Les Sentiers des Astres, tome 1 : Manesh

Très loin au Nord, au cœur des forêts du Vyanthryr, deux gabarres affrétées par le seigneur de la guerre Kalendûn Rana remontent le cours du fleuve Framar afin de retrouver le Roi-Diseur, le mythique oracle siégeant au-delà du monde civilisé. À la tête d’une poignée de combattants déterminés, il espère ainsi mettre un terme à la guerre fratricide qui déchire le royaume de l’Héritage. Chemin faisant, la troupe croise la route d’un mystérieux inconnu, à demi-mort, accroché à un tronc d’arbre dérivant au fil de l’eau. S’étant présenté comme le bâtard de Marmach, le blessé désormais convalescent entreprend de raconter à Fintan Calathynn, le barde de l’expédition, son histoire personnelle, tout en cachant les raisons de sa présence en ces lieux.

Il est désormais très rare que je m’enflamme pour un roman de fantasy, a fortiori lorsqu’il s’agit du premier tome d’une série. Avec l’âge, je suis sans doute devenu plus exigeant, ne me contentant plus des sempiternelles quêtes, archétypes éventés, artifices magiques et autre poudre de merlin-pinpin. Et ce n’est pas l’évolution plus « réaliste », pour ne pas dire plus crade, d’aucuns parlant même de hard-fantasy, impulsée par Game of throne et ses émules qui m’a redonné le goût pour le genre. Toutefois, il arrive encore qu’un auteur parvienne à capter mon attention, réveillant mon intérêt et parfois même suscitant mon enthousiasme. Assez récemment, j’ai beaucoup apprécié Uter Pendragon, réinterprétation maline de la matière de Bretagne par Thomas Spok. Mais, Manesh, premier volet du cycle « Les Sentiers des Astres », m’a fait encore plus d’effet et cela pour plusieurs raisons.

Manesh se révèle un livre-univers bénéficiant d’un processus créatif original et cohérent, où rien ne semble laissé au hasard, conférant au récit une crédibilité indéniable. Stefan Platteau propose en effet une fantasy où les éléments mythologiques tranchent avec le bestiaire habituel des elfes, orcs et autres créatures de la féerie classique. Puisant son inspiration dans le substrat indo-européen, il convoque esprits primordiaux, élémentaires, géants solaires ou lunaires et démons ténébreux, les terribles noirs seigneurs nendous, pour impulser à ce monde imaginaire une profondeur historique, pour ne pas dire légendaire, très convaincante. Dans ce contexte, les hommes ne sont que les derniers arrivés, héritiers d’une civilisation et d’une histoire, dont ils ne perçoivent plus que les vestiges, même si certaines créatures antiques arpentent encore les forêts et terres désertes du Nord, semant la peur, la superstition et parfois une descendance biologique métissée. Un savoir oral parcellaire détenu par les bardes et les bramynn dont les seigneurs de la guerre voudraient faire une arme contre leurs ennemis, quitte à violer l’ordre du monde.

Stefan Platteau prend son temps pour dévoiler la géographie complexe et le passé antique du monde de Manesh. N’étant apparemment pas adepte du suspense frénétique et des passes d’arme interminable, il préfère déployer toutes les nuances d’une prose riche et travaillée, dépourvue de toute préciosité malvenue, où chaque mot, chaque sonorité, chaque couleur ou description fait sens, contribuant à renforcer l’immersion du lecteur dans un univers à la symbolique forte, n’étant pas sans évoquer celle du légendaire de multiples sagas dites historiques. Le récit adopte ainsi les motifs de la quête, celle des origines pour Manesh, le bâtard de Marmach, ployant sous le fardeau d’une hérédité semi-divine, mais également celle d’un avenir moins incertain pour Fintan et ses compagnons. Il se déploie en deux dits entrelacés, dont les détails nourrissent de manière harmonieuse la narration et l’atmosphère. D’aucuns pourraient juger le rythme un tantinet mollasson. Il permet pourtant aux différents personnages de respirer, de vivre, dévoilant la fragilité toute humaine de leur résolution, de leurs dilemmes et des conséquences de leurs choix sur leur destinée et sur celle de leur monde.

S’achevant sur un cliffhanger, Manesh invite à la poursuite, toute affaire cessante, de ce voyage afin d’approfondir notre connaissance de ce monde riche et envoûtant. Il incite aussi à ne pas abandonner Manesh, Fintan, la Courtisane Shakti et leurs compagnons, restés en fâcheuse posture à l’issue de ce premier tome. Pour cela, poursuivons avec Shakti, le deuxième volet du cycle des « Sentiers des Astres ». On est déjà impatient…

Les Sentiers des Astres, tome 1 : Manesh de Stefan Platteau – Les moutons électriques, 2014

7 réflexions au sujet de « Les Sentiers des Astres, tome 1 : Manesh »

    • Corto ? Non, pas vraiment. Par contre, si tu décides de lire ce cycle, autant t’avertir immédiatement. Il est pour l’instant inachevé, connaissant une inflation textuelle semblable à la saga celtique Rois du Monde de Jaworski.

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