Planetfall

Ayant quitté la Terre pour un monde lointain dont les coordonnées lui ont été révélées après un long coma, Lee Suh-Mi a entrepris d’y fonder une colonie, secondé dans son projet par Renata, Mack et d’autres convertis. Après une sélection drastique et un voyage interminable, l’Atlas, leur astronef, se met en orbite autour de la planète promise. Guidés par celle que l’on surnomme désormais l’Éclaireuse, les futurs pionniers atterrissent à proximité d’un mystérieux artefact organique dont les salles et les couloirs sont supposés abriter l’auteur du message adressé à Lee Suh-Mi. Pour ce premier contact, ils en sont réduits à quelques hypothèses, de la rencontre avec une intelligence étrangère pour les plus agnostiques en passant par la confrontation avec leur créateur pour les plus croyants.

Une vingtaine d’années plus tard, les habitants de la colonie fondée au pied de la structure extra-terrestre, appelée désormais Cité de Dieu, attendent toujours une manifestation tangible de cette entité. Réduits à guetter les messages de Lee Suh-Mi, entre-temps disparue dans les tréfonds de l’artefact étranger, ils ont établi une communauté autogérée, participative et durable, pansant les plaies du traumatisme de la Chute qui a vu une partie des nacelles de descente de l’Atlas s’écraser loin du site prévu pour l’atterrissage, sans laisser guère d’espoir aux éventuels survivants. Installé dans une routine entretenue par Mack et Renata, les seuls rescapés de l’équipe à l’origine du voyage, ce microcosme ne s’écarte guère de l’ombre des vrilles et nodules de la Cité de Dieu. Mais, l’arrivée de Sung-Soo, petit-fils de Lee Suh-Mi, dont le père a survécu à la Chute, vient mettre en péril la colonie.

À l’heure où l’implantation d’une base sur la Lune voire sur Mars reste de l’ordre du vœu pieux, la colonisation d’une planète en-dehors du système solaire demeure l’apanage exclusif de la Science-fiction. Le genre n’a pas en effet attendu la découverte des premières exoplanètes pour coloniser d’autres mondes. Qu’elles soient exotiques, prétexte à l’aventure débridée, ou plus réalistes, ces terres étrangères apparaissent comme l’un des lieux communs de la Science-fiction. Difficile dans ces conditions d’apporter du neuf. Pourtant, Emma Newman y parvient avec une insolente réussite, faisant de Planetfall une incontestable révélation.

Oscillant entre thriller et utopie, le roman de l’auteure britannique se révèle surtout un récit psychologique, hanté par la folie et la violence. D’emblée, Emma Newman nous immerge au cœur d’une petite communauté liée par ses affinités de voisinage, ses rites religieux et un modèle sociétal pour le moins apaisé. On y découvre un monde en autarcie, limitant au maximum son impact environnemental par divers moyens, mais se montrant également méfiant vis-à-vis de l’extérieur. Un monde évoluant sur le fil, entretenu dans sa foi par la manipulation et une pincée de fanatisme. Tributaires de la technologie des imprimantes 3D pour recycler leurs ressources, les habitants bénéficient aussi d’implants qui leur donnent accès au réseau de communication de la colonie, à ses banques de données et à une assistance médicale. Pour autant, l’intimité des uns et des autres demeure préservée, contribuant au culte du mystère entretenu par ses fondateurs.

Emma Newman dévoile progressivement leurs secrets inavouables, via le point de Renata. L’auteure britannique en profite pour brosser le portrait de cette femme ravagée par la culpabilité, enferrée dans ses souvenirs, ses mensonges et ses névroses, déroulant le processus d’écroulement de toutes ses barrières mentales devant une réalité qui finalement lui échappe.

Au-delà du drame personnel et humain, Planetfall apparaît aussi comme une tentative convaincante pour imaginer l’implantation d’une colonie sur une exoplanète. Entre l’adaptation forcée, génératrice de nombreux morts, et le développement « hors-sol » via la maximisation des techniques de recyclage, Emma Newman conçoit deux modèles de développement crédibles, source de spéculations stimulantes et d’images fortes.

Au final, le roman d’Emma Newman s’apparente à un voyage au centre de la tête, aux tréfonds de la psyché détraquée d’une femme, à la fois victime et responsable, teinté d’une dimension métaphysique. N’en disons pas davantage, de crainte de déflorer un dénouement empreint d’émotion et de tragédie. Précisons juste que celui-ci interpelle. Pour longtemps…

Planetfall (Planetfall, 2015) de Emma Newman – Éditions J’ai lu, collection « Nouveaux Millénaires », 2017 (roman traduit de l’anglais par Racquel Jemint)

Le Prestige

Ne relâchons pas le rythme avec un roman paru aux débuts de la collection Lunes d’encre.

