Le Dit de la Terre plate

Une multitude de royaumes prospèrent sur la Terre plate, affichant toutes les stigmates de la décadence : richesse tapageuse, misère fort réjouissante au regard, cruauté gratuite, luxure et concupiscence à tous les étages. Souvent, ils s’affrontent, des conflits progressant comme un feu de paille sous le souffle de souverains conquérants. Sous des cieux habités de dieux aux abonnés absents, les hommes vivent et meurent dans l’insatisfaction permanente. Une constante demeure toutefois : l’humanité offre aux démons une source intarissable de distractions. De cette époque témoignent un faisceau de contes réunis ici en deux épais volumes et intitulés Le Dit de la Terre plate.

À l’orée des années 1980, OPTA puis Presses-Pocket éditent Le Dit de la Terre plate, une des pièces maîtresses de l’œuvre de l’auteur britannique Tanith Lee. Rude épreuve pour les lecteurs de l’époque, accoutumés à son autre cycle La Saga d’Uasti, que cette série de contes aussi sucrés et entêtants qu’une armoire normande parfumée à l’Angel de Thierry Mugler. Sévère punition également que la lecture des deux forts volumes – deux vrais briseurs d’étagères – réédités par Mnémos, éditeur fort actif en ce début d’année 2010.

À l’instar de l’âge hyborien, Le Dit de la Terre plate se déroule à une époque antique si lointaine qu’elle en est devenue mythique. À la fois aire géographique clairement délimitée, trois mondes superposés – un Ciel, une Terre, un Enfer –, et ère temporelle dilatée dans une impression d’éternité figée, la Terre plate procure un vaste décor à une succession de contes empruntant autant à l’Orient – on pense plus d’une fois aux Mille et Une Nuits – qu’à des auteurs plus contemporains, tels Charles Duits ou Roger Zelazny. Même si ce parallèle apparaît totalement injustifié, une même communauté d’inspiration semble pourtant guider leurs plumes.
Dans cette période antédiluvienne, les monarques évidemment mégalomanes s’entichent de chimères pendant que les démons s’amusent de leurs vaines gesticulations. Malédiction, extermination, vengeance, jalousie et parfois amour sincère constituent le sel de l’existence pour les puissants comme pour les faibles. Un sel souvent pimenté de magie noire, la meilleure, du moins la plus apte à générer la tragédie. Une profusion de porphyre, de lapis-lazuli, d’onyx rutile sur les façades et les dômes des palais cyclopéens pendant que l’encens sature un air où l’on sent toutefois affleurer les relents de la charogne. On est dans le trop-plein, la démesure, la sensualité exacerbée, la plus totale décadence… L’orgueil précède la chute ?
Dans une familiarité teintée de crainte, l’humanité côtoie des animaux doués de parole, des créatures monstrueuses – dragons et autres chimères enchantées – et une multitude de démons en goguette. Attirés par les activités humaines, par l’hubrys des souverains, Drin, Eshva et Vazdru se jouent des passions et des désirs, récompensant ceux-ci souvent bien cruellement. Parmi eux, Ajrarn est le plus rusé. Il n’usurpe pas son titre de Prince des princes parmi les démons et de protégé de Tanith Lee, un traitement de faveur qui lui vaut même d’être ressuscité.

Organisé comme une série de contes enchâssés dans une trame générale, « Le Maître des Ténèbres » permet de lier connaissance avec le préféré de Tanith Lee. Mais ce grand seigneur parmi les démons ne se contente pas d’apparaître dans ce seul livre. Il se manifeste dans les autres volets du cycle, au point même de ravir la vedette aux autres princes démons. Rien ne réjouit davantage Ajrarn que de briser, par simple caprice, la destinée des mortels, modestes comme puissants. Et s’il ne peut obtenir ce qu’il désire, il le détruit. On suit ainsi quelques-uns de ses méfaits, plus ou moins captivé par les descriptions et les intrigues. Adoptant un orphelin de mortel, Ajrarn le fait élever dans sa cité souterraine de Druhim Vanashta, avant d’en faire son amant. Ayant eu connaissance de ses origines, le jeune homme est irrésistiblement attiré par la surface du monde. Ajrarn multiplie les artifices pour le détourner de ce tropisme avant finalement de lui céder, accordant une journée de liberté auprès des siens. Jalousie, vengeance, tout cela se termine évidemment très mal.

