Cochrane vs Cthulhu

1815. L’Europe frémit d’horreur. L’ogre s’est échappé, rejoignant le territoire français afin d’y faire renaître l’Empire. Partout, on fourbit les armes, on rassemble la troupe. Les nations coalisées s’empressent de réunir leurs forces pour couper l’herbe sous le pied à cet Attila en puissance. Trop de mauvais souvenirs hantent la mémoire des laudateurs de la liberté, y compris chez les adeptes de l’absolutisme et de la monarchie éclairée. Pourtant, un autre danger menace l’humanité toute entière. Un péril indicible aux desseins insondables dont les tentacules s’étendent déjà sous les eaux de l’Atlantique jusqu’aux côtes des Charentes, près de Fort Boyard. Mais, face à celui qui ne peut mourir, la Garde ne se rend pas. Elle combat avec le secours de son pire ennemi, Lord Cochrane.

Sur une trame simple et inventive, Gilberto Villarroel fait revivre l’esprit d’une certaine littérature populaire, avec pour seul objectif de livrer un récit léger et fun. Sur ces points, le contrat est rempli bellement et nul doute que les amateurs de romans feuilletons trouveront ici matière à satisfaire leur goût pour l’aventure et les archétypes, à commencer par Lord Cochrane himself. Aristocrate déchu, membre du Parlement, inventeur de génie et capitaine de vaisseau dans la Royal Navy, le bonhomme apparaît en effet comme un caractère bigger than life. Et pourtant, il a réellement existé, ayant même droit à sa tombe dans l’abbaye de Westminster. Considéré par ses pairs comme un aventurier toujours à l’affût d’un exploit à accomplir, le militaire n’en est pas moins un stratège inspiré dont la contribution ne se réduit pas à avoir détruit une partie de la flotte impériale amarrée dans la rade des Basques en usant de brûlots et d’explosifs. Bien au contraire, on le retrouve plus tard aux côtés des Chiliens puis des Grecs en lutte pour leur indépendance. On lui prête même l’intention d’avoir voulu libérer Napoléon de son exil à Sainte-Hélène afin de participer à la libération du Chili. Bref, Cochrane correspond bien à l’image de l’aventurier dans toute sa splendeur, inspirant les personnages fictifs d’Horatio Hornblower et de Jack Aubrey.

C’est donc naturellement qu’il devient la figure héroïque, libre de toute allégeance, aux côtés d’une belle galerie de personnages fictifs et historiques, du fidèle grognard au courageux officier des Dragons, en passant par le fourbe commissaire politique. Et tout cela dans le respect des mauvais genres littéraires et du cinéma populaire. Bref, on n’a guère le temps d’être déçu par une distribution haute en couleur, taillée pour une intrigue survitaminée, oscillant entre fantastique et uchronie discrète. Inspirée par l’œuvre de Lovecraft et ses conventions horrifiques, en particulier L’appel de Cthulhu, Cochrane vs Cthulhu ne néglige pas en effet le contexte historique, n’oubliant pas d’appliquer par la démonstration la citation de Dumas : il est permis de violer l’histoire, à condition de lui faire un bel enfant.

Inutile de dire que Cochrane vs Cthulhu atteint cet objectif sans coup férir, procurant quelques heures de lecture réjouissante et débridée. Et comme Sandokan et ses Tigres de Malaisie, comptons sur Lord Cochrane pour revenir.

Cochrane vs Cthulhu (Cochrane vs. Cthulhu, 2016) de Gilberto Villarroel – Aux Forges de Vulcain, collection « Fiction », janvier 2020 (roman traduit de l’espagnol [Chili] par Jacques Fuentealba)

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