On ne rentre pas dans les histoires de Christopher Priest sans respecter un pacte implicite, celui de ne pas vouloir à tout prix une explication rationnelle et définitive. Tout l’intérêt réside, en effet, dans le dit non explicité et non révélé, dans le suggéré intentionnel et le ressenti intime de chaque lecteur lorsque se produit « l’illusion » littéraire. Le Prestige ne déroge pas à ce pacte, à une nuance près cependant. Christopher Priest semble y être moins allusif que dans ces autres romans, nous livrant plus d’éléments de compréhension qu’à son habitude. Le résultat n’en demeure pas moins envoûtant car l’auteur britannique déploie tout son art pour titiller notre curiosité et mettre en scène une atmosphère d’étrangeté propice à la suspension de l’incrédulité, chère aux prestidigitateurs.

Andrew Westley, jeune reporter en devenir, est envoyé par son journal dans le Derbyshire afin d’enquêter sur une curieuse manifestation d’ubiquité s’étant déroulée dans une secte. Andrew n’est ni un spécialiste des sectes, ni un journaliste chevronné. Hasard des circonstances, il s’est trouvé cantonné aux affaires bizarres, affectation dont il ne se réjouit guère, mais qui pourtant suscite une résonance familière en lui. Andrew éprouve en effet une affinité très forte avec son jumeau, au point d’avoir noué avec lui une relation intime privilégié. Ceci ne prêterait guère à conséquence si Andrew n’était dépourvu de frère comme son acte de naissance le confirme. Enfant adopté, Andrew ne peut hélas pas compter sur son père naturel, Clive Borden, pour éclaircir cette impression.
Arrivé sur les lieux de son enquête, le jeune homme découvre qu’il s’agit en fait d’un subterfuge mis au point par une inconnue séduisante nommée Kate Angier. La jeune femme, qui semble bien le connaître, souhaite mettre fin à l’affrontement séculaire entre leurs deux familles. Un conflit dont ils supportent les effets collatéraux. Invité par Kate à élucider ses causes, Andrew remonte jusqu’au siècle précédent, lorsque Alfred Borden et Rupert Angier, deux talentueux illusionnistes, se sont voués une haine à mort. L’objet de cette profonde inimitié paraît pourtant bien dérisoire aux yeux d’Andrew. Une simple illusion de téléportation. Ceci n’empêche pas l’animosité de croître, au fil des années, sur le terreau fertile de la jalousie, du malentendu, des maladresses et des actes de réconciliation manqués, au point de prendre une tournure obsessionnelle, viscérale, voire même pathologique.
Qui de Borden ou de Angier a commencé cette lutte fratricide ? La réalité sur ce point reste fuyante car affaire de point de vue. Elle est intime puisque lié aux ressentis des deux magiciens dont on découvre progressivement les pensées à travers leurs journaux personnels. Enfin, elle est multiple, se superposant, s’opposant, comme une mise en abyme conçue pour leurrer l’entendement et provoquer le vertige.

Le Prestige se révèle un exercice brillant et maîtrisé, rejouant les thèmes et procédés de prédilection de Christopher Priest : faux frères naturels et vrais frères professionnels, gémellités fictives ou réelles, réalité multiple, dénouement en suspens. Ce roman constitue à ce jour un des plus intéressant texte de l’auteur que j’ai lu et j’avoue, à mon grand plaisir, avoir été une fois de plus bluffé.

Un autre avis ici.

Le Prestige (The Prestige, 1995) de Christopher Priest – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », mai 2001 (roman traduit de l’anglais par Michelle Charrier)

Le Village des damnés

Retour aux classiques pour le défi Lunes d’encre, avec un petit maître du genre : John Wyndham.

Réédités en un seul volume, Le Village des damnés et Chocky apparaissent comme le point d’orgue de l’œuvre de John Wyndham, aussi connu pour ses romans de fin du monde, une spécialité britannique, et ses récits d’invasions extraterrestres. Les deux romans au sommaire de cet omnibus relèvent d’ailleurs de cette dernière thématique, même si l’invasion prend la voie détournée de la subversion, via l’image « innocente » de l’enfance.

Commençons par Le Village des damnés, aka Les Coucous de Midwich., titre originel beaucoup plus approprié que celui découlant de son adaptation au cinéma, d’abord par Rolf Willa, puis John Carpenter (une purge).

