Unlocking the Air

Inédit dans nos contrées, Unlocking the Air est un recueil rassemblant dix-huit textes qui, en dépit de leurs différences, forment un patchwork d’histoires propices à l’introspection. Des histoires, encore des histoires, comme affectionnait d’en raconter Ursula Le Guin, avec un art du pointillisme, du détail qui fait ressortir ici avec davantage d’acuité l’indicible des conflits intimes, des dilemmes moraux et de l’émotion.

Ce n’est certes pas l’urgence qui prévaut dans ce recueil, une hyperactivité vaine et stérile, mais plutôt l’observation de l’humain, de sa relation avec sa liberté mais aussi avec celle d’autrui. En anthropologiste, l’autrice scrute ainsi les habitudes, les biais cognitifs et tout ce que nous tenons pour acquis. Elle confronte ses personnages à l’altérité, à l’extraordinaire ou à l’inhabituel, convoquant à l’occasion l’histoire contemporaine, comme dans la nouvelle éponyme « La Clef des airs » (traduction du titre du présent recueil), ou mettant à l’épreuve son propre jugement.

L’amateur d’imaginaire ne retrouvera cependant pas les horizons lointains de la Science Fiction et les mondes secondaires de la fantasy auxquels l’autrice du « Cycle de L’Ekumen » et de « Terremer » l’a habitué. Ces genres n’interviennent en effet qu’à la marge, voire pas du tout. Ursula Le Guin semble ici plus intéressé par une forme de poésie inspirée d’auteurs, que l’on qualifiera poliment de mainstream, un peu dans la manière du « Cycle d’Orsinia ». On devra donc se contenter des nouvelles « Les Cuillères de la cave », de « Ether, ou », de « La Grande Fille à son papa », de « Anciens » ou de « Le Braconnier » pour satisfaire son penchant coupable.

L’ensemble des textes ressort toutefois d’un regard affûté et d’une réflexion l’étant tout autant sur l’humain et sa faculté à se redéfinir au quotidien dans sa relation à l’autre. Pour le meilleur comme pour le pire. L’autrice appelle ainsi à la tolérance, à la compréhension mutuelle, ne renonçant pas à son combat pour le féminisme, pour la liberté et le respect des différences

Au final, si tout cela peut paraître peu enthousiasmant pour le lecteur d’Imaginaire, Unlocking the Air n’en demeure pas moins un recueil empreint de bienveillance et d’un humour subtil. Un recueil bien dans la manière des derniers écrits d’Ursula Le Guin et où résonne encore cette petite musique que l’on apprécie tant chez l’autrice, même en mode mineur.

Unlocking the Air (Unlocking the Air and other stories, 1996) – Ursula K. Le Guin – Éditions ActuSF, collection « Perles d’épice », janvier 2022 (recueil de nouvelles traduit de l’anglais [États-Unis] par Hermine Hémon & Erwan Devos)

La Reine des Mers – La Saga des Vikings, Livre II

La Reine des Mers fait suite au roman Ragnvald et le Loup d’or, reprenant à son compte la matière des Orkneyinga et Heimskringla sagas pour tisser une vaste fresque historique. Linnea Hartsuyker y met en scène les personnages de Svanhild et Ragnvald Eysteinsson, appelés à jouer un rôle de premier plan dans l’unification de la Norvège sous la bannière du roi Harald à la Belle Chevelure.

Inutile de nier la légèreté et le caractère répétitif d’une histoire où les rebondissements sentimentaux ou guerriers comptent plus que la psychologie des personnages. Le lecteur sait par avance ce qu’il va lire, il a même accepté d’avaler sans sourciller toutes les ficelles, y compris les plus grossières, d’un récit foisonnant qui ne ménage pas sa peine pour entretenir la tension.

Séparés à l’issue du précédent livre, frère et sœur se retrouvent en terre norvégienne, parties prenantes dans la conquête du souverain Harald. Après son escapade islandaise, Svanhild a dû se faire une raison. L’ambition de son compagnon Solvi importe plus que le bonheur de son couple. Délaissant épouse et enfant, il leur préfère la rébellion, projetant de revenir en Norvège à la tête d’une coalition composée de bannis et autres ennemis du souverain à la Belle Chevelure. Elle rompt donc avec Solvi pour la plus grande joie de son frère Ragnvald, devenu entretemps le bras armé d’Harald. Désormais seigneur légitime de la terre de Sogn, le bougre a dû en effet se résoudre à épouser la cause du souverain du Vestfold, accomplissant pour son compte les plus basses œuvres. Louée comme une vertu cardinale, la renommée s’acquiert chèrement en pays norse, contribuant à enrichir la famille des jarls et autres roitelets ; à leur attacher la fidélité de serviteurs zélés. À la condition de s’acquitter des obligations liées à l’allégeance due à son souverain, pour peu qu’elle serve son propre destin.

