Capitaine Futur : Le Triomphe

Voici déjà le quatrième volet des aventures du Capitaine Futur, le héros des quadras et quinquas, fans de l’anime du studio japonais Toei Animation. Une nouvelle fois traduit par Pierre-Paul Durastanti dans la collection « Pulps » dont il est par ailleurs l’initiateur et l’animateur infatigable, l’ouvrage ne décevra pas les amateurs de rétro-fiction. Rien de neuf en effet sous le soleil des neuf planètes, une fois de plus menacées par un péril insidieux et implacable.

Ne lésinons pas sur les superlatifs car ils composent l’ordinaire du sorcier de la science, ce géant roux dont la carrure athlétique n’a d’égale que l’esprit vif et alerte. Meneur né des Futuristes, cette association de héros extraordinaires, à laquelle le gouvernement planétaire fait appel lorsque le désordre se répand parmi les peuples du Système solaire, Curt Newton ne semble animé que par la passion de la connaissance et un sens de la justice surhumain. Cette fois-ci confronté au seigneur de la vie, un mystérieux criminel promettant la jeunesse éternelle aux plus chenus des citoyens, via un élixir aux effets secondaires mortels, il doit prêter une nouvelle fois main forte à la police des planètes, incapable de déjouer la redoutable accoutumance qui se répand dans les neufs mondes. La routine, en somme, dans le plus pur registre du pulp et du comics dont Edmond Hamilton applique les recettes avec cette série née dans les années 1940.

L’amateur retrouvera donc la démesure d’une intrigue ne s’embarrassant guère de vraisemblance, lui préférant la patine d’une histoire recyclant des motifs plus anciens, comme ici celui de la fontaine de jouvence. Inutile en effet d’attendre autre chose que le dépaysement suranné d’un space opera trépidant, où une péripétie en chasse une autre, sur fond de ranch saturnien, de forêt de champignons aux spores mortels et de brumes impénétrables hantées par des hommes oiseaux. L’aventure à un saut d’astronef ou de voiture fusée, jalonnée par les saillies d’un humour potache, certes un tantinet répétitif, avec une foi dans le progrès scientifique chevillée au corps. Toute une époque et un état d’esprit différent, celui qui prévalait durant l’âge d’or américain, mais avec une légère touche de nostalgie dont on goûte un aperçu dans la salle des trophées du Capitaine Futur.

Bref, Le Triomphe, quatrième aventure du Capitaine Futur, reste un texte d’une exubérance juvénile, à peine entaché par quelques tournures familières, qui ne cède rien en matière de distraction sans conséquence. Et, ce n’est pas un fan de Starwars qui lui jettera la première pierre.

Capitaine Futur 4 : Le Triomphe (Captain Future’s Challenge, 1940) de Edmond Hamilton – Éditions Le Bélial’, collection « pulps », mars 2018 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Pierre-Paul Durastanti)

Les Loups des étoiles

La galaxie a peur. La galaxie tremble devant les déprédations des Varnans, ceux que tous surnomment les Loups des étoiles. Sans doute inspirés par les méfaits des vikings, ce peuple sauvage déclenche régulièrement des raids, mettant à sac les richesses des empires et royaumes de la Voie lactée. Usant de leur force physique et de leurs réflexes inouïs, acquis sur leur planète natale où la gravité est écrasante, ils affrontent sans peur les croiseurs de leurs victimes, raflant les trésors des mondes qui les craignent. Parmi les Loups des étoiles, Morgan Chane fait figure d’exception. Élevé sur Varna après la mort de ses parents missionnaires terriens, il s’est adapté à la gravité, développant des capacités physiques exceptionnelles et une indépendance d’esprit insolente. Fuyant la vendetta d’un des plus puissants clans de la planète, il ne doit la vie qu’à John Dilullo. Ayant démasqué le loup blessé, le capitaine mercenaire décide d’utiliser ses capacités pour achever une mission compliquée. Des confins de Vhol (L’Arme de nulle part), d’où est exhumée une arme antédiluvienne invincible, au monde natal des loups (Le Monde des loups), en passant par le système d’Allubane où l’autarcie jalouse de ses ha-bitants cache une technologie dangereuse (Les Mondes interdits), Dilullo et Chane apprennent petit à petit à se connaître au cours d’aventures périlleuses, n’hésitant pas à échanger à fleuret moucheté railleries et sarcasmes divers.