Le second conte est un récit classique de collier ensorcelé semant la convoitise, la discorde et la mort pour le plus grand plaisir du seigneur démon. Lui succède une histoire d’amour sans véritable éclat puis à nouveau un récit de vengeance, certes plus copieux puisque se poursuivant sur plusieurs générations (un procédé récurrent dans Le Dit de la Terre plate). Là encore, le rendu de l’atmosphère et l’écriture somptueuse font oublier la banalité des ressorts et la platitude des personnages, sagement cantonnés dans leur statut d’archétype. La troisième et dernière partie vient heureusement rehausser l’ensemble. Intitulé « L’attrait du monde », ce dernier conte s’avère plus convaincant, même si très prévisible dans son déroulement. L’histoire révèle une facette inédite du prince démon : sa faculté au sacrifice, certes un peu tempérée par son besoin de l’humanité, à l’instar de l’araignée et de la mouche. Au final, l’impression de lire un ouvrage composite et un peu répétitif l’emporte, malgré toute la bonne volonté déployée. Que nous réserve le livre suivant : du meilleur, on l’espère…

À la différence du volume précédent, « Le Maître de la Mort » se distingue par son statut de roman complet. Il s’agit même du plat de résistance du premier livre de la réédition Mnémos. Pour résumer sommairement l’intrigue, disons juste que l’on suit la croisade menée par un jeune hermaphrodite (changeant de sexe selon les circonstances) contre la Mort, incarnée ici dans le personnage du seigneur Uluhmé. Au fil du récit, Tanith Lee nous gratifie d’un chassé-croisé amoureux, sensuel comme il se doit. Le motif de l’immortalité, déployé ici sur plusieurs générations, avec moult digressions et micro-histoires encapsulées dans la trame générale, est animé d’une multitude de traîtres, de seconds couteaux semblant coulés dans le même moule, mais c’est la loi du conte. Récompensé par le British Fantasy Award en 1980, « Le Maître de la Mort » souffre toutefois d’un gros défaut : sa longueur. On a tendance à s’essouffler dans les tours et les détours d’un récit interminable (il pèse pourtant à peine plus de 300 pages). Bref, on reste tiraillé entre déception et insatisfaction.

Hélas, les choses sont loin de s’améliorer avec le volume suivant. En effet, on replonge avec « Le Maître des Illusions » dans l’ennui, même si l’entrée en scène d’un troisième larron, Chuz, prince de la folie, laisse espérer un peu de nouveauté. En fait, Tanith Lee reprend exactement les mêmes procédés que dans les deux premiers volets. Elle déroule ainsi un récit ne brillant pas vraiment par son originalité. Et ce ne sont pas les allusions à des épisodes narrés dans les romans précédents qui viennent relancer l’intérêt ou rehausser une intrigue mollassonne se cantonnant aux mêmes tours de passe-passe et ressorts. Fort heureusement, le calvaire ne dure que 160 pages, même si on a l’impression de lire le double.

Au terme de ce premier livre, un premier bilan s’impose. Ce qui semble constituer l’unique attrait du Dit de la Terre plate – les motifs empruntés aux contes, les procédés narratifs calqués sur Les Mille et Une Nuits, la préciosité du langage –, tous ces éléments lassent davantage qu’ils ne fascinent. On se surprend même à tourner les pages, à sauter des passages entiers, pendant que la lassitude s’installe, pesante comme un cheval mort. Reste tout de même un livre à découvrir, soit deux romans complets.

« La Maîtresse des Délires » pourrait être sous-titré « les amours contrariés de Ajriaz et Chuz ». En effet, le prince de la folie, contraint de fuir l’ire d’Ajrarn, le père d’Ajriaz qui l’accuse de la mort de sa femme mortelle, ne peut vivre son amour paisiblement avec la fille du Prince des princes. L’histoire évoque une vraie sitcom familiale, égayée d’à peine un conte enchâssé intéressant – un récit de cité vampire.
Les choses ne s’améliorent guère avec « Les Sortilèges de la Nuit », présenté d’emblée comme une succession de contes supplémentaires se déroulant à la même époque que « La Maîtresse des Délires ». Le procédé fleure le tirage à la ligne, pour ne pas dire le foutage de gueule, ce que confirme pleinement la lecture de ce roman inintéressant et sans éclat. À réserver aux fans hardcore du cycle, mais il faut quand même aimer perdre son temps et apprécier la guimauve.

Arrivé au terme de cette longue chronique, il faut confier le profond ennui suscité par la lecture de cette intégrale. On ne niera toutefois pas l’intérêt de la réédition de deux des romans du cycle. Mais le caractère répétitif des archétypes, le recours systématique aux ressorts du conte, la luxuriance de l’écriture éprouvent la patience et finissent par l’user.

Pour être plus attrayant, Le Dit de la Terre plate mérite incontestablement d’être allégé de ses toxines de surface.

Le Dit de la Terre plate de Tanith Lee – Réédition Mnémos, collection « Icares », avril 2010

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La Magnificence des oiseaux

Pour mon avant-dernière contribution au Challenge Lune d’encre, déplaçons-nous du côté de l’Orient, dans une Chine qui n’a jamais été.

Oyez oyez !

