La Reine des Mers – La Saga des Vikings, Livre II

La Reine des Mers fait suite au roman Ragnvald et le Loup d’or, reprenant à son compte la matière des Orkneyinga et Heimskringla sagas pour tisser une vaste fresque historique. Linnea Hartsuyker y met en scène les personnages de Svanhild et Ragnvald Eysteinsson, appelés à jouer un rôle de premier plan dans l’unification de la Norvège sous la bannière du roi Harald à la Belle Chevelure.

Inutile de nier la légèreté et le caractère répétitif d’une histoire où les rebondissements sentimentaux ou guerriers comptent plus que la psychologie des personnages. Le lecteur sait par avance ce qu’il va lire, il a même accepté d’avaler sans sourciller toutes les ficelles, y compris les plus grossières, d’un récit foisonnant qui ne ménage pas sa peine pour entretenir la tension.

Séparés à l’issue du précédent livre, frère et sœur se retrouvent en terre norvégienne, parties prenantes dans la conquête du souverain Harald. Après son escapade islandaise, Svanhild a dû se faire une raison. L’ambition de son compagnon Solvi importe plus que le bonheur de son couple. Délaissant épouse et enfant, il leur préfère la rébellion, projetant de revenir en Norvège à la tête d’une coalition composée de bannis et autres ennemis du souverain à la Belle Chevelure. Elle rompt donc avec Solvi pour la plus grande joie de son frère Ragnvald, devenu entretemps le bras armé d’Harald. Désormais seigneur légitime de la terre de Sogn, le bougre a dû en effet se résoudre à épouser la cause du souverain du Vestfold, accomplissant pour son compte les plus basses œuvres. Louée comme une vertu cardinale, la renommée s’acquiert chèrement en pays norse, contribuant à enrichir la famille des jarls et autres roitelets ; à leur attacher la fidélité de serviteurs zélés. À la condition de s’acquitter des obligations liées à l’allégeance due à son souverain, pour peu qu’elle serve son propre destin.

Rien de neuf sous le soleil de Minuit. Passion, complot, trahison et vengeance composent l’ordinaire du deuxième livre d’une saga renouant avec les recettes éprouvées du roman historique. Sur ce point, La Reine des mers n’offre que peu de surprises. Linnea Hartsuyker y déploie sa grande connaissance du monde scandinave et de l’histoire de la Norvège, sans que l’on puisse relever quelque anicroche fâcheuse. Sur cet aspect, on ne la critiquera pas, tant la reconstitution paraît vraisemblable et documentée. Pourtant, on ne peut s’empêcher de considérer le présent volet de la « Saga des Vikings » comme un ventre mou dans lequel on s’enlise, s’ennuyant ferme entre deux faits d’armes. On enquille donc les chapitres, sautant souvent les pages lorsque les bavardages deviennent par trop envahissants. On se désespère aussi à trouver un quelconque intérêt à ce Dallas des fjords, qui ne manque cependant pas de glaçons pour rafraîchir le bourbon. On s’agace enfin de la nunucherie du propos car, si La Reine des Mers prône la liberté féminine, la quatrième de couverture vantant leurs talents de guerrières et de stratèges, les femmes restent surtout des mères, faiseuses d’enfants et de rois, soumises à leurs injonctions et caprices, ne trouvant la liberté que dans l’abandon du domicile…

Sans vouloir trop charger le longship de Linnea Hartsyuker, reconnaissons tout de même à La Reine des Mers quelques qualités. Nul doute que l’amateur de romance et d’épopée à l’eau de rose trouvera ici matière à s’enthousiasmer. Personnellement, je préfère retourner à la lecture de Snorri Sturluson.

La Reine des MersLa Saga des Vikings, Livre II (The Sea Queen, 2018) – Linnea Hartsuyker – Presse de la cité, octobre 2019 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Marion Roman

Harald à la dent bleue – Viking, roi, chrétien

Nombreux sont ceux sur ce blog qui connaissent ma passion pour la Scandinavie et les Vikings. Aussi le présent ouvrage a-t-il immédiatement attiré mon attention. Maîtresse de conférence en histoire médiévale, spécialiste de l’Europe du Nord aux Ve – XIe siècles et autrice d’un livre sur les ports des mers nordiques à l’époque viking, Lucie Malbos n’est pas la première venue dans ce domaine de la recherche.

Harald à la dent bleue – Viking, roi, chrétien relève de l’exercice de la biographie historique, genre propice à l’illusion biographique, autrement dit cette propension à unifier derrière un nom les différentes facettes d’un individu. Pour éviter cet écueil, l’historienne opte pour une enquête rigoureuse, s’efforçant de démêler le vrai du faux au cœur des sources écrites et archéologiques à notre disposition. Elle s’attache ainsi à suivre les trajectoires de la vie du souverain danois, déroulant le fil d’une existence frappée du sceau de l’incertitude et de la méconnaissance. Paradoxalement, le bâtisseur du Danemark est en effet bien plus connu pour son surnom, le fameux « Dent bleue » devenue par un concours de circonstance dont les ingénieurs d’Intel, Ericsson et Nokia ont le secret, l’emblème et le nom du système Bluetooth.