Lorsqu’il écrit la série des « Loups des étoiles », Edmond Hamilton n’est plus vrai-ment un perdreau de l’année. Père du space opera, auteur chenu dont la carrière a dé-buté quarante ans plus tôt, à l’époque des pulps, le bonhomme fait figure de dinosaure lorsque paraît en 1967 le premier tome des aventures de Morgan Chane. Et effectivement, on ne peut s’empêcher de trouver anachroniques les trois romans qui composent cette série, même si leur caractère épique et le world-building pseudo-scientifique démontrent une grande maîtrise de la narration. Car Edmond Hamilton a du métier. Il sait y faire pour provoquer la suspension d’incrédulité et titiller le sense of wonder. Ses descriptions de la galaxie réjouissent les yeux par leur lyrisme un tantinet pompier. La caractérisation de ses personnages, qui tiennent plus de l’archétype que d’un portrait psychologisant, prône l’efficacité et suscite la complicité du lecteur. Bref, « Les Loups des étoiles » détonne quelque peu à une époque où le prix Hugo récompense Dune, Révolte sur la Lune, Seigneur de lumière, Tous à Zanzibar, et où 2001, l’Odyssée de l’espace s’apprête à sortir au cinéma.

Pourtant, pour peu qu’on se laisse porter par les péripéties des aventures de Morgan Chane, le seul Loups des étoiles non natif de Varna – le monde d’origine de cette espèce adepte du pillage –, et pour peu que l’on soit séduit par la connivence quasi-filiale qu’il entretient avec John Dilullo, le dur-à-cuire de la vieille Terre, « Les Loups des étoiles » se révèle une lecture divertissante. Au moins autant que le visionnage d’un épisode de Star Wars dont l’univers puise sans vergogne dans l’œuvre d’Hamilton. Sachant que Leigh Brackett a contribué au scénario de L’Empire contre-attaque, il n’est guère étonnant de voir Han Solo com-me un émule de Morgan Chane, wookie y compris. Tout ceci n’empêche cependant pas l’auteur américain de rechercher une certaine vraisemblance, en reprenant à son compte la thématique de la panspermie et la théorie de l’évolution pour remplir la galaxie de peuples à la couleur de peau chatoyante et à la constitution adaptée à leur environnement. Et même s’il ne se montre guère féministe dans sa représentation de la femme, il laisse infuser quelques préoccupations des années 1960, notamment dans Les Mondes interdits, où l’on peut percevoir l’Errance Libre comme une allusion à peine voilée à la consommation de drogue.

Petit plaisir de lecture, « Les Loups des étoiles » amusera sans doute les amateurs d’une science-fiction confite dans les clichés du space opera. Une acception du genre datée, popularisée sur le grand écran par Star Wars, et dont on ne peut pas renier le plaisir sentimental qu’elle suscite.

« Les Loups des étoiles » de Edmond Hamilton – Rééditions Folio SF, 2003 (ouvrage se composant de L’Arme de nulle part, Les Mondes interdits et Le Monde des loups, traduit de l’anglais [États-Unis] par Richard Chomet)

La Saga des étoiles

Avant de se voir coller l’image kitschissime de Star Wars, la science-fiction a longtemps été réduite à celle du space opera débridé issu des pulps, où tout paraissait bigger than life. En ce temps-là, sur le fond étoilé de la Galaxie, les archétypes un brin naïfs fusaient dans leurs astronefs fuselés, explorant des planètes sauvages, sur le qui-vive, prêts à dégainer l’arme ultime contre toute menace indicible ou plus simplement un pistolet atomique. Les princesses à sauver des griffes maléfiques d’une entité quelconque abondaient et on trouvait toujours un défi à relever, histoire d’occuper le temps ou de repousser plus loin les frontières de la civilisation (forcément américaine). De ce décor teinté d’inventions pseudo-scientifiques, rayons subspectraux plus rapides que la lumière et autres stases protégeant les hardis pilotes des accélérations surhumaines, Edmond Hamilton a fait le quotidien de John Gordon, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale et ex-pilote de bombardier  (Buck Rogers, vous avez dit ?), peaufinant au passage sa réputation de faiseur d’aventures spatiales.

Découpé en deux livres, la « Saga des étoiles » convoque le ban et l’arrière-ban du sense of wonder, n’hésitant pas à piller le scénario du Prisonnier de Zenda et un contexte inspiré de la Guerre froide, menace atomique y comprise.