L’argument de départ, connu des cinéphiles, nous emmène au fin fond de la campagne anglaise. Le paisible village de Midwich est frappé dans la nuit du 26 septembre par un phénomène surnaturel inexpliqué. La population perd sans préambule conscience, ne réagissant à aucun stimuli. Bien au contraire, toute personne s’aventurant dans un rayon de deux kilomètres autour de l’épicentre du phénomène plonge illico dans les bras de Morphée. On ne trouve d’ailleurs plus aucun être vivant éveillé qu’il soit animal ou humain. Averties, les autorités établissent une zone d’exclusion, s’empressant de rechercher les causes de l’événement. Elles finissent par découvrir sur des photos aériennes un curieux objet de forme circulaire, posé dans les champs près des ruines de l’abbaye du village. Mais, avant de pouvoir pousser plus loin leurs investigations, celui-ci disparaît et la population se réveille. Plus tard, on découvre que toutes les femmes du village sont enceintes…

Le Village des damnés n’usurpe pas sa qualité de classique. Près de 60 ans plus tard, le roman de John Wyndham n’a rien perdu de sa puissance d’évocation. Tout au plus, peut-on lui trouver un aspect suranné, une patine contribuant à accentuer son charme. L’auteur britannique transpose la thématique de l’invasion extraterrestre dans l’univers policé de la campagne anglaise, lui donnant le visage de l’enfance. Il le fait d’une façon maline, privilégiant son caractère insidieux et angoissant.

Des premiers émois suscités par la révélation des grossesses multiples au dévoilement de la menace implacable représentée par les Enfants, en passant par la mise à l’écart du village et l’entente mutuelle de ses habitants, John Wyndham ne se départit à aucun moment de son flegme, mélange de sens pratique et d’incrédulité. Parmi les personnages, on retiendra surtout celui de Gordon Zellaby, gentleman érudit et philosophe, attaché à l’écriture de son Œuvre, dont les réflexions alimentent le déroulé dramatique des événements. Une lente montée en puissance où les mœurs britanniques se voient acculées dans leurs ultimes retranchements par les impératifs de la biologie. De quoi résoudre définitivement tous les dilemmes moraux.

« Si tu veux rester vivant dans la Jungle, il faut vivre comme la Jungle elle-même. »

Poursuivons avec Chocky. Plus court, ce roman se révèle également plus émouvant. Cœur d’artichaut, quand tu nous tiens… N’ayons pas peur des mots, voici sans aucun doute le chef-d’œuvre de John Wyndham. Une fois de plus, l’apparente menace vient de l’enfance. Apparente menace car il s’agit plus d’une tentative d’aide maladroite que d’une volonté invasive. Le roman se présente comme une chronique familiale de la classe moyenne anglaise, où l’auteur nous fait pénétrer dans l’intimité d’une famille. Chocky est le surnom donné par Matthew, le fils aîné, à une entité qui lui parle et qu’il est le seul à entendre. Aux yeux de ses parents, elle apparaît d’abord comme une chimère enfantine, une redite de l’ami imaginaire de leur fille dont les caprices leur avaient d’ailleurs donnés du fil à retordre. Mais, les questions posées par leur fils, devenu le porte-parole de Chocky, les capacités dont il fait montre dans le dessin, puis en natation, leur font réviser leur jugement. Craignant un désordre mental, ils font appel à un psychologue dont l’avis ne contribue pas à les rassurer. Bien au contraire, il accrédite la thèse selon laquelle Chocky serait bien une créature réelle, évoquant même le mot de possession. Ange gardien, esprit malin, partenaire envahissant, la nature de Chocky interpelle et angoisse les parents de Matthew, d’autant plus qu’il devient l’objet de la curiosité de la presse, et bientôt d’autres spécialistes moins bien intentionnés.

Avec Chocky, John Wyndham se met à hauteur d’enfant, même si Matthew est perçu par le regard de ses parents. Il écrit ainsi un formidable roman sur l’amour parental où la naïveté infantile dévoile au monde adulte des perspectives altruistes vertigineuses.

Bref, cette réédition démontre, s’il est encore utile de la rappeler, la nécessité de ne pas négliger les classiques. Dont acte.

Le Village des damnés (The Midwich Cuckoos, 1957) de John Wyndham – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », mai 2013 (roman traduit de l’anglais par par Adrien Veillon)

Chocky (Chocky, 1968) de John Wyndham – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », mai 2013 (roman traduit de l’anglais par Michelle Charrier)

Les continents perdus

Gilles Dumay venant de laisser sa place à Pascal Godbillon à la tête de la collection Lunes d’encre, profitons du défi initié par A. C. de Haenne pour rappeler qu’il y a aussi été publié sous le pseudonyme de Thomas Day (non non, je ne vais pas parler de Resident Evil)