Si l’on connaît bien mieux les réalisations de Harald grâce aux fouilles archéologiques, sa vie demeure dans un angle mort de l’histoire de l’Europe du Nord. À sa décharge, il n’a pas eu la chance, comme Charlemagne ou Alfred le Grand, de bénéficier d’un propagandiste zélé pour fixer par écrit le compte rendu élogieux de son œuvre. Seules les pierres runiques de Jelling et de Tófa témoignent de son règne, de même que les nombreux vestiges de ses constructions, comme le complexe dynastique de Jelling, le Danevirke et le réseau de forteresses circulaires jalonnant le territoire danois. Pour le reste, on doit se contenter de sources postérieures, privilégiant les points de vue germaniques et chrétiens, écrits dont les visées téléologiques peuvent faire grincer des dents…

Au travers des différentes sources et de leur interprétation prudente, il s’avère que Harald peut être considéré comme le fondateur du royaume de Danemark, usant de sa conversion au christianisme pour sortir la contrée des âges obscurs et s’affranchir de la tutelle de l’empereur germanique Othon. Entre respect du passé païen et diffusion progressive des croyances nouvelles, il a ainsi installé un pouvoir fort et centralisé, étendant sa mainmise sur le territoire danois grâce à un vaste et onéreux programme de constructions dont on retrouve l’empreinte sur les paysages encore de nos jours. Mais son règne est aussi celui d’un souverain européen, soucieux de politique extérieure, conquérant lorsqu’il s’agit de s’imposer en Norvège et de contrôler les échanges avec l’Ouest de la Chrétienté, mais n’hésitant pas aussi à nouer des alliances matrimoniales pour favoriser le commerce avec les pays slaves. Une nécessité vitale pour financer les chantiers grandioses entrepris au Danemark.

Au fil d’une enquête minutieuse, Lucie Malbos s’efforce d’écarter la part d’imagination pesant sur l’histoire de Harald. En s’attaquant d’abord à la légende des Jómsvikings, cette confrérie de guerriers professionnels installée à Jómsborg, sur la côte sud de la Baltique. Si le sujet reste ouvert au débat, elle préfère voir dans ce mythe comme un écho de l’intérêt du roi danois pour cette région propice aux échanges et au recrutement de mercenaires slaves. Rien à voir donc avec le récit des sagas dont la littérature s’est faite le relais, y compris dans les mangas. De même, si la vie de Harald est entachée de zones d’ombre liées à l’absence de sources directes, la fin de son règne, sa mort et le lieu de son inhumation laissent libre cours à l’affabulation, un mille-feuilles mémoriel non exempt d’une volonté de réappropriation politique après la tentative de damnatio memoriae menée par son fils et successeur Sven à la barbe fourchue. En conséquence, le portrait dressé par les sources postérieures au règne de Harald relève davantage de la construction d’une figure mythique. Que ce soit sous la plume des auteurs chrétiens ou des écrivains romantiques, aucun récit ne semble concorder. À la fois saint au service d’une exégèse chrétienne, comme en témoigne le récit miraculeux de son baptême, chef viking irrésistible et impitoyable jusqu’à la tyrannie, l’image du souverain danois a été modelée selon des motivations tenant plus de la morale ou de la représentation archétypale que d’une recherche de la vérité.

Harald à la dent bleue – Viking, roi, chrétien est donc une biographie très intéressante, apportant un éclairage prudent et nuancé sur un souverain à la croisée de la légende et de l’Histoire, un personnage dont l’existence reste nimbé d’un voile d’incertitude, contribuant à entretenir la fascination.

Harald à la dent bleue – Viking, roi, chrétien – Lucie Malbos – Passés composés/Humensis, février 2022

Les Chroniques saxonnes – 4. Le Chant de l’épée

On ne change pas une recette qui marche. Telle pourrait être résumée cette quatrième chronique saxonne qui voit Uhtred de Bebbanburg poursuivre son bonhomme de chemin vers une vieillesse auréolée de gloire. Une destinée certes semée de combats, de tueries, trahisons et revers de fortune, mais où le narrateur ne se départit pas de son ton goguenard, une ironie grinçante que l’on a appris à apprécier.

Uhtred a vieilli. Il est désormais un seigneur important, chargé de fortifier les terres situées à la frontière du Danelaw. Et, comme d’habitude, les menaces et les tentations ne manquent pas, rendant sa tâche encore plus ardue. Il pourrait prétendre au trône de Mercie, renoncer à son serment, rejoignant ses frères d’armes danes. Mais, il doit allégeance à un roi dont il déteste la religion et admire la vision. Cruel dilemme auquel il se soumet de bon gré depuis trois tomes car seul importe sa destinée, une maîtresse impavide dont seule les Normes connaissent le dessein ultime.

