Ni vivants ni morts

Ni vivants ni morts. Voici le sort de milliers de victimes frappées d’une sorte de Nacht und nebel planifié par le gouvernement mexicain. Pour Federico Mastrogiovanni, la responsabilité des autorités ne fait en effet guère de doute. Au terme d’une longue et éprouvante enquête, dont la disparition des 43 étudiants de l’École normale d’Ayotzinapa ne constitue que l’épisode le plus visible, il livre à l’examen de tous les tenants et aboutissants de ce qu’il faut bien nommer un crime d’État.

Interrogeant parents des victimes, experts et activistes, le journaliste italien retrace plus de quarante années d’une pratique politique ne disant pas son nom : la disparition forcée. Avec l’aide de l’armée et des différentes polices, le gouvernement a piétiné l’intérêt général pour le compte d’intérêts privés et familiaux. Il a œuvré à entretenir une guerre de basse intensité contre sa propre population, dans l’indifférence générale de la communauté internationale et avec la complicité des organisations criminelles.

Ces disparitions forcées apparaissent en effet comme un outil politique, utilisé pour faire taire la contestation sociale – une tradition mexicaine – mais aussi pour exproprier les communautés villageoises afin de libérer la place pour les projets très lucratifs des transnationales attirées par les ressources du pays. L’or des mines bien sûr, mais surtout le gaz de schiste, au mépris de la santé du voisinage. Car, si l’on achète, en les escroquant, le consentement des fermiers aux États-Unis, la même pudeur ne prévaut pas au Mexique où l’on trouve plus pratique d’exécuter les gêneurs, achetant la soumission au prix du sang.

Federico Mastrogiovanni décrit ainsi une situation hallucinante que l’on peine à concevoir dans nos sociétés européennes policées. Les chiffres donnent d’ailleurs le vertige. Plus de 30 000 disparus. Dans un pays en proie à une violence latente, où l’armée est utilisée comme une force de police, où des États entiers sont livrés à des cartels criminels, on ne s’embarrasse pas de l’existence humaine. Des hommes et des femmes, migrants ou Mexicains, disparaissent, un peu au hasard, arrêtés par la police ou l’armée. Ils sont vendus aux organisations criminelles, puis torturés, violés, exécutés arbitrairement ou rendus à leur famille contre rançon, quand ils ne sont tout simplement pas réduits en esclavage. Parfois, on retrouve leur cadavre, pendus à un pont autoroutier ou abandonné en pleine rue, comme un message adressé à l’organisation criminelle rivale. Mais le plus souvent, ils disparaissent sans laisser de traces, enterrés dans une fosse commune anonyme creusée en plein désert, ou le corps dissous dans un bain d’acide, laissant derrière eux une famille incapable de faire son deuil.

En lisant Ni vivants ni morts, on accomplit un voyage au bout de la nuit, l’esprit constamment hanté par les visions cauchemardesques que l’on perçoit entre les lignes des témoignages et par le cynisme du pouvoir politique et médiatique, capable de justifier l’innommable par le recours aux « faux positifs », procédé consistant à faire passer les victimes pour des criminels, histoire de gonfler les chiffres de la lutte contre les narcotrafiquants.

L’ouvrage relate aussi le combat individuel de simples citoyens, parents des victimes ou amis, militants des droits de l’Homme ou non qui, en dépit des menaces pour leur vie, se battent pour obtenir la justice et l’inscription des disparitions forcées dans le corpus législatif. Federico Mastrogiovanni est d’ailleurs convaincu que le salut viendra de la société civile. Son ouvrage n’a d’autre but que d’alerter, d’ouvrir les yeux de l’opinion pour susciter sa colère généreuse.

Ni vivants ni morts – La disparition forcée au Mexique comme stratégie de la terreur (Ni vivos ni muertos, 2014) de Federico Mastrogiovanni – Éditions Métailié, 2017 (traduit de l’espagnol [Mexique] par François Gaudry)

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Les Noirs et les Rouges

« Le vrai fasciste ne s’exalte que dans la défaite. »

Réédité en Folio policier, un choix pour le moins étonnant, Les Noirs et les Rouges retrace le parcours ordinaire, entre 1968 et 1971, d’un soldat politique du fascisme comme il se plaît à s’imaginer d’une manière romantique et naïve. Autrement dit un salopard intégral, nourrit au sein d’un fascisme dogmatique et fantasmé, et persuadé que le salut de l’État passe par une violence purificatrice, manière de continuer la politique par d’autres moyens.