Dans une Chine légendaire, gouvernée par des empereurs mythiques, œuvrait un duo de héros improbables. La mémoire a retenu malgré tout leur nom : maître Li et Bœuf Numéro Dix. Redresseurs de torts, sans peur mais pas sans reproche, maître Li succombant parfois à l’ivrognerie et appréciant escroquer les riches marchands pour mener grand train, ces deux personnages ne prisaient guère l’injustice. À l’instar de Fafhrd et du Souricier gris, le duo ne se souciait guère des convenances, préférant sauver l’humble et malmener le puissant. Rusé et sage, Maître Li usait de son âge pour influer sur l’éducation à la vie du sensible et honnête Bœuf Numéro Dix, comptant sur sa force pour le soutenir dans les épreuves.

Les circonstances de leur rencontre prirent naissance dans le village de Kou-Fou, paisible communauté campagnarde frappée par un malheur le jour où deux aigrefins, Fang le prêteur sur gages et Ma le Grigou, empoisonnèrent les enfants âgés entre huit et treize ans. Le cœur de Bœuf Numéro Dix fléchit face aux cris et pleurs de leurs parents. Prenant la route vers la capitale, ses pas le portèrent jusqu’à l’officine où croupissait Li. Cachant son jeu derrière une ivresse non feinte, le vénérable vieillard ne tarda pas à trouver l’origine du mal, et ensemble, ils se mirent en quête de La Grande Racine de Pouvoir, seul remède en mesure de guérir l’empoisonnement des enfants. Une tâche qui les conduisit à affronter La Grande Ancêtre, La Main que Nul ne Voit, le terrible duc de Ch’in et bien d’autres périls. Mais, n’en disons pas plus…

À la lecture de La Magnificence des oiseaux, on ne peut manquer d’être immédiatement dépaysé. Le cadre, le ton employé par le narrateur, Bœuf Numéro Dix lui-même, et l’humour subtil dont fait montre Barry Hughart happent l’attention, nous propulsant en un autre monde et un autre temps. Un univers dont les composantes empruntent davantage à la légende qu’à la réalité historique, même si celle-ci n’est pas totalement absente. La Chine de La Magnificence des oiseaux est une Chine fantasmée à partir de l’imaginaire occidental. Un empire du milieu où les pensées de Confucius côtoient les supplices de potentats cruels et où la magie se mélange aux mythes protohistoriques.

Barry Hughart brode ainsi une fantaisie empreinte de légèreté et de folie douce, entrelaçant drame et comédie. Un florilège de contes enchâssés jalonne les tribulations du duo formé par Maître Li et Bœuf Numéro Dix, lui permettant de collecter les indices nécessaires à la résolution de l’énigme de La Grande Racine de Pouvoir, aka le Ginseng, cette plante dont la racine anthropomorphique joue un rôle important dans la pharmacopée asiatique.

L’intrigue flirte avec les ressorts du roman initiatique, mais également avec l’enquête, fournissant le socle à des rencontres rocambolesques ou effrayantes, avec toute une galerie de personnages truculents ou monstrueux. Sur ce point, Barry Hughart ne ménage pas sa peine, entre l’ex-souveraine douairière, auprès de qui la Reine de Cœur du Pays des Merveilles paraît bien débonnaire, un duc immortel et sanguinaire, un vieux sage de la Montagne énigmatique, une main invisible meurtrière, un lapin aux clefs émotif et toutes une ribambelle de fantômes, les aventures de Maître Li et de Bœuf Numéro Dix n’engendrent pas la mélancolie. Bien au contraire, elles inspirent moult facéties, le récit oscillant constamment entre farce et horreur, un tantinet grand-guignolesque.

Ne s’encombrant guère de vraisemblance, La Magnificence des oiseaux se révèle au final un conte amusant, riche en images poétiques, dont on suit avec beaucoup de plaisir les péripéties, partagé entre l’émerveillement et la stupeur. A suivre avec La Légende de la pierre.

La Magnificence des oiseaux : une aventure de Maître Li et Bœuf Numéro Dix (Bridge of Birds, 1984) de Barry Hughart – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », 2000 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Patrick Marcel)

Kane , l’intégrale 3/3

Mettons les bouchées doubles avec cette 34e chronique du Challenge « Lunes d’encre ». Ouch !

Avec ce troisième volet de l’intégrale consacrée à l’anti-héros wagnérien, nous retrouvons Kane dans neuf nouvelles, dont sept inédites, pour certaines proches du format de la novella. Le complétiste se réjouira également de la présence d’un poème, d’une version de jeunesse de « Lynortis » (écrite à seize ans, excusez du peu), d’un fragment de roman, pour lequel on ne peut dire grand chose, et d’un article de l’auteur lui-même sur sa créature. Bref, de quoi renouer et en finir en beauté avec un personnage que l’on a aimé détester.

Si tous les textes du présent volume ne figurent pas parmi les meilleurs du cycle, l’ensemble exhale cependant toujours l’aventure rugueuse et cet état d’esprit amoral qui a fini par me conquérir. À tel point que j’ai pris grand plaisir à le retrouver, renouant avec les tribulations d’un personnage toujours aussi retors. Et je pressens déjà qu’il me manquera.