Face à lui, on retrouve d’anciens ennemis, comme Haesten le fourbe, mais aussi des nouveaux, tels les frères Thurgilson, des Norses attirés par les perspectives de conquête et l’attrait du butin. On retrouve aussi les compagnons fidèles, habitués aux coups durs : Pyrlig, Beocca, le géant Steapa et tous les guerriers, hommes liges d’Uhtred. On retrouve enfin Alfred, plus que jamais lié au destin de la nation anglaise naissante. Affaibli par la maladie, le souverain du Wessex n’a cependant rien perdu de sa clairvoyance, même s’il contribue au malheur de sa fille Æthelflæd en privilégiant une union bancale avec Æthelred. Un bien mauvais parti mais imposé par les circonstances et sa méfiance envers Uhtred.

Ces « Chroniques saxonnes » ont finalement l’attrait d’une paire de poulaines dont on goûte avec un soupir de contentement la confortable familiarité. La Grande Histoire continue de dérouler son légendaire édifiant, émaillé par les remarques sarcastiques d’un Uhtred au meilleur de sa forme. Bernard Cornwell connaît son métier, jouant des ressorts du roman historique avec une grande aisance. Et, s’il prend certaines libertés avec la réalité des faits, c’est pour mieux s’en amuser, laissant libre cours à son imagination tout en ménageant suffisamment d’espace afin de laisser vivre ses personnages.

Nulle lassitude ou déception à attendre donc avec Le Chant de l’épée. Une nouvelle fois, Bernard Cornwell remplit son contrat, continuant de dérouler un récit divertissant, alternative idéale à l’heroic fantasy. À suivre avec La Terre en feu. Tout un programme.

Les Chroniques saxonnes – 4. Le Chant de l’épée – Bernard Cornwell – Réédition Bragelonne, novembre 2020 (roman traduit de l’anglais par Pascal Loubet)

Civilizations

Aux alentours de l’an mille, la fille d’Erik le Rouge poursuit les voyages d’exploration de son père, fuyant la vengeance de ses pairs. Naviguant plein sud, elle noue ainsi contact avec les civilisations amérindiennes. Bien plus tard, en 1492, le voyage de Christophe Colomb s’achève piteusement sur les rivages de l’île de Cuba, mettant un terme à toutes les aventures ultérieures que nous connaissons. Vers 1530, Atahualpa débarque en Europe, accompagné des partisans à sa cause ayant survécu à la guerre contre son frère. Il ne tarde pas à mettre à profit la désunion qui y règne pour se tailler une place de choix.

Primé au Goncourt du premier roman pour HHhH, récipiendaire des prix Interallié et du roman Fnac pour La Septième fonction du langage, Laurent Binet n’appartient pas vraiment au Club, autrement dit les auteurs et lecteurs attirés par les problématiques et thématiques soulevées par l’Imaginaire. Son goût pour l’Histoire et la fiction le pousse pourtant avec Civilizations à aborder l’uchronie, genre ouvert à toutes les spéculations et avec lequel la science-fiction partage le même questionnement initial : et si ?

S’il est un reproche que l’on ne peut pas adresser à l’auteur français, c’est d’avoir négligé sa documentation. Bien au contraire, il semble avoir pris connaissance avec soin des contextes géopolitiques et religieux de l’Europe au XVe siècle et de l’Amérique précolombienne. Que le néophyte se rassure toutefois, Laurent Binet rend tout à fait lisible et compréhensible les faits. Nul besoin de se plonger dans des essais historiques pour appréhender la réécriture de l’Histoire qu’il nous propose ici. Entre le périple de Freydis Eriksdottir et l’arrivée imprévue des Incas dans le nouveau monde (l’Europe, suivez un peu svp), près de cinq cent années se sont écoulées. Le temps nécessaire aux Amérindiens pour domestiquer les chevaux apportés par les Vikings, pour se familiariser avec la métallurgie, la roue, et pour développer une résistance naturelle face aux germes infectieux des Levantins (les Européens). Le temps pour eux de découvrir aussi les méfaits de la poudre à canon dont étaient dotés les marins de l’expédition de Colomb.

Au terme de ces cinq cent années, ils finissent par s’imposer en Europe, profitant de l’effet de surprise provoqué par leur arrivée, mais aussi en usant des tiraillements religieux et politiques de leurs adversaires. Aux côtés d’Atahualpa et de sa poignée de fidèles, on assiste ainsi à la naissance d’une autre Europe, non plus fondée sur le féodalisme et l’exclusion religieuse, mais sur une sorte de communisme garanti par la dictature de l’Inca. Les conflits religieux sont ainsi désamorcés et la géopolitique du continent s’en trouve bouleversée, Atahualpa ayant en effet bien retenu les leçons de Machiavel dont il devient un fervent lecteur. Pour autant, tout ne va pas pour le mieux dans cette autre Histoire. La cruauté et la superstition ne sont pas évacuées par un tour de passe-passe. Batailles sanglantes, massacres, intimidation, trahison restent le lot commun des Européens, en dépit d’améliorations indéniables dans d’autres domaines. Laurent Binet inverse ainsi les perspectives sans verser dans l’angélisme, redistribuant les rôles des monarques ou de la fine fleur de l’intelligentsia de l’époque sans changer les lignes générales de l’Histoire.

