Eternity Incorporated

Que les lecteurs assidus de ce blog en soient les témoins, je vais me livrer ici à un exercice inédit, tenter d’expliquer pourquoi je n’ai pas pu terminer de lire Eternity Incorporated, premier roman de Raphaël Granier de Cassagnac que d’aucuns qualifient de David Brin ou de Benford de la SF francophone (dixit Phenix Web). Gardez les critiques assassines près de vous, mais gardez celles plus laudatives encore plus près…

En dépit d’une illustration de couverture émétique, la réédition en poche chez Hélios m’a permis de tester le pitch a priori aguicheur dont l’ouvrage se prévalait. Amateur de romans post-apocalyptiques, Eternity Incorporated avait en effet de quoi stimuler mon penchant coupable pour un genre ayant accouché de quelques œuvres plus ou moins mémorables. En vrac, citons Le Vivant d’Anna Starobinets, La Vérité avant-dernière de Philip K. Dick ou encore L’âge de Cristal (aka Quand ton cristal mourra) de William F. Nolan & George C. Johnson… Par ailleurs, les futurs ambigus où l’utopie flirte avec la dystopie ont l’heur de me faire frétiller les neurones. Surtout lorsque le récit joue avec les ressorts d’un monde fermé se voulant idéal, mais se révélant au final oppressif car contrôlé par une instance supérieure manipulatrice, omnipotente et omnisciente, usant de sa connaissance pour imposer un ordre totalitaire. Bref, tous les indicateurs affichaient le vert de l’espoir…

Dans Eternity Incorporated, l’instance supérieure s’incarne dans le Processeur, une IA qui veille au bien être des habitants de la cité-bulle, les protégeant de la menace du virus qui a éradiqué le reste de l’humanité sur la planète. Lorsque le roman commence, le Processeur tombe en panne, plongeant la cité dans une stupéfaction assez molle. A vrai dire, on observe guère de désordre ou de panique. Contraint de s’adapter à la situation, le conseil apolitique tiré au sort annuellement qui transmettait jusque-là les directives du Processeur, diligente une enquête pour déterminer les causes de la panne. Voilà pour l’argument de départ. Pour le reste, on suit trois personnages dont les points de vue à la première personne servent de fil conducteur au récit et nous permettent d’appréhender le fonctionnement de cette micro-société, où les routines ont remplacé l’Histoire. Et, c’est à partir de ce moment-là que le naufrage prend toute son ampleur.

Ne tergiversons pas, ces personnages sont tout bonnement insupportables. Que ce soit la brigadière, rouage dévoué au maintien de l’ordre et à l’imperméabilité des frontières de la cité, ou le marginal, DJ vaguement bohème, adepte des bordergrounds, les free parties de ce futur post-apocalyptique, ou encore l’ingénieure proche des cercles du pouvoir, un tantinet manipulatrice, je n’ai adhéré à aucun des personnages tant ils me sont apparus creux, fades et désincarnés. L’écriture n’arrange en rien le constat. Sans style, plate, d’aucuns diraient fluide (ahah !), elle se contente de dérouler les événements ne suscitant pas l’intérêt ou l’émotion. A aucun moment, je me suis senti déstabilisé par un récit qui abandonne assez rapidement les ressorts de l’enquête pour aborder une thématique plus politique, mais vue du côté du café du commerce. L’auteur s’attaque en effet aux notions de citoyenneté et de démocratie, confrontant les habitants de la cité-bulle à leurs responsabilités d’hommes libres, débarrassés de l’emprise bienveillante du Processeur. Cet apprentissage express de la démocratie donne lieu à des péripéties téléphonées où la caricature se conjugue au ridicule. Et, que dire des scènes de sexe qui ne dépareilleraient pas dans une production Marc Dorcel.

En conséquence, après 150 pages lues, j’ai préféré abandonner, submergé par l’agacement et l’ennui. Et, ce n’est pas le coup d’œil jeté sur les vingt dernières pages, avec son dénouement parachuté sur Kolwezi, qui me donnera envie de reprendre ma lecture. La vie est trop courte.

Eternity Incorporated de Raphaël Granier de Cassagnac – Réédition collection Hélios, mars 2015

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