Pourvue d’une illustration de couverture suggestive (je ne sais pas vous, mais moi, je kiffe!), l’anthologie Les continents perdus prolonge l’expérience entamée par Thomas Day dans la défunte collection « Présence du futur » (Aventures lointaines 1 et 2). L’ouvrage présente une sélection de nouvelles et novelettes dont la publication s’étale de 1986 à 2002. Formats de prédilection de la science-fiction, la nouvelle et la novella demeurent hélas les grandes oubliées de l’édition, si l’on fait abstraction de la récente collection « Une Heure-lumière ». Un fait regrettable lorsque l’on constate la grande qualité des textes réunis ici. Walter Jon Williams, Ian R. MacLeod, Michael Bishop, Lucius Shepard et Geoff Ryman, leurs histoires se révèlent époustouflantes par leur justesse, leur imagination et leur sensibilité. Rassurez-vous, je pèse mes mots.
Dans un avant-propos concis et un tantinet polémique, Thomas Day (aka Gilles Dumay, directeur de la collection Lunes d’encre) dévoile sa conception des littératures de l’Imaginaire. Compte tenu de sa liste d’auteurs préférés, je ne peux que le suivre… Mais, revenons au sommaire de l’anthologie où il nous propose cinq destinations à cinq époques différentes. Une invitation au voyage alléchante, mais pas seulement.

« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. »

Nicolas Bouvier

Premier texte de l’anthologie, « Le Prométhée invalide » relève de l’uchronie. Walter Jon Williams met en scène les personnages de Lord Byron, Percy et Mary Shelley dans une réalité historique alternative, où l’écriture du roman Frankenstein ou le Prométhée moderne ne se déroule pas dans les conditions que nous connaissons. A l’instar de Brian Aldiss (voir le roman Frankenstein délivré), l’auteur américain s’amuse avec le genre et l’une de ses œuvres maîtresses. Il le fait en prenant comme décor l’Europe au lendemain des boucheries napoléoniennes, empruntant à l’époque son style sans trop alourdir le récit. Bref, voici, une lecture agréable et engageante pour la suite.

« Tirkiluk » n’a pas été étranger à mon envie de découvrir les romans de Ian MacLeod (pour mémoire, Les Îles du soleil chez Folio SF et L’âge des Lumières chez DLE). Cette nouvelle raconte l’arrivée et l’installation d’un jeune météorologue dans une station de l’Arctique. Le contexte est celui de la Seconde Guerre Mondiale et bien entendu les informations que le jeune scientifique doit collecter sont vitales au bon déroulement des opérations militaires. Que les lecteurs réfractaires aux histoires militaires se rassurent, ce texte s’éloigne très vite de ces prémisses guerrières. On assiste en effet à la découverte par un occidental d’un milieu et d’une culture (celle des Inuits) qui lui sont totalement étrangers. Et progressivement, cette étrangeté finit par contaminer le récit, nimbant les contours de la réalité d’une aura de fantastique. Inutile de préciser que la rédaction de l’histoire sous forme de journal intime convient idéalement à l’atmosphère.

« Apartheid, Supercordes et Mordecai Thubana » est sans doute le texte que je préfère dans cette anthologie (encore que mon cœur balance avec la nouvelle suivante). Michael Bishop n’est pas totalement inconnu en France puisque les amateurs de Philip K. Dick ont sans doute lu son hommage au Maître du Haut Château (Requiem pour Philip K. Dick). Néanmoins, je souhaiterais en lire davantage de cet auteur, surtout au regard de ce superbe récit. En effet, celui-ci est à la fois audacieux et engagé. Relier physique quantique et discrimination raciale, tout en dénonçant l’Apartheid, ce système ségrégationniste institué en Afrique du Sud jusqu’à la fin des années 1990, n’est pas une mince affaire. Abordé selon le point de vue d’un descendant de Boers, Afrikaner bon teint, l’histoire ne bascule à aucun moment dans la caricature et Michael Bishop s’en sort, je trouve, de façon fort satisfaisante. Coup de cœur et coup de maître.

Bien connu dans nos contrées grâce au Bélial’ et à Jean-Daniel Brèque, on aimerait que le talent de Lucius Shepard soit reconnu plus largement. Ici, l’auteur américain force une nouvelle fois l’admiration avec un texte à mi-chemin du fantastique et de la Science-Fiction. Ne tergiversons pas, j’avoue m’être régalé en découvrant le Delà, cette contrée singulière peuplée de vagabonds et de leurs chiens, un territoire traversé par des trains mystérieux et sillonné de monstruosités mortelles. Une invitation au voyage en forme d’aventure au cœur des Ténèbres. Bref, « Le train noir » apparaît comme mon second coup de cœur.

Geoff Ryman restera connu dans nos contrées pour une poignée de nouvelles. Primé à plusieurs reprises (British Science Fiction Award et World Fantasy Award, pour ceux que ça intéresse), « Le pays invaincu. Histoire d’une vie » se révèle un texte fort émouvant où l’on découvre la vie d’une petite fille (puis jeune femme) dans un pays qui n’est pas tout à fait le Cambodge, mais qui y ressemble fortement quand même. Un univers assez singulier, teinté de fantasy, qui pour cette raison pourrait peut-être décourager les lecteurs cartésiens. S’inspirant d’une réalité tragique, la nouvelle n’en demeure pas moins empreinte d’une justesse touchante.