Jeune étudiant de vingt ans, Stefano Guerra (le bien nommé) n’éprouve aucune honte à se proclamer fasciste. Né à Udine, dans le nord de l’Italie, il embrasse la Cause très tôt, avec la bénédiction de son milieu familial, en particulier son oncle Rocco, ancien de la Decima Mas, une des unités les plus fanatiques de la République sociale italienne. Loin d’avoir disparu avec la défaite de 1945, le fascisme est en effet resté profondément enraciné dans la péninsule. Les troubles de l’année 1968 semblent lui redonner un coup de fouet, laissant entrevoir aux nostalgiques du Duce, bercés par les slogans des vieux squadristi, la chute de la république bourgeoise, pourrie après près de trente années de démocratie-chrétienne.

À l’occasion de l’occupation de l’université de Rome, où il casse du « chinois » en compagnie de camarades à l’âme aussi noire que la sienne, Stefano tue sans le vouloir un jeune étudiant, Mauro, fils d’un intellectuel de gauche. Cet acte signe sa naissance auprès des dirigeants du Mouvement. Il devient un soldat politique dévoué à la Cause, chargé de former une cellule de combattants prêts à agir aux ordres de leurs supérieurs. De rackets en braquages minables pour le compte du Mouvement, en passant par le trafic d’armes et d’explosifs, Stefano se trouve progressivement mêlé à plusieurs attentats, persuadé qu’ils ouvriront le chemin à un pouvoir de nature plus autoritaire, comme cela est advenu en Grèce. Du moins, cherche-t-il à s’en convaincre, car les faits semblent parasités par tout un tas d’individus aux intérêts opaques. Et puis, il y a Antonella, la sœur de Mauro, dont il est tombé éperdument amoureux. Pas simple la révolution conservatrice dans ces circonstances.

Roman fleuve dont les méandres n’assèchent à aucun moment l’intérêt, Les Noirs et les Rouges réussit un tour de force admirable, celui de rendre sympathique un salopard, ou du moins de rendre tangible les motivations de sa révolte et de ses choix politiques un tantinet extrémistes (euphémisme). Alberto Garlini nous permet ainsi de percevoir de l’intérieur le raisonnement biaisé d’un « soldat » que la rage et la haine poussent au crime. Récit d’un basculement de l’idéalisme exalté vers la violence politique, Les Noirs et les Rouges restitue également l’atmosphère délétère prévalant au début des années de plomb en Italie. Le réseau Gladio et la stratégie de la tension sont ainsi évoqués en creux, montrant toute la duplicité des politiques italiens et de leurs alliés de classe, police, services secrets et justice. Un marigot où viennent s’abreuver également l’extrême-droite, des barbouzes et la pègre, jamais à la ramasse lorsqu’il s’agit de tirer quelque profit d’une situation troublée.

Même s’il se veut un surhomme, car « l’esprit guerrier du dieu Odin bat dans sa poitrine », Stefano se révèle surtout banalement humain dans ses actes et dans son aveuglement. Supposé maître de son destin, il ne fait que répondre aux pulsions violentes qui l’animent et aux stimuli provoqués par des forces occultes engagés dans un jeu de dupes, où seul compte la préservation des intérêts d’une oligarchie obsédée par sa lutte contre le communisme. De quoi entraîner le basculement de l’extrême-gauche vers le terrorisme, comme en témoigne la suite des événements.

Roman salutaire et un tantinet lyrique, soulignant les jeux troubles de la politique et le chemin sinueux suivi par la démocratie italienne pendant les années de plomb, Les Noirs et les Rouges montre aussi que la violence se suffit à elle-même, ne provoquant au final que sa propre extinction. Bref, voici une réussite qui rejoint illico ma bibliothèque idéale, en dépit peut-être de quelques longueurs, vite oubliées.

Les Noirs et les Rouges (La Legge dell’ odio, 2012) de Alberto Garlini – Réédition Folio/policier, janvier 2017 (roman traduit de l’italien par Vincent Raynaud)

Un amour d’outremonde

pulp-o-mizer_cover_imageCeci est ma quatrième (déjà ?) contribution au défi Lunes d’encre. Tout est foutu !

Paru il y a quelques années dans la collection dirigée par Gilles Dumay chez Denoël, Un amour d’outremonde ne paie pas de mine. Illustration de couverture dans des tons bleutés tirant sur le violet, où on distingue un dessous de pont encombré d’un bric à brac bon à jeter. Bandeau rouge tape-à-l’œil figurant une accroche putassière, je cite : Kurt Cobain, body-snatchers, sex, drugs & rock’n’roll. Pas vraiment de quoi céder à la compulsion. Et pourtant… Le roman de Tommaso Pincio, le Thomas Pynchon transalpin, mérite bien plus qu’un froncement de sourcil.