Le caractère hétérogène des textes se révèle le premier trait marquant de ce troisième opus des aventures de Kane. Si l’on fait abstraction de l’article de Karl Edward Wagner, forcément à part compte tenu de sa nature para textuelle, du fragment de roman (« Dans le sillage de la nuit »), à peine quelques pages sur lesquelles on ne peut émettre aucun jugement, et de la version plus nerveuse et juvénile de « Lynortis », les nouvelles rassemblées ici forment deux ensembles, séparés par « Le soleil de minuit », court poème aux accents lyriques un tantinet forcés. Deux parties et deux époques, puisque avec « Lacunes », « Dans les tréfonds de l’entrepôt Acme » et « Tout d’abord, juste un spectre », Karl Edward Wagner projette son anti-héros dans un univers contemporain, plus précisément à Londres à l’époque du punk. J’avoue d’emblée avoir été déboussolé par le changement d’atmosphère et de registre, les deux premiers textes adoptant de surcroît une coloration pornographique. Fort heureusement « Tout d’abord, juste un spectre » apporte une conclusion mémorable au cycle, rappelant s’il est encore nécessaire de le faire que Kane, en parfait héraut du chaos donc du changement, ne combat pas pour le bien, mais contre le pire. À ceci s’ajoute un aspect autobiographique puisque l’on comprend assez vite que le Cody Lennox du récit, américain en voyage à Londres pour participer à une convention de Science-fiction, est un peu l’alter-ego de Wagner lui-même.

Compte tenu de mon goût pour la Sword and sorcery, il n’est cependant guère étonnant que la première partie m’aie davantage convaincu. On y découvre un Kane plus souvent qu’on ne le pense aux abois, en proie à la dépression, contraint de fuir devant ses ennemis, et ne pouvant compter que sur ses propres ressources pour survivre.

C’est le cas avec « Le nid du corbeau », où l’anti-héros wagnérien est traqué par une troupe de mercenaires acharnés à sa perte. Blessé gravement, entouré par quelques survivants de sa bande de desperados, il ne trouve le salut qu’à l’abri d’une auberge perdue dans les montagnes, lieu qu’il a jadis visité et mis en coupe réglée, violant au passage la fille du propriétaire. De ce récit de vengeance, je retiens surtout la découverte de sa progéniture, jouet d’une vengeance maléfique, et sa rencontre avec un prince démon sur un coin de corniche en pleine nuit.

Plus marquant à mon goût, « Réflexion pour l’hiver de mon âme » rejoint illico mes textes préférés. De ce huis clos en pleine tempête de neige, assiégé par une meute de loups dont la rage semble animée par un sortilège, j’ai beaucoup apprécié la tension extrême et la sauvagerie des affrontements. L’atmosphère anxiogène et le soupçon confère à ce récit un petit aspect whodunit. Un dix petits nègres polaire, avec un loup garou en guise de meurtrier caché.

Passons rapidement sur « Mirage » et « L’autre », deux nouvelles classiques mais sans véritable éclat, pour nous attaquer à « La touche gothique », formidable crossover avec l’univers de Michael Moorcock. Ce texte se révèle comme LE moment fort de l’intégrale, non par son caractère épique, mais du fait de son insolence et du ton sarcastique adopté par l’auteur américain. On se réjouit en effet de voir le géant roux manipuler le prince albinos pour l’entraîner dans ses manigances et on se dit que Karl Edward Wagner a pris un malin plaisir à faire d’Elric le jouet de Kane.

Au final, le personnage de Kane n’usurpe en rien son statut de salopard amoral et sans scrupules. L’anti-héros wagnérien me semble même être un adversaire de poids face au Conan de Robert E. Howard, du moins en matière de libre-arbitre et de comportement dépourvu de tout état d’âme. Assurément, voici un divertissement âpre, à ne pas louper dans le registre séminal de la Sword and sorcery.

Kane : L’intégrale 3/3 de Karl Edward Wagner – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », mai 2009 (romans traduits de l’anglais [États-Unis] par Patrick Marcel)

Ptah Hotep

32e chronique pour le Challenge Lune d’encre. On ne lâche rien !

