Power Play

Power Play n’est pas un roman déplaisant, loin de là, même si, en tournant les pages, on ne peut se départir d’un sentiment de déjà lu. L’impression de lire un produit façonné, fabriqué pour plaire à un lectorat amateur d’intrigues policières routinières, où le crime et la famille sont inextricablement liées à la politique.

Alors, peu importe si l’histoire se déroule aux antipodes, dans une Afrique du Sud post-apartheid, en proie à la corruption, où la mondialisation redessine la géopolitique au profit de la Chine. Qu’on se trouve à Chicago, Los Angeles ou dans toute autre métropole, la même misère sociale arme le bras des laissés pour compte, même si leur couleur de peau oscille ici du noir foncé à une nuance plus claire. Les mêmes criminels vieillissants doivent protéger leur famille, préserver leur fortune bien mal acquise et entretenir à prix d’or une honorabilité de façade. Les mêmes réflexes reptiliens agitent leur carcasse les exposant à la trahison, aux retournements d’allégeance, bref au retour de bâton d’un milieu toxique où l’on doit se défier de ses alliés, où l’on apprend à s’arranger avec la légalité, y compris dans les plus hautes sphères du pouvoir et jusqu’au cœur des officines secrètes censées le protéger.

On tourne donc les pages, disait-on, jaugeant les archétypes, comptant les morts et mesurant à l’aune des cliffhangers successifs la progression dramatique, jusqu’à l’ultime révélation dont on pressent qu’elle pourrait inaugurer d’autres aventures. Cela ne serait guère étonnant puisque Power Play prend racine dans une autre série, celle de la génération précédente qui mettait en scène le duo Mace et Pylon et dont on peut lire la traduction des deux premiers titres dans la collection « Ombres Noires ».

On pointe également d’autres ressorts, empruntés à Shakespeare, en particulier la pièce Titus Andronicus. Power Play rejoue en effet librement cette tragédie macabre, adaptant l’affrontement sanglant entre le général romain Titus et son ennemie Tamora, la reine de Goths, au contexte de l’Afrique du Sud post-apartheid. Manipulés par les factions corrompues qui dirigent en coulisse le pays, la guerre des gangs peut se déchaîner afin de redéfinir les rapports de force au cœur des Flats, cet Eldorado du crime enkysté dans la ville du Cap. Les tueurs peuvent se croiser, à la recherche de leur cible, dans un crescendo de violence où les parrains du crime sont atteints jusque dans leur chair. Un affrontement où tout semble permis : meurtre, mutilation, viol et cannibalisme. Et, tout cela sous le regard désabusé de personnages hésitant entre la fuite, la vengeance ou la folie.

Même si Power Play n’est pas un mauvais roman, on a donc du mal à se passionner pour une histoire se contentant de dérouler le spectacle navrant, mais guère inédit, du crime, de la vengeance et de la corruption. À l’avenir, pour découvrir les angles morts de l’histoire de la société sud-africaine, sans doute se contentera-t-on de regarder du côté de Wessel Ebersohn ou de Deon Meyer.

Power Play (Power Play, 2014) – Mike Nicol – Éditions Le Seuil, collection « Cadre Noir », mars 2018 ( roman traduit de l’anglais [Afrique du Sud] par Jean Esch)

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