirées à Nirvana Bay, le club à la mode près de Sophia Antipolis. Elle y découvre un aspect secret du passé de sa mère, via une photo affichée dans une salle du complexe récréatif, un cliché où celle-ci apparaît avec un ancien collègue et compagnon. Son père ?

Énigme à San Francisco. Émergent d’un long coma, une dizaine d’années dans un néant cotonneux, Priscilla doit réapprendre à mouvoir son corps et se réapproprier sa mémoire. Hospitalisée dans une clinique pour riches appartenant à son mari aimant, Nick Dickovski, le magnat de l’intelligence artificielle, elle entame une douloureuse convalescence sous la surveillance d’une équipe médicale ultra-protectrice. Mais, une succession de visions violentes, de rêves cauchemardesques, l’a font bientôt douter de la réalité de son passé et de la bienveillance de son époux.

Sur le blog yossarian, on ne cache pas la passion coupable nouée avec l’œuvre de Jacques Barbéri. Les curieux pourront d’ailleurs se référer à cet article pour en juger. Longtemps annoncé chez son éditeur attitré, La Volte, le nouveau roman de l’auteur niçois ne déçoit finalement pas l’attente angoissé du fan. Bien au contraire, L’Enfer des masques se révèle à la hauteur de l’imaginaire hors norme d’un auteur, toujours en prise avec des thématiques éminemment science-fictives.

À la fois quête et enquête, celles d’une jeune femme obsédée par un père inconnu, le récit nous amène des rives méditerranéennes aux côtes de la baie de San Francisco, d’un technopole à l’autre, auprès des barons de la haute technologie, ces inventeurs et chefs d’entreprises ayant capitalisé sur les technologies de l’information et sur l’intelligence artificielle. Jacques Barbéri distille ainsi une intrigue maîtrisée, dépouillée de la dinguerie inhérente à ses romans précédents, sans pour autant renoncer complètement aux déviances psychologique auxquelles il nous a accoutumés. Il remplace la folie par un sentiment d’inquiétude, une angoisse latente attisée par un art de la manipulation. Faux semblants et simulacres président ainsi au déroulé d’un récit pétri de culture cinématographique et science-fictive, se lisant comme un thriller.

Mêlant l’esthétique du giallo à la physique quantique, le roman de Jacques Barbéri manifeste également un goût immodéré pour l’humour décontracté et le vertige spéculatif de la modernité technologique, lorgnant à la fois du côté de J. G. Ballard, de Theodore Sturgeon et de Philip K. Dick. Porté par des dialogues vifs et piquants, le récit joue avec les apparences, la nature incertaine et multiple d’une réalité qui, si elle peut se révéler sensuelle, est cependant loin d’être consensuelle. En somme, une forêt de symboles qu’il convient de démasquer par la fiction.

Cocktail réussi de science-fiction et de polar, L’Enfer des masques ravira donc sans peine l’amateur de questionnement autour de la mémoire et de la réalité. Il réjouira également les aficionados de l’auteur français par son jeu avec les références culturelles, y compris celles issues des mauvais genres. Mais, sur le blog yossarian, on prêche des convaincus.

L’Enfer des masques de Jacques Barbéri – Éditions La Volte, février 2019

2 réflexions au sujet de « L’Enfer des masques »

  1. Jamais croisé ses bouquins mais ses inspirations de jeunesse m’auraient probablement poussé à me sauver dans ma propre jeunesse. C’est quand même bien intrigant alors je note.

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