Rien de neuf sous le soleil de Minuit. Passion, complot, trahison et vengeance composent l’ordinaire du deuxième livre d’une saga renouant avec les recettes éprouvées du roman historique. Sur ce point, La Reine des mers n’offre que peu de surprises. Linnea Hartsuyker y déploie sa grande connaissance du monde scandinave et de l’histoire de la Norvège, sans que l’on puisse relever quelque anicroche fâcheuse. Sur cet aspect, on ne la critiquera pas, tant la reconstitution paraît vraisemblable et documentée. Pourtant, on ne peut s’empêcher de considérer le présent volet de la « Saga des Vikings » comme un ventre mou dans lequel on s’enlise, s’ennuyant ferme entre deux faits d’armes. On enquille donc les chapitres, sautant souvent les pages lorsque les bavardages deviennent par trop envahissants. On se désespère aussi à trouver un quelconque intérêt à ce Dallas des fjords, qui ne manque cependant pas de glaçons pour rafraîchir le bourbon. On s’agace enfin de la nunucherie du propos car, si La Reine des Mers prône la liberté féminine, la quatrième de couverture vantant leurs talents de guerrières et de stratèges, les femmes restent surtout des mères, faiseuses d’enfants et de rois, soumises à leurs injonctions et caprices, ne trouvant la liberté que dans l’abandon du domicile…

Sans vouloir trop charger le longship de Linnea Hartsyuker, reconnaissons tout de même à La Reine des Mers quelques qualités. Nul doute que l’amateur de romance et d’épopée à l’eau de rose trouvera ici matière à s’enthousiasmer. Personnellement, je préfère retourner à la lecture de Snorri Sturluson.

La Reine des MersLa Saga des Vikings, Livre II (The Sea Queen, 2018) – Linnea Hartsuyker – Presse de la cité, octobre 2019 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Marion Roman

Un Étranger en Olondre

Lauréat dans le monde anglo-saxon des prestigieux World Fantasy Award et British Fantasy Award, Un Étranger en Olondre jouit d’une réputation flatteuse et d’une critique élogieuse dans nos contrées. Un fait n’étant sans doute pas étranger (tiens tiens!) à sa réédition chez Argyll. Plus connue pour son œuvre poétique et ses nouvelles, Sofia Samatar a fait forte impression avec ce premier roman, au point de poursuivre l’exploration de l’Olondre avec The Winged Histories, toujours inédit dans l’hexagone.

Lors de sa parution, la critique n’a pas manqué de souligner la parenté du roman de l’autrice américano-somalienne avec l’œuvre d’Ursula Le Guin. Sofia Samatar semble en effet encline à l’introspection, délaissant les accents un tantinet pompier de l’épopée au profit du prosaïsme du quotidien. Un fait dont on ne lui fera pas le reproche tant elle fait merveille dans l’exploration du banal, cherchant à faire surgir l’universalité de l’humanité au-delà de la multiplicité de ses us et coutumes, des langages ou des croyance, bref tout ce qui contribue à forger une altérité riche d’expériences différentes.

D’une manière simple et nuancée, Un Étranger en Olondre est donc l’histoire d’un jeune homme, Jevick, amené à se frotter à la vastitude d’un monde qu’il n’a pu appréhender jusque-là qu’au travers de ses lectures. Une découverte périlleuse, un peu rude, mais formatrice et déterminante pour son devenir. Tyrannisé par un père intransigeant, riche marchand faisant le commerce du poivre, il ne s’est guère écarté des rivages de la petite île de Tyom jusqu’à la mort prématurée de son géniteur. Un événement qui le place à la tête de l’entreprise familiale sans y avoir été préparé. Avec un brin de naïveté, il y voit l’opportunité de rallier la cité populeuse de Bain dans la lointaine Olondre, cet empire aussi vaste que fascinant, pour y goûter aux plaisirs de l’inconnu. Par imprudence, Jevick se retrouve hanté par le fantôme d’une jeune femme, un Ange révéré par les adeptes du culte d’Avalei, qui lui demande aussitôt d’écrire un vallon à son sujet, autrement dit un livre. Par ailleurs, il se retrouve au centre de la rivalité entre deux factions religieuses, un prophète bien malgré lui en quelque sorte, appelé à servir de prétexte dans la guerre civile qui s’annonce en Olondre.

Ne tergiversons pas. Un Étranger en Olondre n’usurpe pas les prix et les éloges reçus ici ou là. Avec ce roman gigogne, Sofia Samatar réussit le pari de nous immerger dans un monde à la fois exotique et familier. On ne peut en effet s’empêcher de penser à l’Empire Moghol, aux multiples roitelets et cités commerçantes prospérant sous sa dépendance lorsqu’on lit le récit de Jevick. Mais au-delà du récit d’aventures à la « Mille et une Nuits », Un Étranger en Olondre est surtout une délicate histoire d’amour et un roman d’apprentissage où le voyage importe plus que la destination. Sur un mode intimiste, empreint d’une poésie subtile et d’une sensibilité sincère, dépourvue de tout pathos malvenu, l’autrice déroule ainsi tranquillement son histoire, ne négligeant pas le mystère et le plaisir de la découverte. À l’aune d’une magie discrète, le roman de Sofia Amatar joue sur le ressenti et la réflexion du lecteur, distillant une fantasy envoûtante dont le charme opère à la condition de lâcher prise.

