Hot spot

« J’avais douze mille dollars que je ne pouvais pas utiliser, j’étais raide dingue d’une fille qui avait des ennuis dont elle ne pouvait pas me parler, et je me faisais embrouiller chaque jour davantage par cette folle de Dolores Harshaw. »

Jadis éditée chez Gallimard, à quelques exceptions près, l’œuvre de Charles Williams fait l’objet d’une réédition salutaire dans la collection « Totem » chez Gallmeister, bénéficiant d’une traduction revue et corrigée afin de rendre justice à des textes passablement éborgnés par des tournures argotiques vieillies et des coupes franches fâcheuses. Hot Spot retrouve donc ici un peu de vigueur et son titre original, histoire de faire oublier Je t’attends au tournant dont l’avait affublé la « Série noire ».

Adapté au cinéma par Dennis Hopper, avec inénarrable Don Johnson et Jennifer Connely au casting, Hot Spot s’inscrit dans les limites d’une petite ville du Sud des États-Unis, se focalisant sur Harry Madox, un type guère recommandable, à l’affût du bon coup pour gagner quelques billets facilement, quitte à verser dans l’illégalité. Embauché comme vendeur de voiture par M. Harshaw, il ne tarde pas à tomber sous la coupe de son épouse, une femme que l’on dirait fatale en dépit de son goût pour la bouteille et des charmes loin de la fraîcheur des jeunes filles en fleurs. Mais, le bougre nourrit d’autres ambitions. Gloria Harper, un joli petit lot, lui a tapé dans l’œil. Et surtout, à l’occasion d’un incendie accidentel en ville, il a repéré un certain relâchement dans la surveillance de la banque locale. Une bonne opportunité pour se faire du fric à peu de frais en cambriolant les lieux. À la condition de combiner un nouvel incendie pour détourner l’attention. Hélas, la belle a un secret gênant qu’elle ne souhaite pas voir divulguer. Et puis, la police le tient rapidement pour le principal suspect du vol, au point de le contraindre à cacher le pactole pour échapper aux soupçons. Heureusement, Madox a de la ressource et peu de scrupules. Il lui en faudra d’ailleurs beaucoup pour se tirer d’embarras. Ou pas.

Hot Spot s’apparente à un thriller vénéneux, déroulant plus de deux cent pages d’un suspense ne ménageant guère de temps morts. Il faut en effet toute la maîtrise de Charles Williams pour broder une intrigue fertile en rebondissements, faux semblants et chausse-trappes redoutables. La plume de l’auteur américain fait merveille pour dépeindre la débâcle de Madox. Avec son nez cassé, sa carrure de brute et son arrogance, le bougre a tout du prédateur sûr de lui, prêt à saisir la bonne occasion. Bref, il n’incite pas à la sympathie et l’on se réjouit de le voir se faire malmener par ceux qu’il avait considéré comme des médiocres, comme des cailloux dans ses chaussures, ou plus simplement qu’il avait sous-estimé. On se réjouit aussi beaucoup du style de Charles Williams. Le récit laisse infuser une ribambelle de tournures vachardes et imagées dont l’auteur s’est fait une spécialité sans qu’il soit besoin d’en rajouter à la traduction. On se surprend ainsi plus d’une fois à ricaner devant les déconvenues successives de Madox, devant les descriptions croustillantes de ses mésaventures, ou devant la roublardise et l’immoralité des uns et des autres.

La réédition de Hot Spot est donc l’occasion de (re)découvrir un classique du roman noir dont le cynisme paillard, l’immoralité patente et le suspense incontestable n’ont rien perdu de leur efficacité. Avec de surcroît, le plaisir de voir un mâle alpha se faire tailler en charpie par des proies pas si innocentes que cela.

Hot Spot (The Hot Spot, 1953) de Charles Williams – Éditions Gallmeister, collection « Totem », janvier 2019 (roman traduit de l’anglais par Laura Derajinski)

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