Fournaise

Après l’excellent Chants du cauchemar et de la nuit de Thomas Ligotti, Fournaise vient enrichir un catalogue déjà riche en nouvelles de fantastique à la croisée de la Weird fiction et de l’horreur. En nous proposant de découvrir l’œuvre de Livia Llewellyn, Dystopia Workshop n’usurpe pas ainsi sa réputation d’éditeur exigeant, mettant une fois de plus à profit les talents de traductrice d’Anne-Sylvie Hommassel.

Sans équivalent outre-Atlantique, les douze nouvelles du présent recueil sont une sélection de l’édition américaine Furnace, illustrée et maquettée ici par Stéphane Perger et Laure Afchain. Livia Llewellyn y décline un imaginaire étrange, à la fois angoissant, viscéral et malsain, où les cauchemars s’incarnent par le truchement d’une prose baroque et déstabilisante. Mais, pour peu que l’on succombe au ravissement suscité par la langue vénéneuse de l’autrice, on y découvre surtout un univers dense, où l’horreur organique se frotte aux tourments délétères de la décadence.

Difficile de résumer les différents textes inscrits au sommaire sans en affadir l’atmosphère. Si les thématiques semblent familières au lecteur accoutumé au fantastique, le traitement lui réserve cependant quelques surprises. Il faut en effet accepter de prendre son temps pour goûter à la décadence de textes exhalant une ambiance marquée par la corruption des corps, mais aussi des esprits, dont les titres sibyllins concourent à installer un sentiment malaisant. Rien d’étonnant lorsque l’on sait que l’autrice confie s’être inspirée de David Lynch, des préraphaélites, Cronenberg, Fellini, Clive Barker ou Joris-Karl Huysmans pour ne citer que ces quelques noms. Rien de surannée à relever non plus, puisque l’on côtoie les traditionnelles histoires de vampires, mais aussi des récits plus indéfinissables intégrant des notions de génétique, de psychogéographie ou de géométrie résolument non euclidienne.

De même, Livia Llewellyn semble se complaire dans un imaginaire frappé par la déliquescence, jouant à la fois avec les ressorts psychologiques du symbolisme et les effets visuels choquants propices à une Weird fiction viscérale. Elle déjoue cependant les pièges d’un maniérisme lourdingue pour dérouler une sorte de poésie en prose sombre, ne dédaignant pas les jeux troubles d’éros et thanatos.

Fournaise est donc un excellent recueil de fantastique, prouvant que le genre a su opérer sa mue vers la modernité avec succès, sans rien renier de sa propre histoire. Pour qui ne craint pas de se brûler, force est de constater que Livia Llewellyn ne démérite pas aux côtés de Thomas Ligotti, de Lisa Tuttle ou de Joel Lane.

Fournaise – Livia Llewellyn – Dystopia Workshop, novembre 2021 (recueil traduit de l’anglais [États-Unis] par Anne-Sylvie Hommassel)

7 réflexions au sujet de « Fournaise »

  1. Cette couverture UR est d’un kitsch assez réjouissant. En peinture, ça aurait été encore plus juicy. Du coup, je ne comprenais pas trop ton enthousiasme avant de voir la couv française, plus classieuse, c’est sûr.

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