Helstrid

Sur le blog yossarian, on ne s’embarrasse guère du frétillement sans lendemain de l’actualité éditoriale. Mais parfois, on tombe d’accord avec celle-ci, comme la remise du prix Utopiales 2019 vient nous le rappeler. Tout est foutu !

Vic a choisi de s’exiler sur Helstrid par dépit amoureux. Les lieux désolés, balayés par les tempêtes dévastatrices qui en érodent les contours, et la solitude promise à la signature du contrat, s’accordent idéalement à son paysage mental dépressif. Pour le jeune homme, l’exil s’apparente en effet aussi à un repli sur lui-même qu’il espère salutaire, en attendant d’oublier la déception l’ayant poussé à s’éloigner. Volontaire pour faire partie d’un convoi de ravitaillement, une tâche monotone consistant surtout à regarder le paysage, le voilà embarqué dans le véhicule de tête avec Anne-Marie, l’une des trois intelligences artificielles chargées de piloter les engins, pour un raid de quelque jours en tête à tête avec ses souvenirs, mais aussi avec une machine surprotectrice et bavarde. Autant dire un vrai calvaire car sa nounou numérique ne le quitte pas, observant le moindre de ses gestes ou soupirs, lui prodiguant injonctions conseils amicaux et compte rendus lénifiants, histoire de diminuer l’angoisse d’un voyage qui prend très vite une tournure dramatique.

Avec ce 17e opus de la collection « Une Heure-Lumière », Christian Léourier recycle une trame classique et éprouvée de la science-fiction. Une planète hostile à l’humanité, dépourvue de toute vie si ce n’est la biomorphée, une structure végétale ou minérale, on ne sait pas exactement, assimilée par les colons à de la mousse. Une exploitation minière automatisée, pilotée par une centrale noétique, une poignée d’hommes, existences superflues ravalées à des tâches d’exécution, exilée loin de la Terre contre une forte rétribution et projetée outre-espace sans espoir de revoir leurs proches vivants, hibernation et paradoxe de Langevin obligent. Tous les indicateurs clignotent, nous sommes bien dans le cœur du genre où la fragilité de l’existence se frotte aux espaces cosmiques, indifférents à la détresse humaine. Celui enfin qui voit l’homme nouer un dialogue impossible avec la machine.

Mais surtout, Helstrid s’apparente à un huis-clos, un dialogue entre un individu marqué par les regrets, l’amertume et une intelligence embarquée le considérant comme une priorité parmi d’autres paramètres dans une liste. Une entité qui, si elle donne l’illusion de s’intéresser à lui, allant jusqu’à singer l’intonation de la voix de son ex-petite amie, laisse pourtant affleurer son inhumanité. Après tout : « La beauté, comme l’horreur, sont bien dans l’œil de celui qui les contemple. »

Avec une grande pudeur et énormément de sincérité, Christian Léourier déroule son récit, suscitant l’émotion et l’émerveillement, avant de dévoiler la froide logique des faits. Pas très loin de « Descente », nouvelle de Iain M. Banks inscrite au sommaire du recueil L’Essence de l’Art, Helstrid se révèle au final comme un texte marquant, dont le classicisme des motifs et la simplicité apparente cachent la noirceur intrinsèque.

Helstrid de Christian Léourier – Éditions Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », février 2019

3 réflexions au sujet de « Helstrid »

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