Watchmen : Now

Poète, comédien et écrivain, Aurélien Lemant ne rechigne pas à partager ses passions dans de courts et denses essais. Après Philip K. Dick, Maurice G. Dantec et Blue Öyster Cult, il nous livre le fruit de ses cogitations sur les comics super-héroïques et plus particulièrement sur le roman graphique Watchmen.

Découpé en neuf chapitres précédés d’une préface de Nicolas Tellop et d’un court prologue, Watchmen : Now propose une réflexion axée sur la notion de temporalité dans la bande dessinée, sur la mort de Dieu (et du super-héros), sur l’ambiguïté intrinsèque de la figure super-héroïque et sur son érotisation. Plus précisément, il s’intéresse aussi aux thématiques sous-jacentes de Watchmen, à son rapport au réel, à l’Histoire (les années 1980), au caractère prosaïque du quotidien et à l’univers des comics super-héroïques.

L’essai est en effet bien davantage qu’une étude de l’œuvre majeure d’Alan Moore et Dave Gibbons. Il s’apparente plus sûrement à une analyse de la culture populaire au sens large. Aurélien Lemant s’efforce ainsi de contextualiser l’opus majeur du duo britannique, évitant l’écueil du panégyrique, mais aussi le registre de la diatribe vers lequel le culte dont jouit Moore dans le milieu pourrait le pousser. Il tente de révéler la signification de Watchmen dans l’œuvre de l’auteur de Northampton et dans l’histoire des comics. En quoi est-elle révélatrice de l’évolution du genre super-héroïque ? En quoi se révèle-t-elle un jalon important dans la conception cyclique de l’univers des super-héros ? Et si Watchmen achève le mythe super-héroïque, c’est pour mieux l’ouvrir vers d’autres horizons. History/stories repeating.

Arrivé au terme de Watchmen : Now, on a presque envie de dire que l’essai d’Aurélien Lemant est trop court. Le format le contraint en effet à densifier son propos jusqu’à l’asphyxie. Il parvient pourtant à atteindre son objectif, invitant les éventuels curieux à la relecture de l’œuvre de Moore et Gibbons.

Watchmen : Now – Dieu, comics et super-héros de Aurélien Lemant – Aedon Productions, octobre 2019

3 réflexions au sujet de « Watchmen : Now »

  1. J’avais apprécié le petit opuscule violet et polymorphe de Lemant sur Dick. Merci pour l’info sur les autres. Pour Watchmen, ça fait quand même maintenant 35 ans d’exégèse continue, on pourrait peut-être passer à autre chose. Plus récent, le roman « Jérusalem » de Moore était bourratif mais riche. Et n’avait plus grand chose à voir avec les super-héros, malgré sa brigade d’enfants morts qui en tenait lieu.
    En matière de comics, il y a des oeuvres ambitieuses de Grant Morrison comme les Invisibles ou The Filth, qui attendent encore qu’on les dissèque aussi amoureusement et méthodiquement que celles de Moore. Ou un traducteur bienveillant. Je pense par exemple au travail de Tom Shapira sur Grant Morrison, Curing the Postmodern Blues: Reading Grant Morrison and Chris Weston’s The Filth in the 21st Century.

    • Ce n’est pas faux. Moore est l’objet d’un véritable culte en France et comme souvent ses zélotes sont zélés. Je connais moins Grant Morrison. J’ai lu d’un regard distrait The invisibles (mea culpa). Faudra que j’y revienne.

      ps : Ah si ! J’ai lu aussi Joe l’aventure intérieure (dessiné par Sean Murphy) qui était en effet très bien.

  2. Une guerre fratricide semble engagée depuis des éons entre Alan Moore et Grant Morrison.
    https://anniceris.blogspot.com/2014/02/vies-orthogonales.html
    Selon le même blogueur, Morrison (ne serait que) l’ombre dégradée du reflet d’Alan Moore, qui peut singer de vagues messages anarcho-mystiques ou reprendre une prétention artistique mais sans arriver à la subtilité de l’original (bien que Morrison ait sans doute une érudition geek plus poussée et donc plus d’attachement au Genre superhéroïque que Moore).
    Il faut dire aussi que sa production est tantôt mainstream, tantôt underground.
    Et j’avais lu jadis cette intéressante méta-question sur un blog disparu en mer « Comment un Grant Morrison qui ne barre pas en couille dès le milieu pourrait-il être un bon Grant Morrison ? » dont je puis attester de la pertinence (Les Invisibles, Seven Soldiers, The Filth)
    C’est bien compliqué, la vie.

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