Œuvre hybride lorgnant à la fois vers la Fantasy et le mysticisme, fiction autant que relation à une autre réalité, Ptah Hotep a les apparences aguichantes de l’OLNI.
Délaissant le style direct de l’Heroic-fantasy bas de plafond et les stéréotypes inhérents au genre, le roman de Charles Duits se révèle une quête initiatique cosmopolite, nous submergeant de sensations visuelles, olfactives, sonores exotiques et nous immergeant dans un univers aux références paradoxalement familières et étrangères. Que le voyage commence…

Ptah Hotep, fils de Ptah Lucinius le duc héréditaire de Ham, coule des jours paisibles dans la cité de Hagaptah, terminant ses études et lutinant à l’occasion quelques courtisanes aux attentions tarifées, lorsqu’un serviteur de sa maison vient l’informer de la maladie de son père. Incontinent, il abandonne études et maîtresses pour rejoindre la demeure familiale sise en la terre de Ham. Las, ce n’est que pour assister au trépas de son père, emporté par un mal aussi mystérieux que fatal. Convié à porter le deuil, il reprend son existence de dilettante, jouissant de la faveur d’Aset, sa muse et son amante, et déléguant ses responsabilités de chef de maison aux serviteurs de son défunt père. Entièrement concentré sur les plaisirs que lui procure la courtisane, il ne déjoue pas le complot qui se trame dans l’ombre et dont son père n’a été qu’une des premières victimes. Échappant miraculeusement au poison, ce qui n’est pas le cas de sa concubine, il est déchu de son titre et se trouve contraint d’entreprendre un voyage vers l’Occident afin de demander justice à l’empereur. Un itinéraire qui sera en fin de compte plus spirituel et sensuel qu’épique et guerrier.

Avec Path Hotep, Charles Duits donne substance à un univers étrange et baroque qui laissera bon nombre de lecteurs sur le carreau, partagés entre le sentiment d’un ennui cosmique et la plus complète incompréhension. Toutefois pour ceux qui s’accrocheront, le voyage comblera amplement tous leurs désirs.

Écartant les conventions littéraires sans doute trop étriquées pour lui, Charles Duits enrichit son récit en puisant dans l’Histoire et dans la mythologie. Il convoque l’antiquité gréco-romaine et égyptienne, les civilisations chinoise, persane, indienne pour colorer le périple de son héros d’un foisonnement de détails renforçant la vraisemblance. Cette authenticité s’avère trompeuse car l’univers mis en place n’emprunte à la réalité que des bribes. Il en résulte un monde surréaliste, onirique, une chimère au sens littéral du terme, évoquant à la fois l’érotisme du Kama sutra et les pages les plus merveilleuses des contes des Mille et unes nuits.

Luxuriance étouffante des descriptions, profusion des « car », « et » ou « or », multiplication des phrases à rallonge, abondance de répétitions que l’on peut juger agaçante, préciosité du vocabulaire, Path Hotep aligne tous les défauts d’une écriture surchargée, tel un portail rococo. Pourtant, par un lent et irrésistible phénomène d’imprégnation, l’attention se trouve submergée par le déferlement de l’imagination de Charles Duits. On est successivement ballotté, déconcerté, envoûté par une expérience textuelle livrée brute de décoffrage par un auteur que l’on sent sous l’emprise d’une vision transcendantale, en grande partie dictée par la consommation de peyolt…

Bref, l’univers de Path Hotep semble frappé du sceau de l’authenticité, quoi qu’en pense notre logique cartésienne. Une raison toute simple explique cela : Charles Duits croit à cet univers qu’il déploie sous nos yeux ébahis. Il est convaincu de son existence, mille fois préférable à ses yeux à celle « des hideuses illusions au sein desquelles se débat l’humanité. » Aussi Path Hotep s’avère davantage un texte initiatique censé nous mener vers une illumination.
À défaut d’être illuminé, reconnaissons à Charles Duits d’avoir écrit un roman fascinant. Une œuvre inclassable, dans la plus positive acception du terme.

Lecture exigeante, déroutante et au final envoûtante, Ptah Hotep atteint pleinement l’objectif fixé par son auteur : emmener le lecteur ailleurs, lui révéler une réalité autre dont le romancier se fait le secrétaire fidèle.

Ptah Hotep de Charles Duits – Réédition Denoël, collection « Lunes d’encre », 2009

Kane, l’intégrale 2/3

Challenge « Lunes d’encre », avec cette 31e chronique, retrouvons Karl Edward Wagner dans ses œuvres. Ça va charcler !

« Kane était un des premiers hommes véritables, né dans un monde hostile d’étranges êtres anciens. En ce monde de l’aube de l’humanité, il a défié le dieu dément qui avait créé sa race – une expérience qui avait abouti bien au-delà des attentes du créateur. Ce dieu ancien, fou, cherchait à créer une race d’êtres sans esprit dont existence servirait qu’à l’amuser et à le distraire. Il faillit réussir, jusqu’à ce que Kane se rebelle contre cet étouffant paradis et pousse la jeune race à gagner son libre arbitre. Il tua son propre frère, qui voulait s’opposer à son hérésie, apportant ainsi à l’humanité naissante la mort violente, en sus de la rébellion. Furieux de l’échec de ses plans dépravés, le dieu abandonna sa création. Et, pour son acte de défi, Kane reçut en malédiction l’immortalité – une condamnation à parcourir ce monde sous l’ombre de la violence et de la mort. La malédiction de ses errances ne cessera que lorsqu’il sera lui-même détruit par la violence qu’il fut le premier à exprimer. Et pour placer Kane à part du reste de l’humanité qu’il a répudié, il a ses yeux infernaux – les yeux d’un tueur – , la marque de Kane ! »

Revenons à l’univers de Kane avec ce deuxième tome de l’intégrale initiée par la collection « Lunes d’encre », un fort volume réunissant un roman (Le Château d’outrenuit), un poème et six nouvelles. Bref, de quoi se replonger avec délectation dans les aventures de l’âme damnée imaginée par Karl Edward Wagner.