Œuvre ambitieuse, décalée, oscillant sans cesse entre le drame – ce qu’elle est au final – et la comédie – dans le genre douce dinguerie –, Un amour d’outremonde revisite un mythe moderne : celui de Kurt Cobain. Un peu à la manière de Michele Mari – on va finir par croire que les auteurs italiens aiment batifoler avec la culture de masse et ses hérauts –, Tommaso Pincio nous raconte de l’intérieur, l’enfance, les errements de l’adolescence, puis la mort du chanteur de Nirvana. Peu de faits en rapport avec sa carrière musicale. Tout au plus, trouve-t-on quelques dates, quelques allusions à des tournées et à des albums, mais pas davantage. La réalité officielle des événements n’intéresse pas Tommaso Pincio, pas plus que la divulgation des secrets d’alcôve. L’auteur italien leur préfère la fantasia de l’imaginaire et les fulgurances poétiques.

« Dans ce roman, les personnes, les événements et les lieux ne correspondent en aucun cas à des personnes et à des événements du monde réel. La vérité biographique n’existe pas, et même si elle existait, nous ne saurions qu’en faire. »

À bien des égards, on pourrait surnommer le livre de Tommaso Pincio dans la tête de Kurt Cobain, tant le chanteur de Nirvana, auquel le roman est dédicacé, hante ses pages. Une présence éthérée, même s’il intervient en chair et en os au cours de l’histoire. L’intrigue est d’ailleurs assez difficilement racontable, Homer B. Alienson, son narrateur, contribuant à en flouter les contours. Confession intime, délire de drogué ou banale affabulation d’un solitaire névrosé, on hésite à qualifier son propos.

Homer nous dévoile son enfance, balloté entre père et mère, sa passion pour les jouets de science-fiction, dont il tire un revenu arrivé à l’âge adulte, en les revendant à d’autres inadaptés sociaux. Il nous confie ses névroses, en particulier sa peur panique de devenir différent, remplacé par un extra-terrestre pendant son sommeil, une frayeur provoquant une insomnie de dix-huit années. Il nous fait part enfin de sa rencontre avec Kurt, sous un pont pendant la nuit, prélude à une longue amitié, et à un « arrangement » avec la vie destructeur.

Et peu à peu, les trajectoires de Homer Boda Alienson et de Kurt Cobain se fondent dans un même destin. On s’interroge. Est-ce Boda qui parle ou Kurt ? Boda est-il réel ? Confus, on avance des hypothèses. On spécule. Peine perdue. Mieux vaut se laisser porter.

Au-delà des réponses à ces questions, Un amour d’outremonde dresse le portrait douloureux d’un inadapté social, un écorché vif, en quête d’amour. Une communion réciproque, totale, sans aucune arrière-pensée. On est immergé dans son esprit, dans ses obsessions et ses addictions. Sur ce dernier point, à l’instar de Substance mort de Philip K. Dick, le roman de Pincio décrit de manière bien plus convaincante que bon nombre de campagnes contre la drogue, les méfaits des substances stupéfiantes.

Mais surtout, on est troublé par l’acuité du style de l’auteur, par le regard de Boda/Kurt sur le monde, empreint de détresse, d’absolu et de folie.

Bref, on reste longtemps hanté par ce roman qui, une fois la dernière page tournée, nous laisse épuisé, entre éblouissement et tristesse. Et même si rien n’est vraiment réel, Un amour d’outremonde apparaît comme bien plus authentique et sincère que bon nombre d’ouvrages documentés consacrés à Kurt Cobain et au mouvement grunge.

amour-doutremondeUn amour d’outremonde (Un amor dell’atro mondo, 2002) de Tommaso Pincio – Éditions Denoël, collection Lunes d’encre, 2003 (roman traduit de l’italien par Eric Vial)

Anthracite

L’œuvre de l’auteur italien Valerio Evangelisti démontre, s’il est encore utile de le faire, que les frontières entre les genres très codifiés que sont le roman policier, la science-fiction et le fantastique, sont finalement très perméables. Le personnage récurrent de Pantera apporte une preuve supplémentaire de ce glissement, voire de ce mélange que n’auront pas manqué de remarquer par ailleurs, les lecteurs assidus de l’inquisiteur Eymerich, autre créature d’Evangelisti.

