Chamamé

« Ils ne commencent jamais. Ils explosent. D’un coup. Ils sont comme ça mes rêves. »

J’avais dit grand bien de Golgotha, confiant mon impatience de lire Chamamé. Il ne m’aura pas fallu attendre trop longtemps pour réaliser cette promesse. 216 pages menées à un train d’enfer par un auteur inspiré. Désormais, c’est certain, Leonardo Oyola entre dans mon panthéon, malgré des goûts musicaux que l’on qualifiera poliment de personnel (voir la playlist jointe en fin d’ouvrage).

Transfiguration d’une histoire criminelle, par la grâce de Jehovah, de Gun’s and Roses et du chamamé (genre musical traditionnel de la province de Corrientes, en Argentine, mais joué aussi au Paraguay et dans certains endroits du Brésil), le roman de Leonardo Oyola nous amène dans la région du litoral argentin, guère éloignée des trois frontières. Une trinité pas loin d’être fatale pour Perro et le pasteur Noé, deux bandits notoires évoluant en-dehors de tout cadre. Un duo de pirates de la route, formant une bande à eux tout seuls.

Doué pour la conduite, Perro fuit, le pied au plancher, pour échapper à l’encagement dans une famille. Un avenir dont il redoute le quotidien merdique et terne de sous-prolétaire. De son côté, Noé a découvert sa vocation dans les paroles des chansons populaires. Par ce truchement, Dieu lui parle. Il s’adresse à lui, le chargeant d’évangéliser ses compatriotes et de construire une église pour accueillir les âmes perdues. Et tant pis s’il faut voler et tuer pour atteindre ce but. Le salut ne s’embarrasse pas des détails secondaires.

Difficile de déterminer qui de Perro ou de Noé apparaît comme le plus dangereux. Les deux pirates de la route, une variante des bandits de grand chemin d’antan, n’éprouvent aucun scrupule, n’hésitant pas à torturer ou à tuer si nécessaire. Ils se distinguent également par leur propension à se fourrer dans les mauvais coups, s’attirant la rancune et la haine d’autrui. Du gros calibre, susceptible de convoquer d’un claquement de doigt la lie de la pègre locale pour les expédier ad patres, les pieds devants. Mais rien de suffisamment dangereux pour faire reculer nos lascars.

Optant pour une narration éclatée, Leonardo Oyola nous propose un bout de route avec ces deux énergumènes. À coup de flashbacks, de réminiscences, de monologues introspectifs et de bifurcations sauvages du récit, il nous raconte leur jeunesse, décrit les conditions de leur emprisonnement, les rencontres sur fond de violence carcérale et les amitiés qu’ils nouent, enfermés entre quatre murs. Il détaille par le menu les origines d’une fraternité dictée par les circonstances. Une association de courte durée débouchant sur la trahison et la vengeance.

S’ensuit une course-poursuite jalonnée de morceaux de bravoure et de violence. Une road story empreinte de religiosité et de tueries. Comme un instantanée de l’Argentine marginale, pourvu d’un beat alternant rock FM et metal.

Avec Chamamé, Leonardo Oyola explose le compteur. C’est peu de dire que je l’adule.

Chamamé de Leonardo Oyola – Éditions Asphalte, septembre 2012 (roman inédit traduit de l’espagnol [Argentine] par Olivier Hamilton, réédition en Points/poche)

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