Rural noir

Années 1990. Comme tous les étés, le gang se retrouve à la fin des cours. Vlad, Rom, Chris et Julie. Trois garçons et une fille, indéfectiblement liés par l’amitié. Entre vélo, baignade, pêche et défis à la con, ils écument la campagne nivernaise, avec comme seul horizon les crêtes boisées du Morvan. Quinze ans plus tard, Rom revient au pays après un exil volontaire aussi soudain qu’incompréhensible. Sous la pluie automnale, il retrouve Chris et Julie, mais aussi Vlad. De quoi ranimer les vieux souvenirs, bons comme mauvais.

« Tout était né dans les jours qui suivirent cette parade de sourires grisés par l’alcool et l’amitié. L’innocence serait fauchés durant cet été-là. »

Rural noir marque l’entrée de Benoît Minville dans la vénérable collection Série noire, chez Gallimard. Avec ce roman, l’auteur annonce d’emblée la couleur. Personne ne sortira indemne de ce récit pétri de violence, marqué du sceau de la culpabilité et de la trahison. Il renonce pourtant à la noirceur asphyxiante, lui préférant l’amitié indéfectible, la générosité et la réconciliation avec soi-même. En somme, du noir et rose.

Benoît Minville pose le décor de Rural noir au cœur de la Nièvre, une de ces campagne en déshérence ayant servi de creuset au mouvement des gilets jaunes. Mais, il lorgne du côté du roman américain, rendant une sorte d’hommage à ses maîtres. Sur ce point, on pense surtout à Stephen King, nommément désigné, mais également Larry Brown ou Joe R. Lansdale. On ne peut nier aussi la part intime revêtue par l’histoire, l’auteur ayant sans doute puisé dans ses souvenirs d’adolescence et dans sa culture musicale pour étoffer son récit d’anecdotes croustillantes. L’intrigue se noue autour d’un entrelacement entre passé et présent, entre la jeunesse insouciante du gang et leur devenir ultérieur, pour le meilleur et le pire.

En dépit de sa fraîcheur, de sa gouaille et de son ton empreint de nostalgie, Rural noir ne convainc hélas pas vraiment. Benoît Minville capte avec une certaine réussite le sentiment d’insouciance, les plans foireux et l’impétuosité de l’adolescence, mais il échoue à transmettre la tension des non-dits et les zones d’ombre qui agitent l’esprit des personnages. Il ne parvient pas davantage à s’écarter des poncifs et figures obligées du genre, se contentant de dérouler une histoire assez banale, manquant cruellement de profondeur et finalement gentillette. Quant à la désertification des campagnes, elle est brossée à gros traits, tenant plus d’un décor sommaire que d’une véritable immersion sociale.

Généreux et sympathique, Rural noir reste donc trop léger et prévisible pour susciter l’enthousiasme. Mieux vaut (re)lire les classiques américains ou Pierre Pelot.

Rural noir de Benoît Minville – Éditions Gallimard, collection « Série noire », février 2016

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s