Cyberpunk : histoire(s) d’un futur imminent

Avec Cyberpunk : histoire(s) d’un futur imminent, Stéphanie Chaptal, Jean Zeid et Sylvain Nawrocki proposent une mise à jour classieuse et documentée sur le Cyberpunk, mouvement littéraire et politique dont la durée a été inversement proportionnelle à l’impact dans la pop culture. Difficile en effet de passer outre la petite révolution initiée par les acteurs du mouvement tant ses thématiques et son esthétique irriguent encore une grande partie de l’imaginaire de la Science-fiction contemporaine.

Puisant ses origines à la marge, entre les États-Unis, le Japon et l’Europe, le Cyberpunk est un hybride de dystopie et d’anticipation écrit en réaction à la Science-fiction positiviste des années 1950 à 1960. Le « no futur » scandé par les Cyberpunks, émanation de la révolte de la jeunesse face aux conventions d’un genre enfermé dans des certitudes progressistes ambiguës, se nourrit pourtant de la fascination pour la technologie, laissant entendre que les outils qui nous asservissent peuvent contribuer à notre libération. Dans un monde parfait, le processus déboucherait sur l’utopie. Mais, les Cyberpunks ne sont pas dupes des idéologies, une de leur source d’inspiration restant le roman noir, où comme chacun le sait, il n’y a pas de bien ou de mal, juste des gens qui disent non et boivent un coup, parce que c’est dur.

De la genèse du mouvement jusqu’à ses héritiers post-cyberpunks, revendiqués ou non, les auteurs de Cyberpunk : histoire(s) d’un futur imminent dressent un panorama non exhaustif qui, si l’on s’en tient uniquement à l’écrit, n’a brillé qu’une petite décade, de Neuromancien à Snow Crash, le temps d’une dizaine d’œuvres. D’aucuns pointeront les oublis, notamment Walter Jon Williams. Mais, comme les auteurs l’affichent eux-mêmes, la définition du Cyberpunk prête le flanc à la critique et se trouve au cœur de débats acharnés et parfois ridicules. Leur proposition a donc le mérite de trancher dans le vif. Personnellement, définir le mouvement comme une anticipation située aux marges de la société, traitant du rapport entre l’homme et la machine, mais aussi de l’impact de la technologie et de la science sur le quotidien, me convient parfaitement, du moins au regard de ma modeste culture sur le sujet.

D’autres se réjouiront de la part réservée à l’Asie, notamment au Japon urbain, l’une des sources d’inspiration avouée de William Gibson, mais sans doute aussi de Ridley Scott avec Blade Runner. Les anime et mangas ont en effet leur part dans la naissance et le développement du Cyberpunk, contribuant à étoffer certaines de ses thématiques, notamment via les figures du cyborg ou de l’androïde, mais également par le truchement du mecha. Cyberpunk : histoire(s) d’un futur imminent s’efforce en conséquence de brosser un portrait multiculturel du mouvement, dans toutes ses multiples facettes comme dans ses diverses occurrences, qu’elles soient visuelles (cinéma, série télé et bande dessinée), ludiques, via le jeu de rôle et le jeu vidéo, ou enfin musicales, les auteurs n’oubliant pas l’aspect protéiforme d’un mouvement dont l’esthétique et les codes se prêtent idéalement à d’autres modes de narration.

Enrichi de plusieurs interviews, d’une frise chronologique synthétique, d’une bibliographie solide pour prolonger l’immersion, sans oublier un glossaire et un index, Cyberpunk : histoire(s) d’un futur imminent est un ouvrage de vulgarisation très réussi, en dépit d’une mise en page visuelle s’imposant parfois au détriment du texte. De quoi satisfaire la curiosité du néophyte et donner envie de (re)voir ou (re)lire quelques uns des titres majeurs du mouvement.

Cyberpunk : histoire(s) d’un futur imminent – Stéphanie Chaptal, Jean Zeid et Sylvain Nawrocki – Ynnis Editions, novembre 2020

2 réflexions au sujet de « Cyberpunk : histoire(s) d’un futur imminent »

  1. Perso, j’ai opté pour le bouquin de Raphaël Lucas, Histoire du cyberpunk, chez Pix n’love, un peu plus orienté jeux vidéo, mais il n’oublie pas les racines littéraires du genre (un bouquin qui fait référence à KW Jeter ne peut de toute façon pas être mauvais). Je n’ai lu que l’intro pour le moment, mais c’est du solide et son approche critique me paraît excellente. Ceci dit, tel que je me connais, le livre de S. Chaptal et J. Zeid finira aussi dans mon escarcelle.

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