Seule anthologie publiée dans la collection Lunes d’encre, Les continents perdus nous font regretter la faible appétence du lectorat pour les nouvelles. Un fait que l’on peut regretter au regard de la qualité des textes sélectionnés ici.

Les continents perdus – Anthologie proposée par Thomas Day – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », septembre 2005 (recueil traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque)

Notre île sombre

A mon grand dam, je me rends compte que je n’ai chroniqué aucun Christopher Priest. Le Challenge Lunes d’encre me permet de réparer cet oubli.

« J’ai la peau blanche. Les cheveux châtains. Les yeux bleus. Je suis grand. Je m’habille en principe de manière classique : veste sport, pantalon de velours, cravate en tricot. Je porte des lunettes pour lire, par affectation plus que par nécessité. Il m’arrive de fumer une cigarette. De boire un verre. Je ne suis pas croyant ; je ne vais pas à l’église ; ça ne me dérange pas que d’autres y aillent. Quand je me suis marié, j’étais amoureux de m femme. J’adore ma fille, Sally. Je n’ai aucune ambition politique. Je m’appelle Alan Whitman.

Je suis sale. J’ai les cheveux desséchés, pleins de sel, des démangeaisons au cuir chevelu. J’ai les yeux bleus. Je suis grand. Je porte les vêtements que je portais il y a six mois et je pue. J’ai perdu mes lunettes et appris à vivre sans. Je ne fume pas, en règle générale, mais si j’ai des cigarettes sous la main, je les enchaîne sans interruption. Je me saoule une fois par mois, quelque chose comme ça. Je ne suis pas croyant ; je ne vais pas à l’église. La dernière fois que j’ai vu ma femme, je l’ai envoyée au diable, mais j’ai fini par le regretter. J’adore ma fille, Sally. Il ne me semble pas avoir d’ambitions politiques. Je m’appelle Alan Whitman. »

Comme le rappelle opportunément Christopher Priest lui-même dans un court avant-propos, le roman-catastrophe relève d’une tradition britannique fermement ancrée sur l’île. Fin du monde provoquée par le déchainement des éléments, par l’attaque des animaux, par une invasion extraterrestre ou plus simplement par les hommes eux-mêmes, les auteurs n’ont pas manqué d’imagination pour mettre un terme à la civilisation. Les noms de John Wyndham, John Christopher, Charles Eric Maine ou de Edmund Cooper viennent immédiatement à l’esprit, mais il ne faudrait pas oublier Jim Ballard à qui Christopher Priest acquitte sa dette d’entrée de jeu.

Fugue for a Darkening Island, réécriture partielle du roman éponyme paru en 1971, traduit en France sous le titre Le Rat blanc puis désormais de Notre île sombre, relève donc de cette tradition. Dans ce roman sur les effets de la politique, Christopher Priest ausculte d’une manière clinique le naufrage inexorable de la Grande-Bretagne suite à l’arrivée massive de migrants issus du continent africain. Mais, il scrute également l’évolution psychologique d’un individu confronté à ces événements.

Si la situation de départ est rapidement expédiée (une guerre nucléaire a ravagé l’Afrique), Christopher Priest prend son temps pour décrire ensuite la ruine du modèle social et politique britannique, fracassé sur l’autel de la division, puis de la guerre civile. Dans un royaume désormais désuni, on s’attache ainsi au point de vue d’un citoyen lambda, issu des classes moyennes supérieures, plutôt éduqué, mais en difficulté dans son couple. Alan Whitman apparaît d’emblée comme un personnage falot dont on découvre la lâcheté au quotidien, mais également face à l’urgence d’une situation qui lui échappe. Plutôt modéré et progressiste dans ses options politiques, il observe avec incrédulité le débarquement des premiers réfugiés. La situation ne suscite en lui qu’un mol émoi, tant il se montre confiant dans la solidité des institutions britanniques et dans la tradition de tolérance entretenue par ses concitoyens. Mais l’élection d’un premier ministre autoritaire, suite à des incidents entre Afrim et sujets de sa Majesté, puis les premiers affrontements lui font prendre la mesure de son erreur. L’effondrement total de son pays provoqué par la guerre civile le contraint à agir. Il se voit investi d’un rôle protecteur, pour sa femme et sa fille, fonction où il se montre complètement incompétent. S’ensuit une longue spirale chaotique, ponctuée de rencontres, d’incidents et d’échecs, aboutissement d’un processus conduisant au basculement complet de sa personnalité dans une direction beaucoup moins policée.