Hélas, le factuel l’emporte sur le romanesque, l’auteur déroulant un récit manquant de chair, où l’uchronie emprunte les voies de la leçon doctorale, voire du récit officiel, éludant un hors-champs historique qui ne demandait pourtant qu’à vivre. À l’instar de Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, Laurent Binet propose donc une uchronie stimulante dont on peut malheureusement déplorer l’aspect un tantinet didactique, bien loin du show don’t tell, en dépit d’une vraisemblance globalement satisfaisante. Civilizations est donc une bonne uchronie, mais pas un grand roman. Avis aux curieux néanmoins.

Civilizations – Laurent Binet – Editions Grasset, août 2019

Complètement à l’Est

« On allait à présent se soumettre à une souveraineté étrangère, être un hôte, c’est-à-dire devoir la fermer plutôt que jouer au fanfaron : quand on avait déclenché une guerre mondiale, assassiné les Juifs et piqué leurs vélos aux Hollandais, on n’avait pas les meilleures cartes entre les mains. »

La Prusse orientale, tel un membre amputé, démange l’inconscient allemand. Autrefois appelé Mazurie, le territoire a maintes fois changé d’allégeance, sa population contrainte aux exodes répétés dans le grand chamboule-tout de l’Est-européen, migrations slaves et Drang nach Osten germanique y compris. Tour-à-tour peuplée par les Borusses, les Baltes, les Slaves, les Allemands et les Polonais, la région a connu l’emprise de la Rus, la Lituanie, la Ligue hanséatique, des chevaliers teutoniques et du royaume de Prusse avant de retourner dans le giron polonais. Longtemps, la chape de plomb de la Guerre froide n’a fait que confirmer la fatalité historique qui y prévalait, du moins jusqu’à la chute du Rideau de fer.

La perspective de la fin du communisme a en effet réveillé les esprits et donné la bougeotte à la génération née avant les déplacements forcés provoqués par la capitulation du Reich. Les premiers « touristes » allemands ont alors franchi la ligne Oder-Neisse, effectuant une sorte de pèlerinage dans les territoires perdus, non sans éprouver une sourde nostalgie et un sentiment de culpabilité. Curieux mélange dont Jonathan Fabrizius fait l’expérience. Né sur une charrette pendant la débâcle allemande, il a été recueilli et élevé par son oncle après que sa mère soit morte en lui donnant naissance et que soit père ait disparu sur le front de la Vistule. La quarantaine bien passée, il loue désormais sa plume incisive à diverses revues, accumulant la documentation dans l’appartement hambourgeois qu’il partage avec Ulla, sa petite amie à mi-temps, employée intérimaire au musée des Beaux-Arts où elle prépare une exposition sur la cruauté. Dilettante et irrésolu, Jonathan voit se présenter une opportunité à ne pas manquer : revenir sur les lieux de sa naissance dramatique en participant à un rallye promotionnel pour la marque automobile Santubara.

Complètement à l’Est traite en vrac de culpabilité, de mémoire et de résilience. Celle du peuple allemand confronté à ses souvenirs d’un Heimat payé au prix du sang et abandonné dans le sillage de la défaite. En lisant le récit de Walter Kempowski, on se retrouve sans cesse ballotté entre la nostalgie et la honte des crimes commis au cours de l’Histoire tumultueuse de cette partie du continent européen. Entre Danzig-Gdańsk, Marienburg-Malbork, son château teutonique restauré, et les bunkers de la Wolfsschanze, on parcourt ainsi des territoires jalonnés par les vestiges de la présence allemande. Des terres désormais habitées par des Polonais méfiants, voire hostiles, où la mauvaise conscience germanique et les traumatismes du passé se tapissent jusque dans le moindre détail du paysage. La souffrance peine à s’exprimer, certains compagnons de voyage de Jonathan préférant ignorer les stigmates du passé pour considérer les polonais d’un œil critique, limite méprisant. La déliquescence du système communiste et la misère les confortent dans leurs préjugés. Les Polonais leur rendent bien ce dédain, faisant payer chèrement leur hospitalité. Entre oubli et culpabilité, le travail de mémoire s’accomplit pourtant, certes laborieusement, non sans remords et émotions, mais avec la réelle volonté de dévoiler le gâchis des vicissitudes de l’Histoire.

Road trip désabusé, Complètement à l’Est exhale également une ironie amère dont on goûte toutes les nuances avec la douloureuse certitude d’en percevoir des échos un peu partout sur le continent européen, ici et maintenant. Quelque part du côté de Günter Grass, l’œuvre de Walter Kempowski mérite plus qu’un coup d’œil distrait.

