Tout ce qui fait BOUM

Orphelin depuis sa tendre enfance, Pànic Orfila a été élevé par une grand-tante aux penchants anarchistes affirmés, dont l’activisme politique se résume à vandaliser le mobilier urbain, taguer des graffitis anti-système et briser les vitrines des banques. Entre autre principe éducatif, elle le met en garde contre l’aliénation de l’institution scolaire, l’encourageant à puiser dans sa propre bibliothèque, près de neuf cent ouvrages, pour se forger une culture politique. Entre dadaïsme, situationnisme et satanisme, Pànic s’efforce de préserver son moi égoïste, celui dont Max Stirner loue l’absolue primauté dans L’Unique et sa propriété. Il passe hélas surtout pour un original, le souffre-douleur idéal des mandrills qui pullulent dans les établissements scolaires, s’attirant néanmoins quelques aventures moites avec les filles fascinées par sa bizarrerie. Sa singularité le pousse peu-à-peu à trouver le réconfort dans l’univers livresque de sa bibliothèque et les pyramides de papier qui accompagnent ses séances de masturbation frénétique, sur le siège des toilettes de la salle de bain de sa grand-tante. Jusqu’au jour où, installé à Barcelone pour y effectuer des études universitaires commencées un peu pas hasard, il fait la rencontre des Vorticistes (aka l’IIME ou encore l’Insurrection Invisible d’un Million d’Esprits), un quatuor énigmatique de dandys comploteurs, trois garçons et une fille, qui l’embarque dans un projet révolutionnaire irrésistible.

« L’obsession est une fièvre. Une rage effrénée lancée à toute allure vers un point unique sans personne pour la retenir. L’obsession est un désir démultiplié, et c’est ce désir qui m’a mené jusqu’ici. »

Tout ce qui fait BOUM est un roman d’apprentissage à la fois léger et sérieux, rigolo et tragique, à l’image d’un personnage principal, jeune homme à peine sorti de l’adolescence, tiraillé entre son désir d’absolu et une propension à l’autodestruction. Un tropisme finalement pas très éloigné de celui d’une jeunesse écorchée vive, en quête de reconnaissance, se cherchant des raisons d’exister et de trouver sa place dans un monde dont elle réprouve pourtant les codes. Pas facile.

Il se dégage du roman de Kiko Amat une intense fraîcheur et un état d’esprit doux dingue. On sympathise immédiatement avec Pànic. Sa propension à gaffer, sa fragilité et sa naïveté nous émeuvent, nous ramenant à notre propre adolescence. Le jeune homme évolue en effet dans un univers fantasque, où rien ne paraît avoir d’importance, du moins rien ne semble vouloir prendre une tournure tragique et définitive.

Tout ce qui fait BOUM irradie aussi d’une énergie exultante et quasi-païenne qui se manifeste au travers du goût de l’auteur pour le grotesque et les situations bigger than life. Des parents décédés dans un accident absurde, une grand-tante engagée dans un combat que n’aurait pas désavoué Don Quichotte, une déception amoureuse et l’incompréhension de ses congénères adolescents poussent Pànic vers la solitude. Pourtant, les événements se précipitent dans une direction inattendue et dramatique.  Dans sa volonté de tout nous révéler juste avant de mourir, Pànic en rajoute, en parfait narrateur non fiable, guidé à la fois par ses obsessions et une appétence lourde pour le speed et l’alcool.

Roman à l’humour absurde et cathartique, Tout ce qui fait BOUM a de quoi réjouir l’amateur d’histoires décalées, un tantinet foutraque et borderline. Mais, sous couvert d’ironie grinçante, Kiko Amat nous livre surtout le mal-être brut de décoffrage d’un anti-héros, en quête d’une altérité sincère et partagée.

Tout ce qui fait BOUM (Cosas que hacem BUM, 2007) de Kiko Amat – Asphalte Éditions, 2015 (roman traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud)

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