Un Dernier ballon pour la route

Enième roman noir mâtiné de freaks et de trahison, avec sales gosses et antihéros revenus de tout, histoire de faire bonne mesure, Un Dernier ballon pour la route se distingue surtout pour son ambiance post-rurale marquée par la déglingue et un sentiment de déchéance. Un tropisme irrésistible n’étant pas sans rappeler Luj Inferman’ et la cloducque de Pierre Siniac, ou plus près de nous, temporellement parlant, Charlie Williams et la série de Mangel.

Frappé du syndrome de Groland et exhalant à chaque chapitre une poésie de comptoir, Un Dernier ballon pour la route fleure ainsi la désespérance et la beauté d’un rêve d’enfant écrasé comme une mouche sur la vitrine d’un supermarché. À sa lecture, on ricane beaucoup avant de reprendre un coup pour flouter les contours d’une réalité coupante comme du verre cassé.

Pour vous faire une idée du désastre, prenez 3/4 de rocades labyrinthiques et de ronds-points vicieux, ajoutez 1/4 de parkings hostiles et de zones commerciales ballardiennes, puis saupoudrez le tout d’une pincée de désert rural défiguré par l’acculturation et l’agro-business. Vous voyez le tableau ? Benjamin Dierstein ne craint pas le dérisoire et l’absurde, nous faisant faire le tour du propriétaire en compagnie d’un duo de ratés animés par une étincelle de justice et d’humanité. Freddie et Didier sont en effet deux grands gamins ayant versé dans le grotesque et le fantasque, faute de sens concret à donner à leur existence. Deux paumés se contrefoutant des causes à défendre, brûlant la vie par tous les bouts et jouissant d’une santé de fer, en dépit des coups fourrés, d’une hygiène de vie pour le moins aléatoire et des substances plus ou moins licites ingurgitées durant leur tournée des grands ducs.

Entre coma éthylique et souvenirs frelatés, dans un monde ayant autant de sens qu’un giratoire, ils taillent leur route, tâchant d’entretenir la famille dysfonctionnelle composée au fil de leurs pérégrinations foutraques. Surréaliste, le roman de Benjamin Dierstein l’est à plus d’un titre, mais il est surtout vachard et énaurme. L’intrigue y sert de prétexte pour dérouler les bons maux d’une prose parsemée de punchlines redoutables, de saillies drolatiques et de descriptions grand-guignolesques. Mais, derrière la caricature, on sent poindre aussi une certaine forme de tendresse, certes un tantinet tordue.

Un Dernier ballon pour la route tient donc toutes les promesses esquissées par l’illustration de couverture. Trash, de mauvais goût et complètement barré, les aventures de Freddie et Didier ont de quoi réconcilier au coin du zinc les tempéraments les plus irréconciliables.

Un Dernier ballon pour la route – Benjamin Dierstein – Éditions Les Arènes, collection « Equinox », mars 2021

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