Paru en 1949, Les rois des étoiles apparaît comme un condensé échevelé et un tantinet roublard des récits édités dans les pulps. En parfait candide dont l’esprit américain devient l’objet d’un échange avec celui du prince Zarth Arn, John Gordon vole de merveilles en merveilles, emporté par une succession d’événements imprévus dont il ne peut que subir les conséquences, s’adaptant avec une chance inouïe aux circonstances. Dans un empire aux proportions cosmiques, sorte de commonwealth foisonnant, qui domine la Galaxie dans le futur, il passe ainsi de l’extase à l’effroi, dans la crainte permanente de voir sa véritable identité démasquée, tombant amoureux de la princesse avec laquelle on le marie pour la forme, afin de renforcer les alliances face à la menace du tyran Shorr Kan. Heureusement, la ravissante créature ne tarde pas à succomber à son charme exotique, ce qui en dit long sur le sex-appeal de l’an 200000… Bref, Edmond Hamilton aligne les poncifs et les rebondissements avec l’entrain d’un forain à la foire, régalant son lectorat d’un récit léger, jalonné de quelques morceaux de bravoure propres à susciter un enthousiasme juvénile.

Le retour aux étoiles ne bénéficie pas, hélas, de la même cohérence. Paru vingt ans plus tard, en 1969, si l’on fait abstraction de l’édition française de 1968 qui comportait deux textes alors encore inédits outre-Atlantique, ce roman souffre de sa structure de fix-up composé à partir de plusieurs novelettes parues en magazine entre 1964 et 1969. On en ressort avec le sentiment d’une trame décousue et répétitive, où seule la première (« Les Royaumes des étoiles ») et quatrième partie (« L’Horreur venue de Magellan ») paraissent se dégager de l’ensemble. Hamilton y rejoue le coup de l’invasion par une puissance occulte et donne une vision un tantinet plus bariolée de la Galaxie, convoquant quelques créatures non humaines. Les amateurs de bug-eyed monsters apprécieront. Mais surtout, il fait évoluer un poil le personnage féminin, époque oblige, lui donnant plus de substance et de caractère, même si cela ne l’empêche pas de tomber finalement dans les bras de son homme. Enfin, il écarte John Gordon pour donner le beau rôle à Shorr Kan, ressuscité pour l’occasion, histoire de désamorcer la naïveté du propos tout en y apportant une touche bienvenue de modernité et d’humour (quoique chaussé de gros sabots).

Au final, « La Saga des étoiles » n’usurpe pas sa réputation de classique du space opera. Au fil du temps, le récit des aventures cosmiques de John Gordon s’est ainsi couvert d’une patine désuète, mais non dépourvue de charme, et d’une aura teintée de sépia, aptes à susciter la nostalgie de l’âge d’or de la science-fiction américaine, comme en témoigne Souvenirs de l’empire de l’Atome, l’hommage récent en bande dessinée de Smolderen et Clérisse.

« La Saga des étoiles » de Edmond Hamilton – Réédition J’ai lu, 2018 (ouvrage se composant de Les Rois des étoiles et Le retour aux étoiles, traduit de l’anglais [États-Unis] par Gilles Malar et Franck Straschitz)

Capitaine Futur : Le Défi

La vie des super-héros est monotone. Pas cette monotonie banale faisant le quotidien du citoyen lambda. Non, plutôt une routine fondée sur le combat, sans cesse à recommencer, contre le Mal. Le Capitaine Futur ne fait pas exception. À peine a-t-il vaincu un ennemi qu’un autre surgit pour lui lancer un nouveau défi. Cette fois-ci, c’est l’approvisionnement en gravium du système solaire qui est menacé. La matière première des égaliseurs de gravité nécessaires à la navigation spatiale des personnes et des biens. Autant dire une catastrophe, la fin de toute civilisation supérieure évolué et du commerce, l’effondrement prédit par les apôtres de mauvais augure. N’hésitons pas sur l’emphase, histoire d’être en phase avec le sujet. Sans gravium à la ceinture, plus de céréales de jupiter ou de viande des ranchs de Saturne. Plus de fruits de mer de Neptune. Et, ne parlons même pas des vins de France, cette contrée étrange de jaune vêtue, qui inondent les restaurants huppés de la jet set des neufs planètes.

