Tuer Jupiter

Le 2 décembre 2018, la dépouille du plus jeune président de la Ve République entre au Panthéon au terme d’un hommage national grandiose, faisant office de sacre pour un personnage ayant brûlé toutes les étapes d’une ascension politique hors norme. À rebours de cet événement, au sens médiatique du terme, François Médeline remonte le fil d’un assassinat prémédité par des forces tout sauf occultes, mêlant le drame intime de la mort d’un homme ordinaire à ses répercutions médiatiques, celles de la disparition d’une image forgée par la communication, icône adorée des uns et honnie des autres.

De Washington à Moscou, en passant par Aubervilliers, des alcôves du pouvoir aux coulisses des médias de masse, via des réseaux-sociaux bruissant du bruit blanc des fake news, des rumeurs et autres communiqués officiels, l’auteur met en scène les jeux de la communication politique et du marketing, appelés en d’autres temps la société du spectacle.

« The Medium Is The Message. »

La plume de François Médeline sait se faire aiguisée lorsqu’il s’agit de brosser un portrait grinçant de quelques grands de ce monde dit civilisé. En fin connaisseur d’un milieu qu’il a côtoyé de près, il joue ainsi avec l’image des Trump, Poutine, Collomb, Larcher et bien d’autres, imaginant des morceaux de bravoure d’une drôlerie bigger than life. Parmi ces perles, on retiendra surtout le dialogue surréaliste entre Trump et son fils Baron, mais aussi l’entretien improvisé de Poutine avec son masseur attitré, sans oublier le monologue entre la dépouille du jeune président et l’experte en thanatopraxie chargée de l’embaumer, ou enfin le prosaïsme de l’intimité du couple formé par Bibi et Manu. Rien ne semble arrêter le mauvais esprit de François Médeline qui singe avec gourmandise les postures et impostures des grands serviteurs de l’État, pastiche avec gouaille leur discours, tout en démasquant les faux-semblants et non-dits qui les émaillent. Bref, il se livre avec générosité à un jeu de massacre qui provoque plus d’une fois un rire nerveux ou suscite l’accablement.

Si cet aspect du roman convainc sans peine, il faut convenir que celui-ci manque de substance pour le reste. À force de vouloir se montrer strictement amusant, l’auteur en oublie de traiter l’objet même de son propos, l’événement médiatique, se contentant d’en survoler l’écume brouillonne. Si le médium est le message, Tuer Jupiter constitue un bien maigre viatique contre ses effets délétères. De surcroît, François Médeline préfère s’égarer dans un ersatz d’histoire secrète à la manière d’un James Ellroy, acquittant d’ailleurs son tribut au « Dog » dans un court chapitre, tout en adressant un clin d’œil à l’un des personnages de son propre roman La politique du tumulte. Son propos se perd ainsi dans un vague complot fomenté par des puissances aux desseins médiocres, enferrées dans leurs réflexes d’animaux. Bref, on se dit que tout ceci est au final très léger, même si le style percutant de l’auteur rend la lecture aisée et agréable.

Tuer Jupiter se révèle donc une lecture divertissante où le pouvoir apparaît comme un exercice trivial, transcendé par un storytelling peinant à masquer la triste banalité des ego.

Tuer Jupiter de François Médeline – La Manufacture de livres, septembre 2018

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