Complètement à l’Est (Mark und Bein, 1992) – Walter Kempowski – Editions Globe, février 2022 (roman traduit de l’allemand par Olivier Mannoni)

La Falsification de l’Histoire

L’Histoire est un sport de combat. On ne le dira jamais assez. Spécialiste de l’extrême-droite, de l’antisémitisme en France et de Vichy, Laurent Joly en fournit une preuve supplémentaire avec cet essai. Mais, pourquoi un historien porte-t-il son regard sur l’un des candidats à l’élection présidentielle de 2022 ? Tout simplement parce qu’Éric Zemmour a fait de l’Histoire l’un des moteurs de son argumentaire et de son projet politique.

« Grand pourfendeur de la confusion des valeurs, du nivellement par le bas ou de l’inculture historique de ses contemporains, Éric Zemmour participe pleinement, en vérité, de ce qu’il dénonce. Il est le produit d’un système médiatique mettant sur le même plan débatteurs professionnels et historiens, dont le savoir est dénigré ou galvaudé. »

Ayant peaufiné sa réputation de trublion et de polémiste dans les médias, le journaliste débatteur est avant tout un doctrinaire, s’étant donné pour mission de sauver la France, quitte à prendre beaucoup de liberté avec les faits historiques. Certes, le procédé n’est pas nouveau et nombreux sont ceux qui ont précédé Zemmour dans cette voie. On pense immédiatement au boulangisme, tentative de renversement de la République accomplie par pur opportunisme démagogique, avec le soutien des forces réactionnaires du royalisme. Mais, on invoque aussi les noms de Drumont, Barrès ou Maurras, théoricien du nationalisme ethnique. Une tradition qui connut son heure de gloire durant la période sombre de Vichy et dont l’échec patent a marqué le reflux, du moins pour un temps.

L’essai de Laurent Joly se pare des vertus opératoires de la vulgarisation. Par sa concision, il cherche à cerner le phénomène Zemmour pour mettre en lumière un projet politique fondé sur la falsification de l’Histoire, sur la stigmatisation des minorités et la destruction de l’État de droit. Il répond ainsi à plusieurs questions qui se posent sur le personnage et sur sa vision de l’Histoire.

Pour commencer, le polémiste joue sur l’ambiguïté de la notion de révisionnisme. L’historien est nécessairement révisionniste, mais ce processus intellectuel s’appuie sur une méthode s’efforçant d’évacuer les préjugés idéologiques et autres biais cognitifs. Il se fonde aussi sur l’étude rigoureuse des sources qui restent avant tout le cœur du métier d’historien. L’acte de falsifier l’Histoire ne se réduit pas ainsi à l’acte d’un faussaire produisant une contrefaçon sous-tendue par des intentions politiques. Lorsque l’historien « falsifie » l’Histoire, c’est pour mettre une hypothèse à l’épreuve des sources historiques. De même, de nouvelles sources ou de nouveaux outils intellectuels peuvent venir falsifier une interprétation tenue jusque-là pour vraie. L’Histoire se veut en conséquence le résultat d’un dialogue critique entre le passé et le présent.

Rien de tout cela chez Éric Zemmour qui se pose d’emblée en victime d’une doxa, celle de Paxton et de ses supposés disciples, imposant sa vision de l’histoire de France comme une vérité incontestable, avec en guise d’argument une érudition consolatrice à destination d’incultes ne demandant qu’à le croire. Il pratique ainsi sans vergogne l’art de l’à-peu-près, de la formule choc et de la citation tronquée, ne s’embarrassant pas des faits qui contredisent sa démonstration. Sous sa plume, la théorie des « deux cordes », fausse connivence entre De Gaulle et Pétain pendant l’Occupation, où l’un agite le glaive aux côté des alliés pendant que l’autre sert de bouclier afin de protéger la France, retrouve de son éclat. De même, il promeut la thèse pétainiste du moindre mal, faisant de Vichy le protecteur des juifs français, quitte à sacrifier les apatrides réfugiés sur le territoire français. En relativisant et atténuant les responsabilités, à force d’amalgame et de manipulation des sources, Éric Zemmour tente de réécrire l’histoire de Vichy pour réunir les droites, s’inscrivant dans la lignée académique d’un François-Georges Dreyfus.