Pour le Capitaine Futur, voilà un défi à sa taille. D’autant plus qu’il est lui-même la cible du Destructeur, le malfaisant à l’œuvre dans sa combinaison noire intégrale, très seyante au passage, qui nourrit le projet d’assécher le système solaire. Après l’échec de l’Empereur de l’espace et du Docteur Zarro, l’infâme a bien compris qu’il doit neutraliser le Sorcier de la science afin d’arriver à ses fins. Dans les chaumières de Pluton, on frémit d’avance. Et pas seulement de froid sous le blizzard glacial…

« Dans la mélopée grondante de ses cyclotrons, ses tuyères poussées à plein régime barattant un sillage d’écume ignée, le navire fonçait sur la mer éclairée par la lune. »

Avec ce troisième épisode des aventures du Capitaine Futur, l’habitué renoue avec le pulp décomplexé et le space opera grandiloquent. Un univers naïf, tout en superlatif, archétype et sense of wonder suranné, non exempt de lyrisme et d’imagination lorsque les circonstances s’y prêtent, mais relevant au final d’une conception très américaine du futur. Plus vite, plus haut, plus fort ! Le héros hamiltonien et ses compagnons, les Futuristes, aka Simon le Cerveau vivant, Grag le géant de fer et Otho l’androïde élastique, multiplient les exploits pour sauver les neuf planètes du chaos, s’exposant aux radiations mortelles du soleil et aux attaques de créatures effrayantes. Sans s’accorder un instant de répit, il traversent un système solaire à la géographie fantaisiste, de la ceinture d’astéroïdes, entre la Terre et Mars, aux océans de Neptune, sous la menace constante du mystérieux Destructeur et de ses sbires, prêts à les transformer en marionnettes habitées par une volonté étrangère. Heureusement, ils ne manquent pas de ressources et peuvent compter sur l’aide d’Ezra Gurney le marshal chenu de la Police des planètes, et de Joan Randall qui, entre deux cris angoissés, fait surtout tapisserie en attendant que le Capitaine l’invite à danser.

A suivre donc (la routine), avec le prochain opus des aventures du Capitaine Futur, annoncé pour 2019 au bélial’ sous le titre Capitaine Futur : Le Triomphe. Sans péril, on espère. Car sinon, où se trouve la gloire ?

Capitaine Futur 3 : Le Défi (Captain Future’s Challenge, 1940) de Edmond Hamilton – Éditions Le Bélial’, collection « pulps », mars 2018 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Pierre-Paul Durastanti)

Capitaine Futur : À la rescousse

L’horizon bleuté tremblait comme une créature gélatineuse de Tau Ceti. Affalé dans la chaise longue, il tenta de se relever pour échapper à cette vision d’horreur. Mais l’air lourd et moite lui pesait sur la carcasse, entravant les mouvements de sa musculature avachie par l’oisiveté. Sur la table basse, les mouches pompaient les traces circulaires laissées par les cocktails dont il avait abusé toute la matinée. Et le soleil dardait ses rayons meurtriers sur sa caboche, aggravant sa migraine. Putain de vacances ! Il n’avait même pas envie d’appeler le Capitaine Futur à la rescousse. Et pourtant…

Un nouveau danger menace la quiétude des neuf mondes, laissant le gouvernement interplanétaire impuissant. À l’aide d’une onde mystérieuse, le Dr Zarro est parvenu à pirater les émissions télévisuelles du système solaire, provoquant l’effroi jusque dans les chaumières de Pluton. Selon ses dires, un astre fou, une comète infernale s’apprête à ravager les neufs mondes. Cette étoile noire* (*authentique) suit une trajectoire implacable et funeste. Pour la dévier, Zarro exige que les autorités lui cède le pouvoir sans conditions. D’abord incrédule, le gouvernement se résout finalement à faire appel au Capitaine Futur et aux Futuristes, ses fidèles acolytes.

Lire À la rescousse, c’est un peu comme enfiler une paire de chaussons. On sait par avance que l’histoire n’outrepassera pas sa zone de confort. Et en effet, très rapidement, on retrouve ses marques. Le récit fait assaut de superlatifs. Les menaces sont implacables, les plans fomentés par le Dr Zarro sont abominables et ses sbires restent d’une intelligence inversement proportionnelle à leur malfaisance. Bref, on demeure en territoire archétypé, pour ne pas dire stéréotypé.

Atmosphère kitsch, rythme survolté, cliffhangers à foison, la série « Capitaine Futur » incarne la quintessence du pulp et du space opera, un peu à l’image de « Ceux de la Légion » de Jack Williamson ou de « Doc » E.E. Smith. On y retrouve la fraîcheur de ces récits naïfs, perclus de poncifs empruntés à d’autres genres littéraires, n’ayant d’autre ambition que de divertir le lectorat en flattant son goût pour une aventure, ici un tantinet surannée.