En-cela, le parallèle avec Ursula Le Guin ne paraît aucunement abusé. Mais, ce serait faire injure à Sofia Samatar que de la cantonner au simple qualificatif de continuatrice. Un Étranger en Olondre recèle bien d’autres qualités, notamment une multitude d’histoires enchâssées, qui composent un voyage bien agréable et font sens, comme une tapisserie dont le motif se révèle une fois le dernier fil tissé.

Un Étranger en Olondre (A Stranger in Olondria, 2013) – Sofia Samatar – Réédition Argyll, avril 2022 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Patrick Dechesne)

Les Quatre Vents du Désir

Réédition du recueil éponyme paru jadis chez Pocket, Les Quatre Vents du Désir bénéficie d’un écrin à la hauteur des écrits de Ursula Le Guin, autrice faisant l’objet actuellement dans nos contrées de toute l’attention des éditeurs de l’Imaginaire. L’ouvrage paraît en effet dans la belle collection « Kvasar », accompagné d’une préface de David Meulemans, d’un entretien avec Ursula Le Guin mené par Hélène Escudié et de la traditionnelle bibliographie de Alain Sprauel, recension plus qu’exhaustive de l’œuvre de la dame. Si l’on ajoute les illustration d’Aurélien Police, on comprend que le présent ouvrage revêt toutes les qualités d’un must-have, surtout si l’on est tiraillé par le démon du complétisme.

Vingt nouvelles composent le sommaire d’un recueil apparaissant comme le point d’orgue d’une œuvre multiple et sensible. Déclinées selon six directions, les points cardinaux mais aussi le nadir et le zénith, elles servent de boussole au néophyte afin de découvrir un imaginaire guidé par l’observation de la matière humaine, de l’altérité et des interactions qu’elle suscite jusque dans notre psyché.

Entre expérience de pensée et conte volontiers philosophique ou poétique, Ursula Le Guin nous invite à nous dévoiler à nous même, à explorer les angles morts de l’esprit, dans un effort collectif pour mettre à l’épreuve nos certitudes et nos préjugés, exercice salutaire donnant sens et corps à la diversité, à la transversalité d’une humanité trop souvent enferrée dans l’intolérance. Elle endosse ainsi le rôle du porte-parole, cultivant les histoires et laissant s’exprimer des personnages dont le récit surgit de son auscultation attentive et patiente. Ils nous parlent par son truchement, révélant leurs convictions bien fragiles à l’aune de la rencontre avec autrui. Chez Le Guin, le progrès, notion ambivalente et piégée, importe moins que le changement. Une dynamique impulsée pour le meilleur comme pour le pire, rien n’est assuré pour l’humain. Non sans humour, mais surtout avec beaucoup d’émotion, l’autrice déroule ainsi un imaginaire pétri de bienveillance, mais pouvant se révéler à l’occasion cruel. Elle nous convie à épouser le changement, à l’accepter comme une sorte de continuité, dans le respect d’autrui et de la multiplicité des possibles.

Parmi les vingt nouvelles, toutes parues entre 1974 et 1982, on se contentera de ne citer que les plus marquantes. Une sélection bien entendu très subjective. D’abord le texte d’ouverture, « L’Auteur des graines d’acacia », une formidable expérience de pensée autour du thème de la linguistique, guère éloignée de la philosophie holistique quand on y réfléchit bien. Puis « Le Test », courte nouvelle où l’autrice expérimente le contrôle social absolu, jusqu’à l’absurde. Ces deux premiers textes ne sont évidemment qu’un infime aspect de la palette littéraire d’Ursula Le Guin. Il faudrait aussi évoquer « L’Âne blanc » et « La Harpe de Gwilan », dont la poésie subtile et l’émotion titillent la corde sensible sans verser dans la mièvrerie. Pour sa part, « Intraphone » se révèle une satire surprenante dont le ton burlesque vient démentir la réputation de froideur du style de l’autrice. Passer outre « Les Sentiers du désir » serait également faire affront à l’inspiration anthropologique de la dame, d’autant plus que le présent récit trouverait allègrement sa place au sein du cycle de « L’Ekumen ». Pour finir, juste un mot de « Sur », court récit d’exploration glaciaire féministe flirtant avec l’histoire secrète et l’hommage. Le texte relève d’une forme de combat contre les préjugés, sans pour autant rabaisser l’abnégation, le courage et la folie des explorateurs des pôles.