On l’aura compris, avec ce roman de « jeunesse », Christopher Priest ne cherche pas à perdre le lecteur dans les méandres d’une intrigue nébuleuse, bien au contraire, il nous invite au cœur de la décomposition d’une nation. En dépit d’une intrigue entremêlant plusieurs lignes narratives correspondant à trois périodes de la vie d’Alan Whitman, Notre île sombre ne laisse guère de place à l’incertitude. On y trouvera pas de faux-semblants, ce jeu autour de la réalité et de sa perception auquel l’auteur britannique s’est livré par la suite, se taillant une réputation d’écrivain difficile, mais fascinant.

Malgré quarante années au compteur, Notre île sombre n’a rien perdu de sa charge émotionnelle. Christopher Priest y réactive des peurs contemporaines sans verser dans l’angélisme ou la diabolisation. Si le roman s’inspirait à l’origine du conflit nord-irlandais et de l’afflux des migrants indiens, la crise des réfugiés et la montée actuelle des populismes, sans oublier le brexit,  lui confèrent la valeur d’une prophétie. Espérons qu’elle ne soit pas auto-réalisatrice…

Notre île sombre (Fugue for a Darkening Island, 2011) de Christopher Priest – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », 2014 (roman traduit de l’anglais par Michelle Charrier)

Le Souffle du temps

pulp-o-mizer_cover_imageCette sixième participation au défi Lunes d’encre a été l’occasion d’exhumer un titre qui sédimentait depuis près de dix ans dans ma bibliothèque. L’archéologie révèle parfois des surprises.

Le Monde de VanderZande, alias Kamélios, est balayé par un vent capricieux et imprévisible qui dépose de manière aléatoire des artefacts provenant du futur ou du passé. Pour les colons, il apparaît comme une menace s’ajoutant à l’atmosphère toxique. Un danger contre lequel aucune bio-adaptation ne peut protéger. Aussi ont-ils pris l’habitude de vivre sur les plateaux, le plus loin possible de la vallée du Rift où son souffle tempétueux refaçonne le paysage. Pour les habitants de la Cité d’Acier, société hypertechnique vivant en vase clos, ses bourrasques sont une source de curiosité. Ils les scrutent, recueillant le moindre objet découvert après son passage. Des équipes sont aussi dépêchées dans le Rift, bravant le danger, dans l’espoir d’apercevoir la présence d’extra-terrestres voyageant au cœur de ses tourbillons. Ces rifteurs s’exposent à l’inconnu, remettant leur vie entre les mains de la chance et d’autres superstitions, à la poursuite de chimères, avec comme seule perspective d’avenir celle de gagner un peu de temps…

« Sur Kamélios, non seulement nous pourchassons nos propres rêves, mais parfois nous chassons aussi ceux de quelqu’un d’autre. »

Le Souffle du temps peut paraître atypique dans la bibliographie de Robert Holdstock. Délaissant en effet les archétypes, les jeux avec la mythologie et le registre du fantastique, l’auteur anglais nous livre ici un roman de science-fiction, n’étant pas sans évoquer le Planet opera. Les spéculations technoscientifiques ont cependant vite fait de céder la place à une quête intérieure dont les ressorts relèvent plus de la psychologie que du sense of wonder. D’où peut-être une impression de déception éprouvée par l’amateur de science dure devant une intrigue explorant surtout la matière molle du cerveau humain.

Pour autant, Le Souffle du temps recèle des moments de pure grâce où Robert Holdstock laisse sa plume divaguer, dressant un portrait saisissant des paysages de Kamélios. On se trouve ainsi plongé dans un ailleurs à la beauté étrangère et fluctuante, hanté par des rémanences psychiques, des structures chimériques et autres artefacts énigmatiques. Quelque part entre Christopher Priest et Stanislaw Lem, le parallèle ne paraissant ici pas du tout abusé, Robert Holdstock prend son temps, confondant parfois lenteur et ennui, pour poser le décor et les personnages, trois individus lambdas, membres de la même équipe d’exploration. Il y a d’abord Léo Faulcon, le personnage principal, individu lâche et tourmenté, puis son amante Léna Tanoway, une jeune femme masquant sa fragilité derrière une rudesse forcée, et enfin Kris Dojaan, le petit nouveau venu rechercher son frère aîné, disparu dans la vallée. De ce trio à l’humeur aussi fluctuante que le vent, Robert Holdstock tire sa thématique principale, celle de l’exil en soi-même. Kamélios dépouille en effet les personnages de leur souffle vital, de leur joie de vivre et de leurs ambitions, réduisant leur existence à une solitude morne et sans espoir. Seuls les Modifiés, autrement dit les fermiers transformés pour s’adapter à la vie à la surface de la planète, échappent à ce tropisme. Ils ont accepté le changement, renonçant à une part de leur humanité, pour vivre pleinement chaque instant présent de leur existence.

