Le Sang des Immortels

Verfébro, deuxième satellite de Vélag-B. Ce monde des confins n’attire pas vraiment les visiteurs, surtout depuis que la multimondiale qui en détient la propriété, a décrété un embargo technologique. La rare population, partagée entre clans primitivistes et employés de la compagnie, est coincée entre l’unique plateau défriché et les lisières de la forêt-monde. Une colonie en butte au harcèlement incessant des indépendantistes, à l’inexorable pression de la forêt, de sa faune et de sa flore mortelles. Seuls les Dracs et le soma, la substance tirée du sang de ces créatures, censée conférer l’immortalité, suscitent un maigre intérêt pour Verfébro. Mais, ils ne sont guère nombreux ceux qui peuvent se vanter d’avoir approché ces créatures légendaires faisant l’objet d’un culte. Pourtant, quatre voyageurs d’outre-monde débarquent, prêts à braver les dangers de la Maréselva. Ils cherchent un guide et cachent dans leurs bagages beaucoup de secrets…

Paru jadis dans la mythique collection Anticipation du Fleuve noir, Le Sang des Immortels ne figure pas parmi les œuvres incontournable d’un auteur qui faisait alors ses premières armes. Autant le dire tout de suite, ce court roman de Laurent Genefort ne brille pas par son originalité. Au-delà du motif de la quête, opportunément rappelé par la quatrième de couverture, l’intrigue reste très plan-plan. Une course-poursuite à travers les paysages hostiles d’un monde-forêt, des rebondissements téléphonés et des caractères stéréotypés, on ne baigne pas dans la complexité, bien au contraire, ce serait plutôt dans l’alimentaire. Cependant en dépit de toutes ces faiblesses, ce n’est pas sur ce point que j’attendais Laurent Genefort, auteur autrement plus connu pour sa thèse sur les livres-univers. Je le guettais plutôt pour ces fameuses vertus de la science fiction mentionnées par Ursula Le Guin.

Selon l’autrice américaine, la science fiction se distingue en effet par les vertus suivantes : la vitalité, l’ampleur et la précision de l’imagination, l’aspect ludique, la richesse et la puissance de la métaphore, la liberté par rapport aux attentes et aux maniérismes littéraires conventionnels, la sincérité morale, l’esprit, le punch, et enfin, la beauté (intellectuelle, esthétique et humaine).

Voyons d’abord la vitalité, l’ampleur et la précision de l’imagination. D’entrée de jeu, l’auteur français nous gâte avec un monde forestier. Verfébro se révèle en effet doté d’un fort potentiel. Une écologie fascinante, furieusement immersive et crédible, un arrière-plan géopolitique apparemment assez fouillé, même si on ne fait que le deviner ici. Parmi les trouvailles de Genefort, la Maréselva, cette forêt ne faisant qu’un avec l’océan, à la manière d’une sorte de mangrove planétaire, imprime durablement sa marque sur l’esprit et l’imaginaire. Question esprit ludique et punch, Laurent Genefort démontre de réelles qualités de conteur. Le Sang des Immortels est fun sans aucune autre prétention que celle de distraire. Par contre, on repassera pour la richesse et la puissance de la métaphore. Quant à la beauté (intellectuelle, esthétique et humaine), il faut se contenter du service minimum. Et lorsque l’on se penche enfin sur la sincérité morale, force est de constater qu’elle est juste du niveau d’un proto-Avatar ou d’un sous-Le nom du Monde est forêt.

Bref, c’est un peu déçu que je ressors de cette lecture, ou du moins avec le sentiment de ne pas en avoir vu mes attentes satisfaites. A suivre avec le cycle d’Omale.

ps : Chapeau bas à l’illustration de couverture qui réussit à faire jeu égal avec celle de l’édition Fleuve noir en matière de laideur.

Le Sang des Immortels de Laurent Genefort – Éditions Critic Science-Fiction, septembre 2011

5 réflexions au sujet de « Le Sang des Immortels »

  1. C’est tout Laurent Genefort, ça… Pas beaucoup d’originalité côté histoire, mais toujours un exotisme et un dépaysement… Même si j’ai souvent pu constater qu’il n’était pas parfait, il n’en reste pas moins que j’ai toujours quant à moi hâte de découvrir davantage de lui.

  2. Bien d’accord avec toi (récit comme couverture).
    Du coup, quand les personnages classiques prennent trop de place dans les histoires de Laurent Genefort, j’ai tendance à me méfier ; je préfère davantage les récits choraux où aucun ne semble plus important que les autres (Lum’en par exemple).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s