Après Aux Douze Vents du Monde, Les Quatre Vents du Désir vient donc compléter avec bonheur un panorama de nouvelles riche et varié, offrant un aperçu qui, s’il n’est pas exhaustif, n’en demeure pas moins représentatif de l’œuvre d’Ursula Le Guin. Un must-have, on vous a dit.

Les Quatre Vents du Désir – (The Compass Rose, 1982) – Ursula Le Guin – Réédition Le Bélial’, collection « Kvasar », mai 2022 (Recueil traduit de l’anglais [États-Unis] par Martine Laroche, Françoise Levie-Howe, Jean-Pierre Pugi, Philippe Rouille et France-Marie Watkins)

La Volonté de se battre

L’utopie a failli, achoppant sur le culte du secret, la manipulation et l’assassinat ciblé. Ruches et hors- ruches s’agitent, effrayés par la perspective d’une conflagration mondiale. La paix va-t-elle faire les frais de cette trahison, la volonté de se battre se muant inexorablement en bataille ? À la condition de s’y préparer, de réapprendre l’art de la guerre oublié depuis 300 ans.

Avec La Volonté de se battre débute la seconde partie de la tétralogie « Terra Ignota », vaste fresque futuriste conçue et écrite par Ada Palmer. On ne reviendra pas en détails sur le Worldbuilding du cycle, si ce n’est pour rappeler le contexte général de ce livre-univers. Au XXVe siècle, l’utopie et la paix règnent sur Terre depuis 300 années. Un réseau mondial de voitures volantes autonomes a révolutionné les transports rendant obsolète le concept d’État-nation. La géopolitique s’est ainsi recomposée sur d’autres bases, redéfinissant les allégeances et les affinités. Réduites à quelques strate-nations, les États ont cédé la place à une multitude de ruches, des entités non géographiques à adhésion volontaire. Un système de lois universelles prévaut en parallèle aux systèmes juridiques particuliers des Ruches, garantissant aux citoyens hors-ruches, mineurs et marginaux, la préservation de leurs droits. Sept ruches principales ont ainsi fini par s’imposer sur la planète. Les structures familiales ont également explosé, remplacées par les bash, et les différentes religions ont été proscrites après une période de guerre fratricide, l’humanité leur préférant désormais le secours de directeurs de conscience, les sensayers. Hélas, l’utopie a fait long feu comme nous l’a révélé Mycroft Canner, le narrateur non fiable de Trop semblable à l’éclair et Sept Redditions. Désormais, chacun doit choisir son camp et son champion.

« Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la croyance qu’il vous appartient. »

Si le premier diptyque de la tétralogie « Terre Ignota » convoquait William Shakespeare, le marquis de Sade et Voltaire, La Volonté de se battre fait appel à Thomas Hobbes, en particulier à son ouvrage majeur : Le Léviathan. Mycroft Canner reste le narrateur non fiable de ce troisième livre qui voit les factions affûter leurs arguments et leurs stratégies pour sauver la paix, voire amender une utopie sortie fragilisée par les révélations de Sept Redditions. Sur fond d’émeutes, de doute, de nouveaux complots, d’enquête, mais aussi de vengeance, ce troisième livre nous interpelle sur les notions de justice, de gouvernement et de guerre, convoquant l’Histoire et la philosophie politique pour tenter d’apporter une réponse raisonnable, loin d’être univoque. Ce roman riche et ambitieux, n’étant pas sans évoquer le Dune de Frank Herbert pour son questionnement politique, est en effet un monument de dialectique qui voit arguments et contre-arguments s’affronter et se neutraliser, au fil d’une narration dialoguée qui prend son temps. D’aucuns trouveront le procédé laborieux, pour ne pas dire étouffant du fait de la densité des notions et concepts déployés par une autrice n’ayant pas fait son deuil de la complexité et du foisonnement des enjeux. Pour autant, l’amateur appréciera le caractère nuancé et réfléchi de la démonstration, mais aussi les digressions sur le manichéisme, la philosophie de Hobbes ou sur l’Illiade.

Même s’il peut paraître un tantinet longuet et bavard, La Volonté de se battre est porté par un crescendo inexorable, une volonté de déconstruction de toutes les certitudes d’une utopie truquée. Mais, la destruction est-elle porteuse d’espoir ou juste le prélude des charniers à venir ? Ne vaut-il mieux pas confier le destin du monde entre les mains d’un despote éclairé plutôt que de laisser s’exercer la guerre de tous contre tous ? Existe-t-il d’autres alternatives à la guerre ? Nul doute que toutes ces questions trouveront leur réponse avec L’Alphabet des Créateurs, première partie dans nos contrée de Perhaps The Star. Ne soyons pas trop impatient.

