Les Sentiers des Astres, tome 2 : Shakti

Au terme de Manesh, Stefan Platteau avait abandonné son lectorat sur un cliffhanger insupportable. Assiégés dans une grotte par les nendous et leurs serviteurs, les quelques survivants de l’expédition du seigneur de la guerre Rana se trouvaient livrés à eux-mêmes, en proie au désespoir et au deuil. Une situation dramatique n’étant pas pour rien dans l’impatience à renouer le fil du récit et avec son foisonnement envoûtant.

Optant pour un rythme plus épique, l’auteur belge reprend l’histoire au point exact où elle s’était achevée, continuant à distiller les informations sur un univers plus que jamais ancré dans un imaginaire inspiré de la mythologie indo-européenne. On suit d’abord la fuite éperdue des neufs compagnons, un périple sauvage, presque viscéral, jalonné de combats dépourvus de toute gloriole, où la violence s’impose par son caractère définitif. Dans ce premier segment, Stefan Platteau laisse de côté l’entrelacement narratif dont il avait usé dans le précédent volet, se concentrant sur le récit de Fintan Calathynn, la voix de l’expédition et le gardien du vrai-dire, un pouvoir dont on découvre toute l’ampleur durant un affrontement restitué de manière très imagée par un auteur à la prose non moins puissante et généreuse que le dit de son narrateur.

Et puis vient le récit de Shakti, la Courtisane, dont le nom donne son titre au deuxième tome de la trilogie. Restée au second plan jusque-là, la mère de la petite Kunti, enfant dont les augures servent de « boussole étrange à l’expédition », dévoile enfin les mystères de son passé. Une révélation crue, voire même une trahison de son éducation et de sa culture, dont elle porte désormais le fardeau. A cette occasion, le récit s’apaise, se faisant à nouveau plus contemplatif et plus lent. Un peu à l’image de Manesh, Shakti se livre en prenant son temps, n’occultant aucun détail et n’épargnant aucune digression à son auditoire. On s’immerge au cœur de sa terre natale, arpentant les étendues glacées de la forêt du Lempio, sur l’île nordique de Fintami. Un territoire où l’homme se doit de respecter les esprits primordiaux contribuant à sa subsistance. Stefan Platteau convoque ainsi un autre imaginaire mythologique, celui des peuples premiers de l’extrême Nord, et son propos se fait plus écologique, croyances animistes obligent. On accompagne Shakti dans son éducation, dispensée par une mère, chef de clan et chamane respectée de tous. On peste en la voyant succomber à la beauté de Meijo, l’homme de la ville guère respectueux des coutumes, venu ici pour chasser. On déplore de la voir épouser sa vengeance lorsqu’il décide de tuer la terrible Croque-carcasse, l’ourse tutélaire du Lempio. Bref, on s’attache au personnage, oubliant pour un temps la quête du Roi-Diseur et ses périls.

En arrière-plan du récit de Fintan et de Shakti, Stefan Platteau continue d’étoffer son univers, entremêlant toujours histoire parallèle et mythologie. La quête se teinte ainsi d’une pincée d’ethnologie et de cosmogonie, toutes choses qui ne sont pas pour déplaire à l’amateur de monde secondaire fouillé et cohérent. Quant à la magie, elle demeure raisonnable puisque liée à des conceptions éthiques que n’aurait pas désavoué Ursula Le Guin. Mais surtout, ce sont les Teules, le peuple invisible, qui emportent l’adhésion. La trouvaille est brillante et le traitement empreint d’une justesse admirable. Bref, on ne peut rester indifférent.

Avec une gourmandise incontestable pour les mots, Stefan Platteau parvient à entretenir l’attrait pour son univers et son récit, tout en dévoilant une facette plus épique. Aussi, on ne lui en veut pas trop de nous lâcher encore une fois sur un cliffhanger. A suivre avec Meijo. Bientôt.

Les Sentiers des Astres, tome 2 : Shakti de Stefan Platteau – Les moutons électriques, 2016

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