Si la notion de vérité historique se prête au doute critique, les mensonges doivent être combattus avec la plus grande vigueur, sans pitié. Sur ce point, le court essai de Laurent Joly atteint son objectif, proposant une revigorante plongée historiographique dans la fabrique nationaliste de l’histoire de France. Et, comme le dit l’auteur, « Les mensonges anciens ne font pas des vérités nouvelles : l’histoire scientifique est un acte de salubrité publique à l’ère de la malhonnêteté intellectuelle triomphante. »

La Falsification de l’Histoire : Éric Zemmour, l’extrême-droite et les juifs – Laurent Joly, Editions Grasset & Fasquelle, janvier 2022

Chasse royale III : Percer au fort

La Celtique est en proie à la guerre, un conflit fratricide qui voit les fils et les frères se déchirer sous le regard de dieux eux-mêmes divisés. N’étant pas parvenus à s’emparer du haut roi, les Éduens et leurs alliés se sont lancés à sa poursuite, traversant le Liger pour porter le fer en terre biturige. Pendant que des bandes d’irréguliers fourragent et vivent sur le pays, rassemblant les ressources nécessaires à l’entretien d’une armée en guerre, le gros des forces assiège le Gué d’Avara afin de porter un coup fatal au pouvoir du haut roi. Mais, celui-ci ne répond pas aux provocations. Il semble comme littéralement absent de son trône, laissant courir la rumeur pendant que ses féaux et clients assemblent leurs troupes pour contre-attaquer. Est-il mort ? Blessé ? Prépare-t-il dans le secret d’un refuge sa riposte ? Seuls les dieux semblent en mesure de répondre. Quant à Bellovèse, acteur de sa légende, il continue d’accomplir son destin, avec fougue et témérité, toujours résolu à combattre pour la gloire.

Troisième partie de Chasse royale, la deuxième branche du cycle « Rois du monde », et par voie de conséquence quatrième épisode de cette saga, du moins dans l’édition originelle en grand format (j’espère que vous suivez toujours), Percer au fort poursuit le récit des aventures du héros celte Bellovèse. Avec cet épisode, on commence enfin à se faire une idée plus précise et plus nette de la chose. Si Même pas mort constituait le préambule de cette fresque romanesque, Chasse royale semble en marquer l’apogée, déclinant sur quatre romans une histoire pleine de bruit et de fureur, fertile en digressions bavardes, en rodomontades et flash-back. Le présent titre s’inscrit dans la continuation exacte de son prédécesseur, reprenant l’action laissée en suspend pour la poursuivre jusqu’à son terme, celui de l’affrontement tant attendu et longtemps différé entre les forces rebelles et les fidèles du haut roi.

Percer au fort a ainsi toutes les apparences d’un Alamo en braies où une poignée de braves, certes dépareillés, assure la défense de la forteresse symbolisant la souveraineté d’un roi absent. La bataille offre bien entendu son comptant de morceaux de bravoure, de prouesses, de ruse et de coups de théâtre, mêlant historicité et fantasy avec finesse et vraisemblance. Hélas, on ne peut s’empêcher de trouver les bravades des uns et des autres un tantinet répétitives. On ne peut combattre la lassitude montante qui nous pousse à sauter les pages, tout en déplorant les bavardages interminables que Jean-Philippe Jaworski croit bon d’asséner au lecteur, histoire d’enrober les révélations. Et tout cela au détriment d’un sens de l’épopée qui tend à s’essouffler au fil d’une intrigue avançant à un train de sénateur.

Reste maintenant un épisode pour conclure cette Chasse royale, en attendant une troisième branche promise et toujours attendue. Espérons qu’elle ne fasse pas à son tour quatre livres…

Pour les étourdis : Chasse royale I – De meute à mort, Chasse royale II – Les Grands arrières.

Chasse royale III – Percer au fort – Rois du monde, 4 – Jean-Philippe Jaworski – Les Moutons électriques, collection « La Bibliothèque voltaïque », janvier 2019

Un colosse

Faisons court. On est plus habitué à lire Pascal Dessaint dans le genre du roman noir et social. Avec Un colosse, il choisit de s’intéresser à un personnage du réel ayant vécu entre les XIXe et XXe siècle, retraçant à l’aide des sources de l’époque et de son imagination le parcours dramatique d’un homme simple, né sous le signe de la monstruosité. Jean-Pierre Mazas était en effet une célébrité dans son pays, terme à prendre ici dans l’acceptation du terroir. Un lutteur invaincu dont Villeneuve-lès-Lavaur, mais aussi Lavaur ou le village de Verfeil se disputent le lieu de naissance.

De son vivant, le bonhomme a suscité une forte impression parmi ses contemporains, rassemblant sur sa personne tous les superlatifs. Pourtant dans la carcasse du géant se trouvait un simple paysan, métayer attaché à sa terre par la servitude et soumis à la tyrannie d’un propriétaire plus soucieux de rente que du bonheur de ses serviteurs. De quoi remettre à leur place les laudateurs de la « Belle Époque ». Et, pendant qu’à Paris on bâtit la tour de monsieur Eiffel, sommet de l’exposition universelle de 1889, Jean-Pierre Mazas connaît une gloire aussi rémunératrice qu’éphémère. Jusqu’au jour où il s’effondre, cisaillé par la douleur. Il ne sait pas encore qu’il est atteint d’un dérèglement hormonal, cause de son gigantisme, agissant sur son squelette. Il finit par se tasser, s’étioler, rejoignant le cortège des phénomènes de foire qui fascinent le chaland, vivant petitement jusqu’à sa mort prématurée dans la misère.