La Volonté de se battre : Terra Ignota, Livre troisième (The Will to Battle « Terra Ignota, Book 3 », 2017) – Ada Palmer – Éditions Le Bélial’, 2021 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Michelle Charrier)

Le Serpent Ouroboros

À l’occasion du centenaire de la parution du roman de Eric R. Eddison, les éditions Callidor propose une intégrale anniversaire du Serpent Ouroboros, précédemment édité en deux volumes dans leur belle collection « L’Âge d’or de la Fantasy ». Un fort beau et gros livre, préfacé par Ellen Kushner, illustré par Emily C. Martin, enrichi de surcroît d’illustrations de Keith Henderson et d’une postface de C. S. Lewis.

De quoi succomber à la tentation et au vice de la collection, même si l’investissement peut paraître onéreux en ces temps de pouvoir d’achat amoindri. Nul doute cependant que l’amateur de Fantasy classique trouvera satisfaction à la dépense, on va le voir.

L’œuvre d’Eric R. Eddison n’est pas des plus connues dans nos contrées où le succès du Seigneur des Anneaux a eu tendance à éclipser ses prédécesseurs. Si Ellen Kushner pointe l’effet d’aubaine dont a profité le roman d’Eddison lors de sa réédition dans les années 1970, elle pointe surtout les différences entre son œuvre et celle de son compatriote J.R.R.Tolkien. Un fait dont on se rend compte rapidement à la lecture du Serpent Ouroboros. Le récit tient en effet davantage de l’heroic fantasy, déroulant son intrigue dans un décor entretenant une certaine parenté avec l’imaginaire extraplanétaire d’un Edgar Rice Burroughs. Mais, comme chez Tolkien, les mythologies nordique et antique prennent leur part dans le worldbuilding, contribuant au moins autant au dépaysement du lecteur.

Dans le cadre exotique et fantaisiste de la planète Mercure, Eddison fait surgir tout un univers médiéval où, entre montagnes et fjords, forteresses inexpugnables et palais cyclopéens, paladins et magiciens s’affrontent pour faire valoir l’honneur et la liberté, seules valeurs qui importent dans un monde où les gueux semblent avoir basculé dans un angle mort de l’histoire. Le Serpent Ouroboros est ainsi l’affrontement de la volonté des preux chevaliers de la Démonie confrontés aux sombres machinations des zélotes du Haut roi de la Sorcerie. Les joutes verbales, dans une prose empreinte d’une préciosité surannée, transposée avec maestria par Patrick Marcel, succèdent aux batailles épiques qui voient des bataillons entiers de combattants, harnachés de pied en cap, succomber avec vaillance aux charges de l’adversaire. Les héros échangent force horions sans moufter, pendant que les gentes dames montent la garde dans leur foyer, damnant à l’occasion le pion à l’ennemi.

De cette littérature aristocratique, exclusivement centrée sur la caste nobiliaire et ses champions, ressort une impression de trop plein. Un excès de pompe, une grandiloquence contraignant le lecteur à affûter son champ lexical, à réviser sa mythologie, en particulier le bestiaire antique et médiéval, mais aussi à numéroter les abatis de héros confrontés à la trahison, à la duplicité et à l’obligation de faire face aux épreuves sans flancher. À propos de Le Serpent Ouroboros, Ellen Kushner ose le parallèle avec une symphonie héroïque, la musicalité du texte se conjuguant, voire s’incarnant, dans les prouesses accomplies par les personnages. Si l’on doit établir un parallèle avec la matière musicale, assurément le présent roman s’apparente à du Wagner, où l’archaïsme des archétypes se combine au symbolisme des postures.

En faisant œuvre d’archéologie littéraire, les éditions Callidor rendent donc justice à un classique de Fantasy du monde anglo-saxon, nous plongeant sans doute aux sources de l’inspiration de bon nombre d’auteurs plus contemporains. On ne serait pas étonné de découvrir ce que la « Trilogie cosmique » de C.S. Lewis, voire le « Cycle d’Elric » doivent aux princes de Sorcerie et de Démonie.

Le Serpent Ouroboros (The Worm Ouroboros, 1932) – Eric Rücker Eddison – Éditions Callidor, collection « L’Âge d’or de la Fantasy », édition Anniversaire, avril 2022 (roman traduit de l’anglais par Patrick Marcel)

Fournaise

Après l’excellent Chants du cauchemar et de la nuit de Thomas Ligotti, Fournaise vient enrichir un catalogue déjà riche en nouvelles de fantastique à la croisée de la Weird fiction et de l’horreur. En nous proposant de découvrir l’œuvre de Livia Llewellyn, Dystopia Workshop n’usurpe pas ainsi sa réputation d’éditeur exigeant, mettant une fois de plus à profit les talents de traductrice d’Anne-Sylvie Hommassel.