Le Souffle du temps flirte également avec l’indicible, proposant davantage de questions que de réponses. Robert Holdstock interroge l’incommunicabilité entre les êtres, générant un spleen tenace, parfois asphyxiant, où les souvenirs, les désirs et états d’âme des personnages entrent en résonance avec le milieu hostile qu’ils habitent.

« Toi et les milliards de tes semblables, vous n’avez jamais compris que les bons et les mauvais moments, ça n’existe pas. Il n’y a que des moments pendant lesquels on fait l’expérience de la vie, d’être en vie, peu importe que l’on éprouve de la douleur, du plaisir, de la déprime ou de la solitude. »

Bref, Le Souffle du temps est un roman lent, contemplatif, dont le propos intelligent mérite d’être creusé pour en révéler toutes les facettes. Robert Holdstock propose une science-fiction insolite, un tantinet verbeuse, mais infiniment déroutante, plus proche en cela de la fiction spéculative que du space opéra divertissant.

souffle-tempsLe Souffle du temps (Where Time Winds Blow, 1981) de Robert Holdstock – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », mars 2004 (roman traduit de l’anglais par Laurent Calluaud)

Les Univers multiples

Pierre d’achoppement de nombreuses conversations érudites, la définition de la SF agite périodiquement un genre à la recherche d’une identité, ou du moins essayant de comprendre les motifs de son désaveu parmi une intelligentsia prompte à exclure. Pourtant, il suffit de lire la série des « Univers Multiples » (« Manifold » chez nos cousins de la perfide Albion) pour expérimenter l’intuition de Norman Spinrad. Pour l’auteur américain, la SF semble être en effet la seule forme de littérature vraiment en prise avec son époque, explorant la réalité multiple dans laquelle nous vivons.
Un message parfaitement reçu par Stephen Baxter puisque l’on retrouve bien chez l’auteur britannique cette volonté de dévoiler la multitude des possibles. Une détermination conjuguée à un désir quasi-prométhéen de pousser l’humanité hors de son berceau terrestre pour l’amener à accomplir son destin d’espèce intelligente, pour la forcer à s’affranchir du carcan bureaucratique, économique, idéologique et religieux l’empêchant de coloniser l’espace.
De fait, Baxter n’a de cesse dans ses romans, astucieux cocktails de sense of wonder et de hard science, de vilipender la frilosité des institutionnels, refaisant au passage l’histoire de la conquête spatiale avec Voyage. Il déplore également la perte de l’esprit pionnier rappelant la fragilité de l’humanité et son caractère éphémère au regard de l’histoire de l’univers.

phase_space_ukParu dans l’Hexagone entre 2007 et 2008, la série des « Univers Multiples » gravite autour du paradoxe énoncé en 1950 par le célèbre physicien Enrico Fermi. Au cours d’un repas avec des collègues, le scientifique s’interroge sur la possibilité d’une vie et d’une visite extraterrestre. Constatant que notre soleil est une étoile jeune à l’échelle de la galaxie, il formule la question suivante : « S’il y a des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient déjà être chez nous. Où sont-ils ? »
À ce paradoxe, Baxter répond en plusieurs points, déclinant ses propositions en trois épais romans. À l’instar de David Bowman, Reid Malenfant y apparaît comme le moteur d’une variation thématique riche en trouvailles sidérantes. Un personnage fort, certes quelque peu monolithique, animé par son obstination à rallier l’espace et les étoiles. Autour de lui, diverses réalités se déploient, se faisant et se défaisant au gré des extrapolations scientifiques et science-fictives de l’auteur britannique.
En guise d’ouverture, Temps propose au lecteur un véritable feu d’artifice d’idées, de théories et de notions scientifiques, toutes plus vertigineuses les unes que les autres. Le propos n’est pas sans rappeler les perspectives cosmiques, pour ne pas dire métaphysiques, d’Olaf Stapledon, ou encore celles d’H.G. Wells dans La Machine à explorer le temps, roman pour lequel – ce n’est sans doute pas un hasard – Baxter a imaginé une suite.

tempsTemps explore l’hypothèse d’un univers dépourvu de toute autre forme de vie intelligente. À la question de Fermi « Où sont-ils ? », il répond nulle part. Et ce n’est pas la vision du futur offerte par un artefact venu de l’avenir, la perspective d’une fin du monde probable ou l’apparition de mutants aux desseins mystérieux qui rassure l’humanité. Bien au contraire, ces faits l’accablent et l’affolent, ressuscitant les pires réflexes de préservation de l’espèce.
Par le biais de la physique quantique, Stephen Baxter nous projette à la fois dans l’avenir, au terme de l’univers, et dans l’arborescence des possibles. Deux interrogations lancinantes traversent le roman. Que deviendra l’intelligence une fois l’humanité disparue ? Comment parvenir à vaincre l’entropie ? À ces questions, l’auteur britannique apporte des réponses époustouflantes, sans omettre d’user d’un des points forts de la SF : adopter le point de vue de l’autre, l’étranger, l’inhumain, ici incarné par des calmars génétiquement modifiés. On en redemande.

