Acadie

Comme son titre ne le laisse pas présager, Acadie relève bien du cœur de cible de la science fiction, un lectorat ne ménageant guère sa peine lorsqu’il s’agit de contenter son appétence pour le Sense of wonder et satisfaire son goût pour le Space opera. Comme le chat de Shrödinger dans sa boîte, je n’ai pas attendu longtemps pour laisser s’effondrer mon incrédulité vers la certitude de lire une novella plus que correcte, dotée de surcroît d’un dénouement inattendu qui n’est pas pour me déplaire.

Reprenons. Dans un avenir lointain, Isabel Potter s’est exilée dans les étoiles, fuyant le berceau de l’humanité pour continuer ses expériences sur le génome humain en dépit de la réprobation de ses congénères. Déclarée ennemie publique numéro 1 dans son pays natal et menacée de mort immédiate, elle a recherché l’un des endroits les plus reculés de la galaxie pour bâtir une civilisation posthumaine, en compagnie de ses partisans, une poignée de post-doctorants fanatisés, et des colons en hibernation de l’astronef qu’elle a détourné. Cinq cent années plus tard, la Colonie a bien prospéré. Rejoint par quelques marginaux, en rupture avec l’humanité et l’Agence, son bras inquisiteur armé, elle a développé un mode de vie conforme à son idéal. Une utopie éparpillée sur un archipel d’habitats spatiaux, de rocs évidés afin de servir de décor aux chimères de ses habitants, de donner corps à leurs lubies génétiques ou d’adapter leur biologie aux exigences d’un univers fondamentalement hostile à la vie terrestre. Mais, lorsqu’une sonde dépêchée par l’Agence franchit le périmètre de sécurité de la Colonie, son président dilettante, John Wayne Faraday (Duke pour ses potes), opte pour l’évacuation générale, histoire d’éviter un génocide.

Format oblige, Acadie ne fait qu’esquisser un futur dont on se plaît à espérer qu’il connaîtra un développement ultérieur plus ample. Dave Hutchinson en garde en effet beaucoup sous la plume, laissant apparaître en creux un worldbuilding rien moins qu’enthousiasmant. Le texte de l’auteur britannique recèle les promesses d’un univers foisonnant ne demandant qu’à se réaliser. Un potentiel qui n’est pas sans rappeler celui des débuts de la série des « Huit Mondes » de John Varley ou celui du « cycle de la Culture » de Iain M. Banks. L’auteur britannique partage d’ailleurs avec ses deux prédécesseurs un goût assuré pour l’ironie légère et le sarcasme vachard, manière de filer la satire sans se montre trop sentencieux. Par ailleurs, Acadie apparaît comme un parfait panachage de hard science soft, de questionnements sociétaux et de postmodernisme avec, en guise de dénouement, un retournement de point de vue qui vient nous cueillir sans coup férir, nous laissant avec nos certitudes en berne.

Inédit dans nos contrées, Acadie rejoint donc illico le quarteron des titres convaincants de la collection « Une Heure-Lumière », du moins à mes yeux frappés de myopie. Une place enviable aux côtés de 24 vues du Mont Fuji, par Hokusai de Roger Zelazny, Poumon vert de Ian R. MacLeod, Helstrid de Christian Leourier et Les Meurtres de Molly Southbourne de Tade Thompson. On a connu pire comme voisinage.

Autre avis du côté de L’épaule d’Orion et de C’est pour ma culture.

Acadie (Acadie, 2017) de Dave Hutchinson – Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », septembre 2019 – novella traduite de l’anglais par Mathieu Prioux)

2 réflexions au sujet de « Acadie »

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