Les Sentiers des Astres, tome 3 : Meijo

Annoncé comme une trilogie, « Les Sentiers des Astres » semble connaître le même syndrome de dilatation que « Rois du monde », la saga celtique écrite par Jean-Philippe Jaworski. Un phénomène n’étant pas pour me déplaire, même s’il ne faudrait pas que l’auteur en abuse, de peur de voir la montagne accoucher d’une souris. Depuis la parution des trois premiers volumes de « Les Sentiers des Astres », Stefan Platteau a publié en effet Le Roi cornu et Dévoreur, deux novellas secondaires situées mille ans avant Manesh, délaissant pour un temps la trame principale de la quête du Roi-Diseur. Un fait d’autant plus fâcheux qu’il avait laissé le barde Fintan Calathynn et ses compagnons de fortune dans une situation où primaient l’incertitude et la perspective d’une issue fatale. Sur ce point, Meijo, troisième tome de ce qu’il convient d’appeler maintenant un cycle, apporte quelque éclaircissements, même s’il ne diminue pas l’importance des menaces qui assaillent de toutes parts les pèlerins dans leur quête du Roi-Diseur.

Une fois commencée la lecture, il ne faut guère de temps pour retrouver ses repères sur « Les Sentiers des Astres » et renouer avec la geste de Fintan Calathynn, Manesh et Shakti. Dans ce récit ample où se mêlent toujours l’histoire, la cosmogonie et la mythologie indo-européenne, Stefan Platteau déploie ses talents de conteur et de faiseur d’univers, nous immergeant sans coup férir dans un monde secondaire foisonnant. Une nouvelle fois, deux trames s’entrelacent révélant par touches progressives un monde à l’ancienneté vertigineuse, dont le worldbuilding d’orfèvre ne cesse d’impressionner, tant il se montre d’une profondeur et d’une cohérence mûrement réfléchies. L’auteur belge fait littéralement œuvre d’ethnologue de l’imaginaire pour échafauder un univers à la fois exotique et familier, véritable personnage à part entière aux côtés des survivants de l’expédition du seigneur Rana. Il confirme ainsi la vocation de livre-univers dévolue à ce cycle, tout en conférant aux personnages principaux une épaisseur psychologique leur faisant dépasser le statut de simple archétypes.

Poursuivant sa quête du Roi-Diseur, le groupe espère toujours atteindre son objectif afin de mettre un terme à la guerre civile déchirant les terres de l’Héritage. Acculés à la défensive par les forces maléfiques des nendous et par leurs alliés, les enfants de l’Hermine, avec l’aide des Teules, ils s’échappent dans l’Outre-songe sans savoir que les noirs démons les y attendent en embuscade. La traque donne ainsi lieu à une atmosphère oppressante, où les accélérations de rythme ne ménagent guère de repos et où les morceaux de bravoure flirtent avec l’horreur, voire le gore. Heureusement, les fugitifs disposent également de moments de répit, propices à la remémoration, même si ces accalmies attisent également la paranoïa et le doute pesant sur la compagnie. Les traîtres rôdent plus que jamais, plombant un climat de confiance bien fragile. On explore ainsi à nouveau le passé de Shakti, notamment son arrivée dans le Royaume de l’Héritage après l’exil forcé résultant de la mort de la « Croque-Carcasse », l’ourse tutélaire du Lempio. On y approfondit ses relations avec Meijo, notamment l’emprise délétère exercée par son amant. Poussée à la prostitution par son amant, l’existence de Shakti s’apparente à une irrésistible dégringolade, lui faisant éprouver dans sa chair l’infamie de son compagnon et l’infortune d’une déchéance totale. Le récit est aussi l’occasion d’appréhender plus en profondeur la diversité de l’Héritage, d’en apprécier toutes les nuances et la dureté. Des bas fonds sordides d’Hekarling, où se trame une lutte des classes impitoyable, aux tours d’Andristar, en passant par la cité sainte de Mystan, Stefan Platteau décline ainsi un monde fourmillant de détails sur les us et coutumes, les techniques, les croyances et les paysages d’une civilisation où les vestiges laissées par les dieux côtoient les réalisations humaines, pour le meilleur et le pire.

En dépit de quelques longueurs et d’une densité descriptive parfois étouffante, Meijo ne vient donc pas tempérer l’enthousiasme soulevé par les deux précédents tomes. Et, on se prend maintenant à rêver d’un dénouement en apothéose. Pas trop fort quand même, de crainte d’être déçu. En attendant, ce troisième volet des « Sentiers des Astres » confirme que la destination compte moins que le voyage.

Les Sentiers des Astres, tome 3 : Meijo de Stefan Platteau – Les Moutons électriques, mai 2018

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s