The Pale Horseman

Avec The Pale Horseman, on retrouve Uhtred, principal et unique narrateur de chroniques saxonnes bien plus brutes de décoffrage que leur adaptation sur la plateforme Netflix. Un point de vue rétrospectif où prévaut le tempérament sanguin et rustre du héros saxon, à mille lieues du glamour de l’interprète de The Last Kingdom. Le bougre a désormais vingt ans et, bien entendu, il vient de se faire évincer par plus ladre que lui. Dépossédé de sa victoire à Cynuit contre Ubba Lothbrokson, le voilà condamné à faire pénitence pour se faire pardonner. À vrai dire, personne n’est dupe du mensonge et cela arrange tout le monde de l’humilier, histoire de lui rappeler qu’il reste un étranger. Il s’en retourne donc dans son domaine grevé de dettes, tributaire d’un clergé qu’il méprise et d’un roi qu’il déteste, mais avec toujours le secret espoir de reconquérir des terres familiales usurpées par son oncle en Northumbrie. Pour cela, il a besoin d’hommes et donc d’or, histoire de s’attacher leur fidélité. Et où le trouver, si ce n’est chez les Danes ou chez les voisins celtes ?

Ce deuxième tome des Chroniques saxonnes continue de nous narrer les aventures d’Uhtred de Bebbanburg, héros ayant scellé son destin avec celui du Wessex et de son souverain Alfred. Le The Pale Horseman du titre fait allusion au récit apocryphe de l’Apocalypse, prenant corps ici avec l’invasion dane. Les lecteurs de The Last Kingdom ne seront donc pas étonné de renouer avec l’ealdorman, retrouvant dans son récit les qualités du précédent volet. D’abord un rythme soutenu, ne s’embarrassant guère de longues scènes d’exposition, où le temps et les distances semblent se contracter au fil des aventures d’Uhtred et de ses compagnons. Le fidèle Leofric et son franc parler, mais aussi Beocca, l’élément modérateur, le brutal Steapa, la mystérieuse Iseult et le truculent Pyrlig composent une troupe hétéroclite, digne des meilleurs romans feuilletons, contribuant par leurs interactions à rendre plus supportable l’aspect bas de plafond du destin d’Uhtred.

Si le récit de Bernard Cornwell suit peu ou prou le déroulé de l’histoire d’Alfred, pour ce que l’on en connaît, il se permet cependant quelques libertés avec le ton hagiographique ou les accents pompiers du roman national. Uhtred reste un mécréant et un guerrier, guère respectueux des us et coutumes de l’entourage royal, convaincu de sa supériorité sur la populace. À ses yeux, les religieux apparaissent tous comme des bigots hypocrites, inutiles et pleurnichards, bien plus intéressés par le pouvoir et la richesse que par le salut de leurs ouailles. Quant à Alfred, il est dépeint comme un souverain falot, plus préoccupé par les dires des moines que par le devenir de ses soldats, ce qui n’empêche pas Uhtred de le trouver courageux face l’adversité, mais aussi adroit et manipulateur lorsqu’il s’agit de s’attacher la fidélité d’autrui. D’aucuns jugeront cette représentation de l’histoire saxonne caricaturale, les Danes n’étant eux-mêmes pas épargnés. Pourtant, sous les poncifs et les stéréotypes affleure une vision de l’Angleterre du IXe siècle sans doute assez proche de la réalité. La christianisation des Saxons étant assez récente, il n’est pas étonnant qu’elle soit fragile, pas totalement acquise, surtout dans les campagnes où prévaut encore le paganisme. L’antagonisme avec les Bretons insulaires reste fort, de même que la royauté demeure fragile chez un peuple où le principe dynastique demeure encore très disputé.

Pour autant, il ne faut pas voir dans The Pale Horseman une volonté de faire de l’histoire, mais juste l’envie d’appliquer un vernis historique à un récit divertissant, plein du bruit et de la fureur du choc des armes, et non dépourvu d’ironie. En somme, une alternative historique honorable à la fantasy épique. A suivre avec Lords of the North

The Pale Horseman – Bernard Cornwell – Harper, 2007

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