The Last Kingdom

Difficile de se faire un avis sur The Last Kingdom sans penser à l’adaptation éponyme de l’ouvrage disponible sur la plateforme Netflix. Les personnages d’Uhtred, de Beocca, Ragnar, Leofric ou d’Alfred prenant aussitôt les traits des acteurs choisis pour les incarner à l’écran. Et pourtant, la saga de Bernard Cornwell exprime une violence plus brute, une rusticité des mœurs que le glamour et les poncifs de la série télévisée tendent à gommer. Certes, nous ne trouvons pas devant un essai historique, l’auteur anglais se laissant aller à quelques raccourcis et libertés avec notre connaissance de l’époque. Mais, il le fait dans l’intérêt de la fiction et non sans un certain souci de documentation.

The Last Kingdom est le récit romancé de l’affrontement entre les Angles et les Danes, les premiers luttant pied à pied pour ne pas succomber devant les seconds, gardant sans doute dans leur mémoire le souvenir de leur arrivée dans l’île et leur victoire sur les peuples brittoniques. Par un caprice de l’Histoire, les rôles se trouvent inversés, les Angles christianisés devenant les victimes d’une nouvelle invasion païenne. Réduite à quatre royaumes, l’Heptarchie anglo-saxonne voit la Northumbrie, l’Est-Anglie et la Mercie tomber sous la coupe des Danes, ces hommes du Nord venus ici se tailler une place de choix, après avoir un temps commercé et fait œuvre de viking, l’un n’empêchant pas l’autre. Seul le Wessex semble en mesure de résister, sous l’autorité d’un roi cachant son intelligence sous l’apparence de la bigoterie et de la maladie.

Centré sur le personnage d’Alfred le Grand et plus lointainement de ses successeurs, The Last Kingdom ouvre la voie à une saga se composant à ce jour de cinq titres. Si on y côtoie Alfred, le héros en creux de la série, on s’attache surtout à Uhtred, l’ealdorman de Bebbanburg (Bernicie), narrateur de sa propre épopée. Dépossédé de son héritage par son oncle et recueilli par Ragnar le Dane qui l’élève comme son propre fils, Uhtred est littéralement coincé entre deux cultures. Il finit pourtant par pencher du côté des Angles, non sans se laisser forcer la main par Alfred. Mais, s’il épouse la cause du souverain du Wessex, il reste loin d’adhérer à sa foi, raillant sans se cacher les simagrées des Chrétiens et les chroniques édifiantes rédigées par leurs clercs. Sur ce point, Bernard Cornwell ne ménage pas la foi chrétienne, laissant libre cours à une ironie mordante. Il est également sarcastique avec la noblesse anglo-saxonne, les puissants ne trouvant guère crédit auprès d’Uhtred. Mais si l’ealdorman de Bebbanburg revient du côté des Angles, il reste Dane de cœur, ne renonçant pas à son allégeance personnelle pour la famille de Ragnar, notamment lorsqu’il accomplit le devoir de vengeance. En dépit de son titre et de sa position dans la société anglo-saxonne, Uhtred reste ainsi un homme du commun, guère soucieux de démocratie, plus attaché à réparer un tort au passage qu’à un réel projet de rénovation sociale. Un rustre au caractère forgé sur les champs de bataille, n’ayant que le souci de son destin à la bouche. Un homme bien de son temps, finalement.

The Last Kingdom est donc un bel exemple d’excellente mauvaise littérature, offrant sous couvert d’histoire épique, un récit divertissant mais suffisamment documenté pour paraître authentique. À suivre avec The Pale Horseman.

The Last Kingdom – Bernard Cornwell – Harper, janvier 2005

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