Pantera apparaît pour la première fois dans une nouvelle éponyme au sommaire du recueil Métal hurlant. Nous y faisons connaissance du personnage, un métis afro-mexicain, à la fois pistolero et palero, c’est-à-dire un magicien vaudou. Pantera est à peine plus sympathique que l’inquisiteur dominicain. Tout au plus, entre deux exécutions d’un rare sadisme, discerne-t-on chez lui un vague sentiment de compassion pour les victimes des diverses brutes et profiteurs qu’il côtoie. Chargé par les bourgeois d’une petite ville d’exorciser une horde sauvage d’outlaws fantômes, Pantera découvre les dessous glauques de cette cité du Far-West.
Puis, dans le roman
Black Flag, on le retrouve en train de chasser Koger, un homme-loup, vers la fin de la guerre civile américaine. Trahi par ses employeurs, Pantera cherche refuge auprès d’une troupe d’irréguliers sudistes, commandée par les frères James et un anarcho-individualiste (d’où la couleur de la bannière qu’ils arborent). Mais, ce récit ne constitue qu’une des trois lignes temporelles d’un collage emmenant également le lecteur immédiatement après le 11 septembre 2001 et vers l’An 3000. Ces deux textes font donc la part belle au fantastique et à la science-fiction. Et si Evangelisti aborde les zones d’ombre de l’Histoire des États-Unis, Pantera délaisse ses colts au profit de la psychologie et des sortilèges vaudous.
Avec
Anthracite, l’auteur italien s’affranchit très nettement de ces codes étrangers à l’univers du polar. Les sorts et gris-gris sont remisés en arrière-plan. Place à la description d’une lutte sociale et politique, une lutte des classes sournoise et sans merci. Un combat perdu d’avance…

La première question qui vient à l’esprit lorsque l’on découvre Anthracite, c’est de savoir si le roman peut se lire indépendamment des aventures précédentes de Pantera. A vrai dire si les allusions à Black flag ne manquent pas, elles ne constituent aucunement une gêne à la compréhension de l’intrigue.
On retrouve évidemment la thématique majeure de l’auteur, cette violence inhérente à l’espèce humaine qui conduit les hommes à s’entredéchirer au lieu de s’unir, faisant par là même le bonheur de ceux qui les exploitent. Ici ce thème est transposé dans un univers qui emprunte au meilleur du western spaghetti – visionnez Django et consorts pour vous faire une idée de l’ambiance – tout en faisant clairement référence au roman noir.

L’argument initial laisse penser que le sujet du roman va se focaliser exclusivement sur l’épisode sanglant des Molly Maguires. En effet, Pantera est engagé, à l’instigation d’une ancienne amie prostituée, par les Molly afin de démasquer et d’abattre le traître qui se cache en leur sein (on pense aussi au film de Martin Ritt). Rapidement, il s’avère que le propos de Valerio Evangelisti dépasse ce cadre très restreint.
En fait, l’auteur nous convie à reconsidérer le rêve américain. Il nous ouvre les yeux sur les forces sociales et politiques antagonistes qui ont façonné les États-Unis. A l’instar de l’historien états-unien
Howard Zinn (dont je recommande vivement la lecture d’Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours) mais avec un pessimisme cynique, il nous invite à une relecture de l’Histoire états-unienne dépouillée de ces artifices mythiques. Car si les États-Unis sont une nation, ils sont également une narration, figée sur le celluloïd des pellicules cinématographiques (visionnez The Birth of the Nation de D. W. Griffith pour vous en convaincre). Car si les États-Unis ont une Histoire, ils sont surtout une multitude d’histoires, devenues plus ou moins légendaires. Vous connaissez sans doute la réplique : « lorsque la légende devient un fait établi, on imprime la légende. »

Aussi le regard de Valerio Evangelisti est-il formateur. Il incite à remettre en perspective nos représentations sur les États-Unis à la lumière d’autres sources. C’est une expérience enrichissante, à la condition de supporter l’artifice de la magie qui permet à Pantera de se retrouver au cœur de l’affrontement social et politique, des deux côtés à la fois, et ceci sans coup férir. Il faut également faire abstraction d’une intrigue très ample qui à force de multiplier les détours et les divers points de vue, a tendance à égarer le lecteur et à ralentir sévèrement le rythme. Fort heureusement, Valerio Evangelisti retombe sur ses pieds avec un dénouement implacable. Celui imprimé par les vainqueurs mais pas que sur le papier.

anthraciteAnthracite de Valerio Evangelisti – Réédition rivages/noir, 2008 (roman traduit de l’italien par Jacques Barbéri)

Manituana

1775, Mohawk Valley. Tribus iroquoises et colons européens vivent paisiblement, récoltant les fruits d’un métissage culturel et biologique harmonieux. Pourtant, l’équilibre reste fragile car la cupidité, l’appât du gain et la volonté de domination minent les acquis chèrement payés par les uns et les autres durant la guerre contre les Français. Les nuages de la tempête à venir s’amoncèlent déjà à l’Est dans les établissements du littoral. Un vent de liberté souffle, irrésistible. Il ne tardera pas à balayer l’Iroquirlande, bouleversant les amitiés toutes fraîches, les liens familiaux et les coutumes ancestrales.

