Les Ménades

À l’âge où les jeunes filles ne pensent qu’au mariage, Lyra, Agamê et Enyô préfèrent la liberté offerte par les rivages de leur petit île natale. Avec comme seul horizon la bleu de la mer, la chasseresse solitaire, la monstresse vindicative et la gamine adoptée n’arrivent par à se résoudre à épouser l’âge adulte, guignant avec envie les mystères et les mythes de la Grèce. Un jour qu’elles étaient parties jouer aux ménades, à la poursuite d’un satire ayant finalement fait faux bond, une bande de mercenaires thébains débarque sur leur île. À la recherche d’un mage fugitif passé par là peu de temps auparavant, ils se consolent de sa fuite en pillant le village, massacrant ou violant sa population, avant d’emmener en captivité les survivants, histoire de les vendre comme esclaves afin d’accroître leur butin. De retour après une nuit d’agapes et de frénésie, le trio féminin découvre le drame et, furieux, décide aussitôt de tirer vengeance de cet affront. S’engage alors une odyssée périlleuse pour les donzelles, un périple jalonné de défis homériques, idéal pour parfaire leur caractère et conforter leur goût de l’aventure.

On ne peut pas reprocher à Nicolas Texier de méconnaître ses classiques. Bien au contraire, il les revisite non sans humour à l’aune d’un trio de jeunes filles indépendantes et téméraires, donnant le beau rôle au sexe prétendu faible. Quelque part en Méditerranée, peu de temps après la chute d’Ilion et le retour victorieux des Mycéniens et de leurs alliés dans leurs royaumes, Lyra, Agamê et Enyô font mentir le mythe du guerrier irrésistible en défiant quelques unes des créatures les plus terrifiantes de la mythologie grecque. Entre la Crète du Minotaure, le pays des Lotophages, l’île des Cyclopes où elles s’allient avec Polyphème, le plus connu d’entre eux, et la terre des Lestrygons, le voyage des jeunes femmes se mue progressivement en quête initiatique, dévoilant à autrui et à elle-même leur véritable nature, tout en faisant l’apprentissage de la vie et de la mort. Elles bataillent ainsi sans faiblir contre des centaures, se frottent à un groupe d’Atlantes à la recherche de la terre promise et côtoient les dieux, n’hésitant pas à braver les colères d’Océan pour traquer le plus mystérieux et retors d’entre eux jusqu’aux tréfonds du palais aquatique de Thétis. Bref, elles font face à toutes les épreuves avec courage, abnégation et malice, sans se départir de ce besoin vital de liberté, maîtresses de leur destin de bout en bout.

Avec Les Ménades, Nicolas Texier puise aux sources des récits mythologiques de la Grèce antique pour en tirer une fantasy alerte, volontiers espiègle, dont le propos s’inscrit de plain-pied dans des préoccupations présentes. Récit vif, enlevé et divertissant, Les Ménades n’engendre pas la mélancolie, bien au contraire, le roman revivifie la matière hellène via un trio féminin libre et indépendant.

Les Ménades – Nicolas Texier – Les Moutons électriques, collection « Bibliothèque voltaïque », septembre 2021

8 réflexions au sujet de « Les Ménades »

  1. C’est marrant, autant je suis partant pour « féminiser » tous les genres de littérature, autant je n’imagine pas les filles façon Ulysse. Je dois être un peu borné.

      • Bon, je n’ai pas lu le bouquin, c’est sûrement amené de manière naturelle. On avait les Amazones ou Méduse. Personne n’a fait de Méduse un personnage principal. Je la vois bien chez Disney avec un compagnon oursin pour les peluches. Et elle chanterait.

  2. Si ces mythes sont revisités avec humour ,pourquoi pas?
    Mais j’avoue avoir du mal avec ce vent de modernité qui consiste à redefinir les figures féminines des mythes de la Grèce antique.

    • Les mythes évoluent avec les pratiques sociales et les valeurs qui les fondent ou les portent. Il en a toujours été ainsi. Rien de neuf sous le soleil. La fantasy n’est qu’une illustration moderne de ce fait.

  3. Je trouve intéressante cette façon de réinterpréter les mythes en fonction de la mentalité du lecteur actuel.C’estvrai les mythes traversent les temps mais différemment.
    C’est un peu le cas du mythe de la Sirene,transfigurée morphologiquement,humanisée parce qu’elle peut aimer ou qu’elle devient mortelle.
    L’ouvrage de Nicolas Texier ne parle pas de sirènes mais je le note.😃

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