De tous ces faits, Pascal Dessaint tire un court récit, s’attachant autant à l’homme qu’à décrire l’époque. Il dresse un portrait sensible, entre invention littéraire et enquête, s’efforçant de combler les trous dans la vie de Jean-Pierre Mazas, mais réservant aussi ses piques à la société qui l’a vu naître. Un monde guère différent du nôtre où la singularité suscite fascination et malaise mais aussi une curiosité dévoyée. Une période en proie au vertige de la modernité, où les pratiques héritées de l’Ancien régime s’accommodent finalement très bien du suffrage universel et de la République. Les lecteurs de Xavier Mauméjean retrouveront dans ce court texte comme un écho hexagonal de son Lilliputia. Les nostalgiques de la série inachevée La Caravane de l’étrange (Carnivàle), voire du Éléphant Man de David Lynch, apprécieront la parenté thématique de l’ouvrage avec ces récits fictifs. Mais au-delà des comparaisons, Pascal Dessaint restitue surtout ici l’engouement populaire pour les spectacles de lutte, guère respectueux des règles académiques, et pour les phénomènes de foire, objets d’un voyeurisme sordide, y compris dans le milieu médical. Comme un avant-goût de la société du spectacle.

D’aucuns jugeront sans doute l’histoire de Jean-Pierre Mazas un tantinet maigre, d’un point de vue romanesque. Les habitués de Pascal Dessaint retrouveront pourtant avec Un colosse la plupart des thématiques d’un auteur attaché aux angles morts de notre société. Un auteur déterminé à mettre en lumière l’inhumanité fondamentale de nos comportements face aux marginaux, aux gueules cassées de l’existence.

Un colosse – Pascal Dessaint – Éditions Rivages, mai 2021

The Last Kingdom

Difficile de se faire un avis sur The Last Kingdom sans penser à l’adaptation éponyme de l’ouvrage disponible sur la plateforme Netflix. Les personnages d’Uhtred, de Beocca, Ragnar, Leofric ou d’Alfred prenant aussitôt les traits des acteurs choisis pour les incarner à l’écran. Et pourtant, la saga de Bernard Cornwell exprime une violence plus brute, une rusticité des mœurs que le glamour et les poncifs de la série télévisée tendent à gommer. Certes, nous ne trouvons pas devant un essai historique, l’auteur anglais se laissant aller à quelques raccourcis et libertés avec notre connaissance de l’époque. Mais, il le fait dans l’intérêt de la fiction et non sans un certain souci de documentation.

The Last Kingdom est le récit romancé de l’affrontement entre les Angles et les Danes, les premiers luttant pied à pied pour ne pas succomber devant les seconds, gardant sans doute dans leur mémoire le souvenir de leur arrivée dans l’île et leur victoire sur les peuples brittoniques. Par un caprice de l’Histoire, les rôles se trouvent inversés, les Angles christianisés devenant les victimes d’une nouvelle invasion païenne. Réduite à quatre royaumes, l’Heptarchie anglo-saxonne voit la Northumbrie, l’Est-Anglie et la Mercie tomber sous la coupe des Danes, ces hommes du Nord venus ici se tailler une place de choix, après avoir un temps commercé et fait œuvre de viking, l’un n’empêchant pas l’autre. Seul le Wessex semble en mesure de résister, sous l’autorité d’un roi cachant son intelligence sous l’apparence de la bigoterie et de la maladie.

Centré sur le personnage d’Alfred le Grand et plus lointainement de ses successeurs, The Last Kingdom ouvre la voie à une saga se composant à ce jour de cinq titres. Si on y côtoie Alfred, le héros en creux de la série, on s’attache surtout à Uhtred, l’ealdorman de Bebbanburg (Bernicie), narrateur de sa propre épopée. Dépossédé de son héritage par son oncle et recueilli par Ragnar le Dane qui l’élève comme son propre fils, Uhtred est littéralement coincé entre deux cultures. Il finit pourtant par pencher du côté des Angles, non sans se laisser forcer la main par Alfred. Mais, s’il épouse la cause du souverain du Wessex, il reste loin d’adhérer à sa foi, raillant sans se cacher les simagrées des Chrétiens et les chroniques édifiantes rédigées par leurs clercs. Sur ce point, Bernard Cornwell ne ménage pas la foi chrétienne, laissant libre cours à une ironie mordante. Il est également sarcastique avec la noblesse anglo-saxonne, les puissants ne trouvant guère crédit auprès d’Uhtred. Mais si l’ealdorman de Bebbanburg revient du côté des Angles, il reste Dane de cœur, ne renonçant pas à son allégeance personnelle pour la famille de Ragnar, notamment lorsqu’il accomplit le devoir de vengeance. En dépit de son titre et de sa position dans la société anglo-saxonne, Uhtred reste ainsi un homme du commun, guère soucieux de démocratie, plus attaché à réparer un tort au passage qu’à un réel projet de rénovation sociale. Un rustre au caractère forgé sur les champs de bataille, n’ayant que le souci de son destin à la bouche. Un homme bien de son temps, finalement.