Sans équivalent outre-Atlantique, les douze nouvelles du présent recueil sont une sélection de l’édition américaine Furnace, illustrée et maquettée ici par Stéphane Perger et Laure Afchain. Livia Llewellyn y décline un imaginaire étrange, à la fois angoissant, viscéral et malsain, où les cauchemars s’incarnent par le truchement d’une prose baroque et déstabilisante. Mais, pour peu que l’on succombe au ravissement suscité par la langue vénéneuse de l’autrice, on y découvre surtout un univers dense, où l’horreur organique se frotte aux tourments délétères de la décadence.

Difficile de résumer les différents textes inscrits au sommaire sans en affadir l’atmosphère. Si les thématiques semblent familières au lecteur accoutumé au fantastique, le traitement lui réserve cependant quelques surprises. Il faut en effet accepter de prendre son temps pour goûter à la décadence de textes exhalant une ambiance marquée par la corruption des corps, mais aussi des esprits, dont les titres sibyllins concourent à installer un sentiment malaisant. Rien d’étonnant lorsque l’on sait que l’autrice confie s’être inspirée de David Lynch, des préraphaélites, Cronenberg, Fellini, Clive Barker ou Joris-Karl Huysmans pour ne citer que ces quelques noms. Rien de surannée à relever non plus, puisque l’on côtoie les traditionnelles histoires de vampires, mais aussi des récits plus indéfinissables intégrant des notions de génétique, de psychogéographie ou de géométrie résolument non euclidienne.

De même, Livia Llewellyn semble se complaire dans un imaginaire frappé par la déliquescence, jouant à la fois avec les ressorts psychologiques du symbolisme et les effets visuels choquants propices à une Weird fiction viscérale. Elle déjoue cependant les pièges d’un maniérisme lourdingue pour dérouler une sorte de poésie en prose sombre, ne dédaignant pas les jeux troubles d’éros et thanatos.

Fournaise est donc un excellent recueil de fantastique, prouvant que le genre a su opérer sa mue vers la modernité avec succès, sans rien renier de sa propre histoire. Pour qui ne craint pas de se brûler, force est de constater que Livia Llewellyn ne démérite pas aux côtés de Thomas Ligotti, de Lisa Tuttle ou de Joel Lane.

Fournaise – Livia Llewellyn – Dystopia Workshop, novembre 2021 (recueil traduit de l’anglais [États-Unis] par Anne-Sylvie Hommassel)

Le faucheux

Premier volet de la série consacrée au détective noir Lew Griffin, Le faucheux est une expérience très recommandable, montrant l’appétence indéniable de James Sallis pour les atmosphères noires, références musicales y comprises. Un spleen tenace qui colle au personnage comme une mauvaise suée et le rend par voie de conséquence très humain.

« Les choses ne s’arrangent jamais, Don. Au mieux elles changent. »

Avec Le faucheux, James Sallis a su capter l’essence du roman noir. L’univers urbain, ici transposé en Louisiane, évidemment dépouillé de ses artifices aguicheurs, plutôt miroir aux alouettes que vitrine d’ailleurs, affiche toutes les stigmates des nombreux vices et déviances d’une société banalement humaine. Une foule anonyme de gagne-petits, de déclassés, au mieux résignés à leur condition, au pire enferrés dans des préoccupations sordides. Dans ce décor, Lew Griffin apparaît comme un solitaire, à la fois sans illusion et sans état d’âme, adepte de boissons fortes et se définissant avant tout dans l’action. Volontiers gouailleur, le bonhomme emprunte son vocabulaire et son phrasé à la rue, pour ne pas dire au caniveau. Populaire, argotique, il reflète l’ordinaire banal du citoyen lambda. Sallis ne se cantonne toutefois pas au simple exercice de style, il imprime sa marque au récit, en acquittant sa dette à quelques uns de ses éminents prédécesseurs. On pense ainsi à Chester Himes, son auteur référence, tout en admirant le style limpide et poétique d’une langue en phase avec la culture de son auteur.

Jean-Bernard Pouy parle de charme de la douleur en évoquant James Sallis, un sentiment confirmé en lisant Le faucheux. Une douleur existentielle, celle pesant sur les épaules de n’importe quel mortel ici-bas. L’auteur américain évite cependant d’être trop direct ou trop descriptif. Il prend son temps et brode son intrigue de manière elliptique, focalisant notre attention sur quatre moments de la vie de Lew Griffin. Le portrait du détective apparaît ainsi à la fois incomplet et en perpétuelle évolution, à l’instar de la nature humaine. Certes, quelques constantes demeurent, notamment l’entourage de Griffin, une galerie de personnages secondaires loin de se cantonner au rôle de figurants. La jungle urbaine et le fatalisme désabusé du détective lui-même contribuent à entretenir une certaine familiarité avec l’atmosphère du roman noir. Mais, Lew Griffin s’écarte de l’archétype figé. Il vit, il s’anime sous nos yeux, devenant progressivement, par un effet de mise en abyme, l’auteur de ses propres jours. Fiction et réalité se mêlent ainsi, entrant en synergie pour définitivement nous happer dans un maelström d’émotions et d’empathie, ponctué par un humour amer.