D’aucuns trouveront sans doute ce second volume un peu répétitif, l’intrigue rejouant une partition assez proche de celle de L’empereur de l’espace. D’autres reprocheront à Edmond Hamilton le rôle dévolu à l’héroïne, la pauvre se contentant de se pâmer à chaque irruption du Capitaine. Mais, ces facilités ne prêtent qu’à sourire. Elles relèvent juste de l’application de recettes d’écriture et correspondent sans doute aux représentations de l’époque. Elles n’empêchent cependant pas l’imagination de l’auteur de trouver des échos jusque dans les découvertes astronomiques récentes.

Alors, essayons de relâcher notre esprit critique, au moins le temps de renouer avec l’Âge d’or qui, comme tout le monde le sait, correspond à 14 ans.

Capitaine Futur : À la rescousse (Calling Captain Future, 1940) de Edmond Hamilton – Éditions Le Bélial’, collection « Pulps », 2017 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Pierre-Paul Durastanti)

Capitaine Futur : L’empereur de l’Espace

Dans son regard bleu acier se lisait la résolution. Il saisit dans ses gros poings le stylo, retirant le capuchon d’un geste vif, surhumain, puis fixant la page blanche, il s’exclama d’une voix tonitruante : « Prend garde à toi seigneur de la procrastination ! »

A une époque pas si lointaine, quelque part au milieu du XXe siècle, à un moment que l’on surnommera par la suite l’âge d’or de la SF, en gros 14 ans comme d’aucuns s’en doutent, Edmond Hamilton a forgé, à partir d’archétypes empruntés aux superhéros et à la littérature populaire, le personnage de Capitaine Futur. Tôei Animation et les quadragénaires ayant connu les années 1970, notamment la série Capitaine Flam, lui en sont gré. L’auteur américain est responsable de l’engouement coupable qu’ils nourrissent à l’égard des espaces intersidéraux parcourus à la vitesse de l’éclair, voire encore plus vite, par des astronefs aux formes improbables.

Mais revenons au Capitaine Futur. À l’époque de sa création, les années 1940, les pulps pullulaient proposant à des lecteurs avides d’aventures leur ration de sense of wonder. Ce que Wilson Tucker allait surnommer en 1941 space opera faisait l’ordinaire d’une part importante de ces récits, livrés par épisodes dans des revues aux couvertures criardes. On ne s’embarrassait pas alors de plausibilité scientifique, préférant le frisson procuré par des intrigues naïves promouvant le progrès et l’esprit pionnier.

Capitaine Futur : L’Empereur de l’Espace relève de ce type d’histoires. Les clichés y abondent, animant une histoire fertile en cliffhangers et en situations bigger than life. Tout y est superlatifs : les menaces, les planètes, le caractère insondable de l’espace, la technologie et jusqu’aux héros, Kurt Newton, LE Capitaine Futur, géant roux à l’intelligence surhumaine, secondé dans sa tâche vitale par Grag, le colosse d’acier, Otho, l’être synthétique aux facultés mimétiques et Simon Wright, savant génial réduit à un cerveau immergé dans un bocal de sérum (gloups !)

Gardiens vigilants des neuf mondes, aka les neuf planètes du système solaire, ils se tiennent prêts à l’action. Pour l’heure, c’est une menace indicible qui se répand sur Jupiter. Un mal régressif, l’atavisme, réduisant les humains à des créatures monstrueuses. Des déserts glacés de Pluton aux marais méphitiques de Vénus, en passant par les étendues arides de Mars, la rumeur court, un esprit diabolique s’appelant l’empereur de l’espace serait à l’origine de ce péril. Pas de quoi effrayer Capitaine Futur !

Plaisir régressif et lecture séminale, Capitaine Futur : L’Empereur de l’Espace dessine une cosmologie fantaisiste devant plus à l’imagination de Edgar Rice Burroughs qu’aux découvertes de l’astrophysique. Le roman se dévore à la vitesse d’une comète, poncifs y compris, sans déroger aux recettes du genre. Du pulp dans la plus pure acception du terme. Pas de tromperie sur la marchandise.

Dressant son buste aux muscles d’airain, il s’apprêtait à faire face à l’adversité. Que lui réservait le deuxième tome des aventures de Capitaine Futur : à la rescousse ? Un fait demeurait certain : l’inconnu ne le ferait nullement reculer.

Capitaine Futur : L’Empereur de l’Espace (Captain Future and the Space Emperor, 1940) de Edmond Hamilton – Le Bélial’, collection « Pulp », mars 2017 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Pierre-Paul Durastanti)