The Last Kingdom est donc un bel exemple d’excellente mauvaise littérature, offrant sous couvert d’histoire épique, un récit divertissant mais suffisamment documenté pour paraître authentique. À suivre avec The Pale Horseman.

The Last Kingdom – Bernard Cornwell – Harper, janvier 2005

Élise et les Nouveaux Partisans

Indépendamment du soin qu’il apporte au décor, mêlant habilement abréviation graphique et détail authentique, indépendamment de la virtuosité narrative qu’il déploie dans chaque récit, j’apprécie énormément Jacques Tardi pour l’attachement viscéral qu’il témoigne à ceux que l’on surnomme les damnés de la Terre dans le célèbre chant révolutionnaire. Que ce soit dans la chronique familiale autobiographique, la veine feuilletoniste, l’adaptation de roman noir ou le récit historique, l’auteur ancre/encre son dessin dans le milieu populaire, se faisant le narrateur de cette mémoire des vaincus, éminemment foutraque et généreuse dans ses colères, y compris dans les pires excès.

Élise et les Nouveaux Partisans illustre à merveille cette manière, cette constance et fidélité dans l’engagement, traitant du gauchisme pendant les années 1960-70 que d’aucuns qualifiaient de maladie infantile du communisme. Une gauche à laquelle on adjoignait pas encore l’adjectif radical, mais une gauche déjà en lutte contre toutes les formes de racisme, de sexisme et d’injustice sociale. Des militants hélas trahis dans leurs idéaux, en proie à la frustration, la déception et une certaine amertume ayant poussé certains au renoncement ou au terrorisme. Rien de neuf sous le soleil… Mais, l’avenir n’est-il pas gros des révoltes des exploités du présent, même si c’est dur ?

Coécrit avec Dominique Grange, le présent ouvrage puise librement dans l’expérience personnelle de la compagne de Tardi à qui l’on doit la dédicace de l’ouvrage, le titre inspiré d’une chanson composée par elle-même et la courte postface. Élise, c’est elle. Jeune chanteuse lyonnaise montée à Paris pour tenter sa chance, rattrapée au moment de la poussée contestataire de mai 1968 par son passé de militante, né sur le terreau fertile de la Guerre d’Algérie. Opposée au retour à la normale, Élise sacrifie sa carrière dans le show-biz, optant pour la lutte sociale. Elle rejoint d’abord le Comité révolutionnaire d’action culturelle qui œuvre dans les usines en grève avant de sillonner la France rurale pour y expliquer la révolution. Elle rallie ensuite les « établis », ces militants maoïstes de la Gauche prolétarienne ayant choisi de travailler en usine afin de dépasser les préjugés de classe. Mais, si elle partage leur motivation et combat contre le Capital, elle ne connaît guère les préceptes du Petit Livre rouge, préférant la fraternité à l’endoctrinement idéologique, ce qui lui vaut quelques déconvenues et critiques de la part de camarades trouvant qu’elle épouse la cause du peuple de manière trop littérale. Car Tardi et Grange ne sont pas dupes des manipulations des uns et des autres. Celles du FLN envoyant les travailleurs algériens se faire matraquer par les CRS. Celles d’une Gauche finalement plus attirée par le pouvoir que par la révolution sociale. Ils n’épargnent évidemment pas ces nouveaux partisans devenus ensuite nouveaux profiteurs du système.

Le principal ennemi reste cependant l’État, le Capital et ses serviteurs zélés, les flics, qu’ils n’exonèrent pas de leur responsabilité dans des violences ne datant pas hélas des manifestations contre la loi El Khomri ou des protestations des gilets jaunes. Après la dissolution de la Gauche prolétarienne, Élise passe par le Secours rouge avant d’être arrêtée pendant une manifestation et condamnée à un mois de prison pour coups, blessures et injures à représentants de la force publique. Rien de neuf sous le soleil, on vous dit. Ce fait et l’assassinat du militant Pierre Overney la pousse dans la clandestinité au sein de la Nouvelle Résistance populaire, puis vers le courant libertaire, après l’auto-dissolution de l’organisation maoïste, au grand dam de ses militants de base.

Élise et les Nouveaux Partisans apparaît ainsi comme un ouvrage précieux, généreux, sincère et lucide. Un témoignage de l’intérieur sur le mouvement gauchiste entre 1968 et 1975. Une œuvre salutaire mettant en lumière les angles morts des Trente Glorieuses, tout en apportant une contribution personnelle à l’histoire populaire française dont les combats passés font étrangement échos aux luttes présentes.

Élise et les Nouveaux Partisans – Jacques Tardi & Dominique Grange – Éditions Delcourt, novembre 2021