Maudit, Kane l’est à plus d’un titre. À l’instar du Caïn biblique (jamais l’homophonie n’a résonné plus justement), il traverse les siècles et le monde, contribuant à la naissance et à la destruction des empires. Une vie marquée du sceau de la violence car Kane affectionne la sauvagerie, les noirs desseins et les complots tramés par les tyrans, potentats dépravés ou sorcières assoiffées de vengeance. Guerrier impitoyable, brute épaisse dépourvue d’état d’âme, stratège redoutable, être légendaire, connaisseur d’un savoir impie et maître en matière de duplicité, il bénéficie d’une aura maléfique auprès de ses pairs, inspirant la crainte et l’envie.

Le monde de Kane est archétypal à plus d’un titre, illustrant à merveille la Sword and sorcery chère aux lecteur de Robert E. Howard, de Fritz Leiber ou de Michael Moorcock. Monde à la fois jeune et ancien où les des empires humains, oscillant entre barbarie et raffinement, côtoient les ruines cyclopéennes de civilisations préhumaines dotées de technologies assimilées à de la magie par les hommes. Entre cités tentaculaires et déserts poussiéreux, Kane évolue avec aisance en ces lieux, faisant et défaisant les puissants au gré de sa volonté.

Le Château d’outrenuit apparaît comme la pièce maîtresse de ce deuxième tome des aventures de Kane. Ce récit d’inspiration horrifique, lorgnant du côté de Lovecraft mais peut-être aussi plus certainement du côté de William Hope Hodgson, est pétri d’une atmosphère de violence et d’angoisse latente. On y découvre l’antihéros wagnerien à la tête d’une armée, à l’assaut de l’Empire de Thovnos pour le compte de Efrel, une sorcière défigurée, à demi-folle, le corps ravagé par les plaies mal cicatrisées, vestiges du supplice inachevé auquel l’a condamné Nétisten Maril. Dévorée par la haine, l’ensorceleuse semble avoir noué une alliance avec les Scyleds qui hantent les profondeurs marines de l’archipel, usant de son ascendance secrète pour obtenir leur soutien dans le conflit qui l’oppose à l’Empire. Face à ces puissances, Kane ne renonce pas pour autant à son goût pour le complot, escomptant rafler le pouvoir une fois les forces des belligérants épuisées.

Fertile en rebondissements et coups de théâtre, Le Château d’outrenuit recèle quelques personnages secondaires mémorables, notamment le philosophe assassin Arbas. Mais, c’est surtout le personnage d’Efrel qui marque l’esprit, tant par sa folie et ses imprécations hallucinantes que par le caractère blasphématoire de son existence. Avec Efrel, Kane semble avoir trouvé une âme damnée à la mesure de sa malignité.

Si Le Château d’outrenuit compose la moitié du deuxième tome de l’intégrale, l’ouvrage recèle également quelques pépites montrant que Karl Edward Wagner ne démérite pas dans la forme courte de la nouvelle. Parmi celles-ci, « Lames de fond » se distingue par sa narration et son atmosphère tragique. Certes, même si on devine assez rapidement son dénouement, cela n’amoindrit pas l’émotion qui traverse cette nouvelle, où Kane n’apparaît au final qu’à l’arrière-plan. Deuxième coup de cœur, « Le dernier chant de Valdèse », se révèle le récit d’une vengeance dont la chute attendue confine à une sorte de happy-end, un tantinet pervers quand même. Pour une fois que la qualité d’âme damnée de Kane provoque un heureux dénouement… Avec Lynortis, l’auteur américain se surpasse en nous livrant un texte dont le décor mortifère, un champ de bataille hanté par les massacres passés, et le propos empreint de noirceur, n’est pas loin de susciter la dépression, voire un certain fatalisme. Kane y apparaît à contre-emploi, témoin et acteur d’événements illustrant l’inanité et l’absurdité de la guerre. A posteriori, je me demande si cette nouvelle n’est pas ma préférée.

Pour le reste, « Deux soleil au couchant », « La muse obscure » et « Miséricorde » apparaissent moins marquants du fait du classicisme de leur intrigue, voire par leur simplisme. Kane y côtoie démon nocturne et géant nostalgique, s’embarquant dans un quête digne d’un scénario de jeu de rôle, puis exauçant le souhait d’un poète maudit en mal d’inspiration, enfin accomplissant la basse besogne d’assassin pour le compte d’une aristocrate déchue.