Difficile donc de ne pas succomber à ce premier volet des enquêtes de Lew Griffin. Et lorsqu’un auteur parle à la fois à mon intellect et à mes sentiments, je suis enclin à replonger aussitôt. Cela ne va pas tarder…

Le faucheux (The Long-Legged Fly, 1992) – James Sallis – Éditions Gallimard, collection « La Noire », 1997 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Jeanne Guyon et Patrick Raynal)

Payer la terre

Aux côtés des Inuits, les Indiens Dene se partagent le Grand Nord canadien, vivant de la chasse, de la pêche et de la cueillette, comme il est de coutume de le faire chez les peuples premiers. Longtemps, ils ont subsisté dans les marges, entre montagne et forêt, oubliés de l’histoire du monde. Le commerce des fourrures avec la compagnie de l’Hudson, l’exploitation des gisements aurifères, puis des hydrocarbures, les ont sortis de cet angle mort, les exposant aux méfaits de la colonisation euro-canadienne qui, même si elle paraît moins violente de ce côté des latitudes, n’en demeure pas moins un traumatisme. De ce choc culturel et de ses conséquences, Joe Sacco tire le présent ouvrage.

Spécialiste et inventeur de la BD reportage, depuis au moins le mémorable Palestine, l’auteur-journaliste américain s’est ainsi vu confier par la revue XXI la mission de s’immerger dans la culture amérindienne afin de rendre compte des méfaits de la colonisation et de l’assimilation sur les nations du Nord-Ouest canadien, processus destructeur mené comme souvent avec la complicité des églises catholique et protestante.

À sa manière habituelle, il brode un patchwork composé de plusieurs témoignages, mettant en exergue et en images, dans un style mêlant le réalisme et la caricature, le propos de ses interlocuteurs. Il en ressort une impression de foisonnement, une densité narrative et graphique parfois étouffante qui révèlent le soin méticuleux apporté par l’auteur à son sujet. Aucun détail ne semble lui échapper, contribuant à renforcer l’aspect documentaire de l’ouvrage et son authenticité brute de décoffrage. En même temps, l’agencement des témoignages et le découpage narratif témoignent de la volonté de raconter une histoire faisant sens et échos aux préoccupations écologiques de nos sociétés postindustrielles.

On suit ainsi les histoires entremêlées de trois générations dont Joe Sacco tire un portrait contrasté, conforme à la complexité des motivations humaines. On commence avec les grand-parents, à peine sorti de la forêt pour entrer dans le récit national canadien. La vie dans la nature, les rituels et gestes de survie inhérents au nomadisme y tiennent une place prépondérante. Dans leur univers mental, l’homme appartenant à la terre, et pas l’inverse, on comprend évidemment tout le parti que le gouvernement a pu en tirer en les dépossédant de leur droits ancestraux et en découpant le sol en quantum abstraits. L’irruption des premiers hydravions vient ensuite leur rappeler l’appartenance à la nation canadienne, leur ravissant au passage leurs enfants. Cet épisode ouvre le récit des parents, victimes de la politique d’assimilation euro-canadienne. Placés dans des pensionnats religieux, très éloignés de leur pays natal, ils y subissent pendant de longs mois, entre chaque grandes vacances, les brimades des bons pères et de leurs complices féminines. L’interdiction de parler leur dialecte, l’évangélisation, le déracinement et les abus sexuels les poussent naturellement vers la violence, l’alcoolisme et la drogue. Ils oublient leur culture, se montrent tyranniques avec leurs épouses, quant ils ne se suicident pas ou ne périssent pas de froid dans la neige, cuvant une trop forte consommation d’alcool. Certes, une part des élites politiques et économiques ressort de ce régime éducatif. Mais, l’aspect traumatique pour lequel le gouvernement fédéral a été obligé de reconnaître ses torts, demeure indéniable et fait l’objet encore de nombreuses demandes de réparation.

Le récit des petits-enfants achève enfin le récit de Joe Sacco. Il revient à ces derniers de renouer avec le passé de la forêt pour essayer d’envisager l’avenir sur d’autres bases et de relever le défi de la modernité. Vaste tâche, entre tradition et progrès, le cheminement politique de cette dernière génération n’étant pas exempt de pièges et de fausses routes. Peut-on en effet maintenir un confort jugé désormais indispensable par tous, sans continuer à exploiter sans vergogne les ressources du sous-sol ? Est-il possible d’échapper à la tutelle du gouvernement, trop souvent assimilée à un assistanat destructeur ? Les Dene peuvent-ils reprendre en main leur destin ? Et surtout, peuvent-ils dépasser les facteurs de division attisés par la convoitise et les promesses du progrès ? Sur ces sujets, Payer la terre fournit quelques pistes de réflexion, même s’il n’est pas dans l’intention de Joe Sacco de jouer au moralisateur. Bien au contraire, il préfère exposer dans son ensemble l’histoire et les luttes des Amérindiens, ne faisant pas l’impasse sur les griefs et les rancœurs des uns et des autres. Il redonne surtout la parole au temps long de l’Histoire devant lequel les actions humaines ne sont que gesticulations absurdes.