espaceSitué en un même temps et un même lieu, mais sur une ligne parallèle, Espace joue la carte du foisonnement, l’intrigue linéaire cédant la place à une succession de récits entrecoupés d’ellipses temporelles. Cette fois-ci, Stephen Baxter use et abuse de la profondeur de champ de l’univers, déroulant son histoire sur quelques milliers d’années. Le procédé a de quoi réjouir l’amateur avide de spéculation science-fictive, cependant il faut reconnaître que le récit se montre beaucoup plus décousu, accusant de sérieux coups de mou, même si le final reste toujours aussi vertigineux.
Au paradoxe de Fermi, l’auteur britannique répond ici par une autre question : « pourquoi les extraterrestres n’arrivent-ils que maintenant ? » Baxter imagine en effet que la vie est présente partout dans l’univers. Sous diverses formes, elle grouille littéralement affichant ses manifestations passées et présentes aux yeux d’une humanité désormais ravalée au rang d’espèce superflue. Toutefois, si la vie intelligente abonde et prolifère, affrontant avec succès ou non ses démons intérieurs, pourquoi aucune civilisation extraterrestre n’est-elle parvenue à conquérir et dominer la galaxie ? Guère pressé d’apporter une réponse, l’auteur britannique nous ballade d’un lieu à un autre. Des déplacements dans l’espace et le futur – conformément au principe de la physique d’Einstein – accomplis via des portails convertissant la matière en lumière. Ces voyages permettent à Stephen Baxter de mettre en scène des formes de vie étranges et de balayer quelques millénaires d’évolution de l’humanité dans une perspective fort peu réjouissante, il faut le reconnaître. Ces diverses spéculations ne tempèrent malheureusement pas complètement la déception. Après Temps, Espace fait un peu l’effet d’un brouillon un tantinet indigeste.

origineAvec Origine, troisième volet de la série, exit la Terre, l’univers et le reste… Baxter plante le décor sur une Lune rouge dont les vagabondages dans l’infinité des réalités l’amène à moissonner de façon aléatoire la vie à la surface de la Terre. Malenfant et ses compagnons découvrent ainsi un monde où coexistent plusieurs espèces d’hominidés, dont l’une d’entre-elles semble avoir atteint un stade d’évolution supérieur à celui de l’Homo sapiens. Ils rencontrent également quelques contemporains issus d’une réalité alternative, notamment des Anglais provenant d’une Terre où les États-Unis n’existent pas et où l’Homme de Néanderthal n’a pas disparu.
Si les prémisses du roman paraissent stimulantes, on déchante assez vite. Origine s’apparente à une purge longue et douloureuse. Une sorte de Au cœur des ténèbres chez les pithécanthropes écrit par un Homo guère habilis. À vrai dire, Baxter tire à la ligne, ne nous épargnant rien des soucis digestifs de ses personnages et de leurs tracas quotidiens. Le récit se cantonne à une interminable litanie de scènes de viol, de cannibalisme, de torture et d’actes de barbarie, sans que l’on ne ressente une quelconque progression dramatique. C’est juste gore et vain. À sa décharge, l’auteur britannique ne choisit pas la facilité, adoptant avec maladresse le point de vue de quelques hominidés. Ceci n’excuse toutefois pas les nombreuses pistes qu’il laisse en friche, préférant donner libre cours à son penchant pour la Préhistoire et l’évolution. Quant au paradoxe de Fermi, il se réduit à la portion congrue, se résumant à une nouvelle question à laquelle Baxter apporte une réponse bâclée dans les cent dernières pages.

Au final, si Temps paraît incontournable, on ne peut manifester autant d’enthousiasme pour Espace. Quant à Origine, mieux vaut passer outre pour sauter directement à la case Phase Space, histoire d’achever la série des « Univers Multiples » sous de bons augures. Un recueil de vingt-cinq nouvelles, hélas toujours inédit en français. Avis aux éditeurs…

Série les « Univers Multiples »

  • Temps (Manifold : Time, 1999) de Stephen Baxter – Réédition Pocket, octobre 2010 (roman traduit de l’anglais par Sylvie Denis et Roland C. Wagner)
  • Espace (Manifold : Space, 2001) de Stephen Baxter – Réédition Pocket, février 2011 (roman traduit de l’anglais par Sylvie Denis et Roland C. Wagner)
  • Origine (Manifold : Origin, 2001) de Stephen Baxter – Réédition Pocket, octobre 2011 (roman traduit de l’anglais par Sylvie Denis et Roland C. Wagner)