Calme plat

Adapté au cinéma par Phillip Noyce, avec Nicole Kidman, Sam Neill et Billy Zane dans les rôles principaux, Calme plat n’usurpe pas sa réputation de thriller maritime irrésistible. Ayant lui-même beaucoup bourlingué dans sa jeunesse, Charles Williams y mobilise toutes ses connaissances en matière de navigation pour faire monter la tension avec une efficacité dont pourraient s’inspirer de nombreux auteurs actuels.

L’argument de départ a pourtant le mérite de la simplicité. Partis passer leur lune de miel sur un voilier en pleine mer, entre côte ouest et Polynésie, John et Rae Ingram trouvent sur leur chemin Warriner, le passager affolé d’un yacht faisant eau de toutes parts. Le regard ailleurs, tenant des propos incohérents et dramatiques, le bonhomme provoque tout de suite la méfiance d’Ingram qui préfère aller vérifier sur place la véracité de son récit. Erreur fatale. Le naufragé profite de son absence pour lui ravir son propre navire, enlevant au passage son épouse. Pour Ingram, pas question de baisser les bras. Pas question de mourir dans un rafiot qui se remplit comme une baignoire. Bien au contraire, il doit survivre pour retrouver Rae et la soustraire aux griffes de Warriner. Pour Rae, la situation se révèle plus délicate. Obligée de composer avec un fou dangereux et avec sa propre conscience, elle doit trouver un moyen de rebrousser chemin afin de sauver son époux d’une noyade plus que probable. De cette équation à double inconnue, Charles Williams tire un récit nerveux de plus de 260 pages, dont le suspense reste maîtrisé de bout en bout.

Autour d’une intrigue dont la simplicité laisse en effet pantois, l’auteur américain brode un récit sous-tendu par la volonté de survie et une violence latente constante, ne ménageant guère de temps morts. L’histoire est bâtie comme un survival où le suspense se conjugue à l’angoisse au cours d’un crescendo qui contraint les personnages à faire appel à toutes leurs ressources psychologiques pour surmonter les difficultés. Sur le Saracen, Rae s’efforce ainsi d’apprivoiser la folie de Warriner afin de reprendre barre sur son existence et ainsi porter secours à son mari. Elle se trouve rapidement confrontée à un dilemme moral, doit-elle éliminer ou non le déséquilibré, mais aussi face au risque d’être tuée par un jeune homme psychologiquement fragile lui étant infiniment supérieur, d’un point de vue physique. De son côté, Ingram compose avec les autres passagers de l’Orpheus. Un homme et une femme qui lui cachent bien des choses. Il doit pourtant collaborer avec le duo, en dépit des cachotteries, afin de maintenir le yacht à flot.

La grande force de Calme plat repose sur ce double enjeu et sur la manière d’entretenir le suspense avec une trame somme toute réduite. Fort heureusement, Williams a du métier et cela se ressent. Il multiplie les rebondissements, sans donner l’impression de forcer le trait ou de chercher à flouer le lecteur, distillant les informations petit-à-petit. Entre l’imprévisibilité de Warriner, la force de caractère d’Ingram et la ténacité de Rae, il nous brosse une belle galerie d’archétypes où les femmes ne pointent cependant pas aux abonnées absents. Bien au contraire, elles se révèlent le moteur d’une intrigue n’étant pas seulement dominée par les muscles.

Calme plat s’impose donc comme l’un des meilleurs romans de Charles Williams. Ce huis-clos en pleine mer, cette tempête sous un crâne sur fond d’encalminage, n’abuse pas du qualificatif de classique. Il fait même jeu égal en matière de suspense avec bien des titres plus récents, montrant qu’une bonne intrigue résiste allègrement à l’outrage du temps. Pour terminer, saluons une fois encore les éditions Gallmeister pour la perspicacité de leurs choix en matière de réédition et pour la qualité de la nouvelle traduction de Laura Derajinski.

Calme plat (Dead Calm, 1963) de Charles Williams – Éditions Gallmeister, collection « Totem », mars 2020 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Laura Derajinski)

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