Au final, le deuxième volet des aventures de Kane tient toutes ses promesses et bien davantage. Reste à conclure la lecture du cycle, histoire de prolonger un plaisir évidemment régressif, je le conçois, mais quand même très recommandable. Avis aux amateurs.

Additif : Je me rends que je n’ai rien dit de l’illustration de Guillaume Sorel, un dessin sublime convenant idéalement au personnage de Kane.

Kane : L’intégrale 2/3 de Karl Edward Wagner – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », juin 2008 (roman et nouvelles traduites de l’anglais [États-Unis] par Patrick Marcel)

La fille du roi des Elfes

Retour à un classique de la Fantasy, toujours pour plaire au challenge Lunes d’encre.

Il était une fois… La rengaine est connue de tous. Inutile de tergiverser,  le roman de Lord Dunsany est ni plus ni moins un conte. Oui, vous savez bien, ce genre de récit où le héros se marie à la fin et engendre une descendance prolifique et heureuse. Sauf que très rapidement à la lecture de La fille du roi des Elfes, on se rend compte (sans vouloir faire de jeu de mots) que l’auteur abrège l’étape qui précède le dénouement édifiant. Ce roman est donc un conte sur ce qui se déroule après le mariage et la nuit de noce. Les époux seront-ils heureux ? Auront-ils la joyeuse descendance promise ? En attendant la réponse à ces questions – il vous faudra lire ce livre pour cela -, voici quelques indications pour patienter.

« Nous voulons être gouverné par un prince enchanté. »

Telle est la demande du Parlement des Aulnes à son roi lorsque commence le roman. Aussitôt, le monarque dépêche son fils Alvéric vers le pays enchanté, cette contrée magique dont les riverains ignorent volontairement l’existence, leurs demeures n’offrant qu’un mur aveugle à sa vue pour éviter les tentations. Muni d’une épée forgée par la sorcière sur la colline grâce à des flèches de foudre, le jeune héros franchit la frontière floue du pays enchanté, combat une forêt envoûtée et séduit la fille du roi des Elfes qu’il ramène quelques années plus tard dans son royaume, car évidemment le temps s’est écoulé beaucoup plus rapidement dans le monde réel.

Les souhaits de tous semblent alors comblés. Les amoureux s’aiment tendrement, le prince a accompli des prouesses et il succède à son père, mort entretemps. Le peuple du pays des Aulnes accueille avec joie la nouvelle de la naissance d’un héritier qui aura sans doute quelques talents magiques. Le lecteur croit que tout est terminé mais en fait le conte ne fait que commencer.

Ainsi résumée, l’histoire de La fille du roi des Elfes évoque irrésistiblement Stardust de Neil Gaiman. Le parallèle n’est pas complètement erroné mais c’est faire abstraction de l’intervalle temporel qui sépare Gaiman de son noble prédécesseur. En effet, Edward Moreton Drax Plunkett (1878-1957), plus connu sous son titre de Lord Dunsany, figure au rang des auteurs historiques de la Fantasy contemporaine. On a peut-être tendance à l’oublier face à l’invasion des clones de J.R.R. Tolkien qui domine le marché de la Big Commercial Fantasy. Pourtant, cet aristocrate né dans une vieille famille irlandaise qui puise ses racines presque à l’époque de la conquête normande, est considéré comme un précurseur dans le domaine du fantastique épique, à l’instar de William Morris. Son influence s’est exercée sur des auteurs tels que Lovecraft, Robert E. Howard, Clark Asthon Smith et bien d’autres. Il est donc l’arrière grand-père de la Fantasy et peut, de surcroît, s’enorgueillir de beaux restes. Cependant qui s’en souvient de nos jours…

La fille du roi des elfes, qui est considéré comme son chef-d’œuvre, appartient à une veine plus merveilleuse qu’épique. C’est un roman qu’il convient de lire devant une bonne flambée durant une veillée d’hiver, ou allongé dans la prairie un soir d’été éclairé par les étoiles. A vrai dire, toute autre ambiance propice à la nostalgie est la bienvenue.
On ne peut nier le charme qui se dégage de la prose fleurie et contemplative de Lord Dunsany et l’on se surprend plus d’une fois à sourire des péripéties suscitées par l’irruption envahissante de la magie dans le monde des mortels. Ajoutons que la langue ampoulée de l’auteur convient idéalement à la thématique du récit où présent et passé interagissent par le biais de la mémoire. Tiraillés par des sentiments contradictoires, les personnages recherchent un équilibre impossible entre le merveilleux et le naturel, entre les souvenirs et l’oubli.