Payer la terre apparaît donc comme une réussite incontestable, un ouvrage riche de témoignages où Joe Sacco propose un regard de l’extérieur vers l’intérieur sur une culture marginale dont on a pourtant beaucoup à apprendre. Avec ce récit fourmillant de détails, l’auteur renoue avec la BD reportage dont il demeure plus que jamais l’un des artisans remarquables.

Payer la terre – À la rencontre des premières nations des territoires du Nord-Ouest canadien – Joe Sacco – Éditions Futuropolis & XXI, 2020 (traduit de l’anglais [États-Unis] par Sidonie Van Den Dries)

Les Maîtres des dragons

Publié au sommaire du tome 2 de « l’intégrale des nouvelles » de Jack Vance, Les Maîtres des dragons n’usurpe pas le qualificatif de petit classique de la science fiction qui lui vaut d’être réédité ici dans une version superbement illustrée par Nicolas Fructus, comme l’ont été Harrison Harrison et La Quête onirique de Vellitt Boe. Voici une belle occasion de retrouver l’imaginaire baroque de l’auteur américain, même s’il ne s’agit pas de la partie la plus marquante de son œuvre, en dépit du prix Hugo venu récompenser le présent texte en 1963.

L’humanité a trouvé refuge sur Aerlith échappant à l’extinction totale provoquée par la destruction de l’Empire terrestre. Côtoyant désormais les Sacerdotes, un peuple d’ermites aux pouvoirs inconnus et inquiétants, elle a développé sur la planète une société féodale reposant sur une caste de chevaliers, éleveurs de dragons sélectionnés pour leurs compétences guerrières. Des créatures spécialisées servant à la fois de montures et de combattants, surnommées Harpie, Terreur bleue, Démon ou encore Mastodontes. Retranchés aux tréfonds de leurs complexes troglodytiques respectifs, Joaz Banbeck et Ervis Carcolo entretiennent un statu-quo fragile entre leurs deux clans, le second ne songeant qu’à s’emparer du Val Banbeck afin de restaurer sa souveraineté jadis ébranlée par l’assaut extraterrestre mené par les Basiques. Fourbissant ses armes et dragons, il prépare ainsi sa revanche, ne tenant pas compte de la mise en garde de Joaz, convaincu du retour imminent des Basiques.

Ne tergiversons pas. Si Les Maîtres des dragons ne dépare pas dans l’œuvre de Jack Vance, le roman n’appartient cependant pas aux grandes gestes héroïques et truculentes de l’auteur, où s’accomplissent le destin et la vengeance d’un personnage solitaire, réduit le plus souvent à un archétype, dans le décor d’un monde exotique dont on découvre progressivement le caractère insolite. Il opte ici pour la concision, se contentant de dérouler une trame minimaliste dans un paysage minéral et poussiéreux, composé de canyons et de mesas désertiques. Le récit doit ainsi son inspiration autant au registre de la science fiction qu’à celui de la fantasy, voire du western. Comment en effet ne pas considérer la rivalité entre Banbeck et Carcolo comme la transposition d’un duel sous des cieux étrangers ? Comment s’empêcher de comparer leur domaine respectif aux vastes ranchs de l’Ouest américain ? On laissera le lecteur juger de l’effet provoqué par ces paysages extraterrestres marqués par le vent et l’ardeur du soleil, où s’accrochent des pionniers durs à la peine, viscéralement attachés à leur liberté.

L’amateur de complexité et de luxuriance descriptive ne trouvera hélas sans doute pas matière à satisfaire ses déviances, tant les événements ne ménagent guère de surprises, en dépit des manipulations de Joaz Banbeck, le plus calculateur des deux maîtres des dragons. Néanmoins, on espère qu’il appréciera la mise en abyme tordue offerte par le dénouement et l’attitude ambiguë des Sacerdotes, qui ne peuvent mentir lorsqu’on les interroge, mais se débrouillent pour en dire le moins possible sur leurs desseins. Un tour de force vancien.

Roman à l’intrigue simple et aux enjeux limités, Les Maîtres des dragons ne manque toutefois pas de charme, mêlant le plaisir de la géographie imaginaire à un antagonisme insoluble dont les multiples occurrences font le sel d’un récit divertissant.

Les Maîtres des dragons (The Dragon Master, 1963) – Jack Vance – Éditions Le Bélial’, octobre 2021 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Brigitte Mariot)