Saint-Germain, l’Égyptien

Voici une antiquité exhumée du fin fond de ma bibliothèque. À vrai dire, il a fallu une séance de rangement intensif pour redécouvrir la chose, sans doute achetée dans la foulée de ma lecture émerveillée d’Ariosto Furioso. Faudra d’ailleurs que je le relise.

Chelsea Quinn Yarbro a beaucoup donné avec le personnage récurrent du comte de Saint-Germain, figure historique auréolée de tout un fatras légendaire, associant l’élixir de longue vie à d’autres fadaises ésotériques. On renverra les curieux ici.

Si les aventures du comte de Saint-Germain appartiennent à l’une des plus prolifiques séries de l’autrice, il n’en va pas de même en France où seuls deux romans ont fait l’objet d’une traduction. D’abord, Le Comte de Saint-Germain, vampire, réédition au Fleuve noir sous un titre différent de Hôtel Transylvania, a Novel of Forbidden Love, jadis paru chez Arda. Et, Out of the House of Life, ici coupé en deux de manière honteuse, histoire d’extorquer davantage d’argent au lecteur.

Sans entrer outre mesure dans les détails, mais pour satisfaire quand même la curiosité insatiable des lecteurs de ce blog, Chelsea Quinn Yarbro a fait de l’aristocrate un vampire porté sur le bien, donnant libre cours à son goût pour l’Histoire afin d’imaginer ses aventures à travers les âges. Certes, le comte reste une créature assoiffée de sang, pouvant convertir des disciples. Un monstre qui s’épanouit au contact de sa terre natale, prenant bien garde d’en faire provision avant d’entamer un voyage. Mais, le soleil n’entraîne pas sa destruction irrémédiable. Certes, il en souffre beaucoup, mais pas au point de se consumer de manière spectaculaire, comme on peut le voir dans certains films. Et surtout, il n’est plus attaché au mal, en tout cas beaucoup moins que certains des hommes qu’il est amené à côtoyer. Bref, Saint-Germain apparaît comme un vampire atypique.

Si Le Comte de Saint-Germain, vampire mettait directement en scène le personnage, il n’en va pas de même pour Saint-Germain, l’Égyptien. Bien au contraire, l’aristocrate pointe aux abonnés absents, laissant place à une de ses converties, Madeleine de Montalia. Rien de surprenant puisqu’il s’agit ici d’un arc narratif différent. Autrement dit, une sous-série à l’intérieur de la série. Le comte apparaît tout de même de manière indirecte, soit par l’intermédiaire de flash-back, soit au travers de quelques lettres issues de sa correspondance avec Madeleine. La matière épistolaire compose d’ailleurs une partie non négligeable du récit, faisant en quelque sorte le lien avec ses parties plus narratives.

Bien plus âgée que son apparence ne le laisse penser, la jeune femme se rend en Égypte, terre jadis arpentée par son mentor, afin d’élucider certains détails de son passé. Elle s’y retrouve confrontée aux préjugés machistes de ses compatriotes européens et à la méfiance des musulmans, guère favorables à l’émancipation féminine à cette époque. Elle y affronte également une menace de nature plus occulte.

Si Saint-Germain, l’Egyptien apparaît comme un roman historique fort honorable, restituant de manière documentée et crédible les débuts de l’archéologie, qualifiées d’antiquités à l’époque, en gros les années 1825-26, il ne soulève guère l’enthousiasme du point de vue de la tension dramatique. On ne frissonne guère et on s’ennuie beaucoup, du fait de l’entrelacement entre la forme épistolaire et narrative, mais aussi en raison d’un rythme mollasson qui ne parvient même pas à susciter l’adhésion.

Bref, Saint-Germain, l’Egyptien rejoint illico la liste de mes rendez-vous manqués. Pas sûr d’avoir envie de lire le tome 2, voire Le Comte de Saint-Germain, vampire. Quoique, sur un malentendu…

Saint-Germain, l’Égyptien (Out of the House of Life, 1990) de Chelsea Quinn Yarbro – Fleuve noir, collection « Thriller fantastique », 2005 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Édouard Kloczko)