Pour toutes ces raisons, la réédition de La fille du roi des Elfes fait œuvre utile. C’est une lecture que l’on peut recommander autant pour son aspect fondateur d’un genre que pour le plaisir fugace qu’elle procure… à la condition d’aimer les contes.

La fille du roi des Elfes (The King of Elfland’s Daughter, 1924) de Lord Dunsany – Réédition Denoël, collection « Lunes d’encre », 2006 (roman traduit de l’anglais par Brigitte Mariot)

La Bibliothèque de Mount Char

Challenge « Lunes d’encre » toujours et encore, avec un premier roman un tantinet en roue libre, mais follement amusant.

Alors qu’il coulait des jours paisibles, entre son bar préféré et un domicile où ne l’attend que Petey, son épagneul fidèle, Steve est abordé par une jeune femme au look pour le moins improbable. Parfaite inconnue à ses yeux, elle ne tarde pourtant pas à dévoiler des détails sur sa vie et sur son passé. Des faits pour lesquels il pourrait être condamné et sur lesquels il a décidé de tirer un trait en embrassant le métier de plombier. D’abord méfiant, Steve refuse la proposition de cambriolage qu’elle lui soumet, préférant changer de conversation. Mais face à son insistance et à la promesse d’une récompense mirobolante, il finit par céder à la facilité. Hélas, les événements prennent une sale tournure lorsque le propriétaire de la maison, où ils sont entrés par effraction, revient de manière imprévue. Steve est tué. Puis, il se réveille en prison, accusé du meurtre du propriétaire, un détective bien connu du voisinage, avec un trou de mémoire en guise d’alibi. Pas de quoi adoucir le jury comme le laisse entendre son avocat. Mais l’irruption d’un colosse dans le centre de détention où il croupit vient bouleverser la donne. Un type sans état d’âme, vêtu d’un accoutrement ridicule – gilet pare-balles et tutu rose, qui massacre tout ceux qu’il rencontre, à l’exception d’un visiteur venu pour prendre son témoignage et qui semble en savoir plus long que lui sur cette histoire bizarre.

« Vous êtes bouddhiste ? Non. Je suis con. Mais je m’obstine. »

Ne tergiversons pas. J’ai beaucoup aimé La Bibliothèque de Mount Char. Passé les cinquante premières pages, un tantinet laborieuses et foutraques, le récit prend son rythme de croisière, ne relâchant à aucun moment l’impression de dinguerie qui affleure tout au long de ce qui s’apparente à une version décalée de l’Armageddon. À tel point que j’ai fini par lâcher prise, m’amusant beaucoup des péripéties et des saillies drolatiques qui parsèment le roman.

Car en dépit de la tournure dramatique des événements, une longue liste de faits sanglants et épouvantables, je ne suis pas parvenu à me départir de mon sourire, gloussant plus d’une fois devant la décontraction avec laquelle Scott Hawkins égraine les calamités. À vrai dire, bien peu de personnes ou de lieux communs échappent au regard caustique de l’auteur américain, que ce soient les militaires, le gouvernement, l’American way of life et j’en passe. Il se moque et malmène ses concitoyens, tout en manifestant une certaine tendresse pour leur caractère faillible et leur conformisme.

Si l’univers dévoilé par Scott Hawkins ne brille pas pour son originalité, on pense d’ailleurs beaucoup à Charles Stross pour le jeu autour de la réalité (le cycle de « La Laverie ») et à Neil Gaiman pour les emprunts à la mythologie, il se distingue cependant de ses devanciers par son caractère anticonformiste et le jusqu’au boutisme de son propos. Oubliez en effet tout ce que vous savez sur la réalité. Nous ne sommes que les jouets de puissances occultes qui se font la guerre depuis des milliers d’années, voire des millions. Les Pelapi, des entités immortelles détenant un savoir si immense qu’il paraît magique à nos yeux. Douze apprentis bibliothécaires, détenteurs d’une partie du savoir des catalogues entreposés dans une maison appartenant au lotissement de Garrison Oaks. Ils y approfondissent leur domaine d’expertise sous la férule cruelle de Père, leur mentor et maître. Jadis enfants de ces banlieues pavillonnaires américaines, ils semblent avoir oubliés jusqu’à leur humanité. Jouant au chat et à la souris avec les autorités, manipulant le tout venant sans scrupules, ils protègent la fameuse bibliothèque dont le contenu détermine la nature de la réalité et la conduite du monde, tel que nous le connaissons. Rien de moins.

Bref, avec ce premier roman, Scott Hawkins ne suscite pas l’indifférence. Et même si tout ceci ne paraît guère novateur, les sarcasmes, l’atmosphère empreinte de noirceur et d’une touche de tendresse emportent l’adhésion, contribuant à faire de La Bibliothèque de Mount Char une lecture divertissante et rafraichissante.

La Bibliothèque de Mount Char (The Library at Mount Char, 2015) de Scott Hawkins – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », 2017 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Jean-Daniel Brèque)