« Deux tribus se disputaient la Terre. L’une habitait au nord du Saint-Laurent, l’autre au sud. Le Maître de la Vie, attristé par cette guerre, décida de descendre du ciel avec un mystérieux bagage. Le Maître de la Vie déroula la couverture et dedans il y avait une terre de délices, créée pour que tous y vivent dans l’abondance et qu’il n’y ait plus de motifs de combattre. Il posa le cadeau sur les eaux du Saint-Laurent, à égale distance des deux berges, et invita les hommes à s’y établir. Pendant de longues années, le peuple du Sud et le peuple du Nord vécurent en paix sur Manituana. Pour se parler, ils mélangèrent leurs langues, de sorte qu’aucune incompréhension ne puisse surgir. Les premiers enfants naquirent et beaucoup d’entre eux avaient leur père d’un peuple et leur mère de l’autre. Chaque famille voulait que les descendants apprennent d’abord la langue et les habitudes des aïeux. Ainsi, tandis que les fils grandissaient et parlaient la langue bâtarde qui n’était maternelle pour personne, les gens du Nord et ceux du Sud recommencèrent à se haïr. Ceux du Sud retournèrent dans le Sud et ceux du Nord dans le Nord. Seuls les enfants qui n’étaient d’aucun peuple restèrent sur Manituana, tandis que leurs parents se préparaient à combattre, pour décider qui d’entre eux garderait l’île. »

Roman choral né des œuvres collectives de cinq auteurs italiens [1], Manituana délaisse le récit de la naissance d’une nation pour se concentrer sur son avortement. Des terres sauvages d’Amérique du Nord aux banlieues surpeuplées de Londres, des premières échauffourées entre patriotes et loyalistes à l’insurrection générale, puis à cette guerre pudiquement nommée d’indépendance, Wu Ming adopte le point de vue des vrais perdants du conflit : les Amérindiens.

À l’instar de Valerio Evangelisti [2], de Sergio Leone ou de Howard Zinn [3], le collectif italien nous narre ainsi une version démythifiée de l’histoire des États-Unis. La guerre d’Indépendance américaine apparaît ici débarrassée de son imagerie édifiante – pour ne pas dire pieuse – et de ses épisodes glorieux. Ce conflit, officiellement mené pour défendre la liberté, le droit à la vie et au bonheur contre le despotisme, se révèle finalement un choc des civilisations visant à la domination, une lutte des classes pérennisant les inégalités sociales et une guerre civile divisant les communautés jusque dans leurs familles et leurs chairs.

Récit d’aventure dénué de toute grandiloquence épique, Manituana ne manque toutefois pas de souffle. Les auteurs nous immergent sans transition au cœur du XVIIIe siècle, nous baladent des forêts d’Amérique du Nord aux salons de l’aristocratie en passant par les bas-fonds de l’East-End londonien. La richesse de la documentation rassemblée pour faire vivre ces lieux n’alourdit à aucun moment l’intrigue avec des détails superflus. D’une manière similaire, la variété des registres de langage fascine, même lorsque le collectif Wu Ming se permet quelques libertés avec la réalité historique, en empruntant à Anthony Burgess les tournures argotiques de son roman L’Orange mécanique. Les descriptions des combats impressionnent par leur brièveté, leur scénographie quasi-cinématographique et leur sauvagerie primitive. Les scènes de cour à Londres brillent par leur drôlerie et tournent en ridicule, à la manière des contes philosophiques, les us et coutumes de l’aristocratie anglaise.

Par ailleurs, on s’attache au destin de personnages résolument humains, taraudés par le doute, animés par l’espoir de lutter pour une juste cause et en proie aux états d’âme de leur conscience. Joseph Brant Thayendanega, l’interprète indien, devenu chef de guerre et porte-parole de son peuple, Philip Lacroix, dit le Grand Diable, guerrier redouté et lecteur de Shakespeare et des philosophes des Lumières, Peter, le jeune métis et sa sœur Esther, tous s’éloignent des stéréotypes du roman-feuilleton. Ils prennent vie, fait et cause dans un combat que l’on sait perdu d’avance. Heureusement, Wu Ming nous épargne toute compassion complaisante en nous livrant un portrait nuancé et digne de chacun des personnages, et évite également l’écueil de l’angélisme.

Paradoxalement utopique et lucide, à la fois digne et mélancolique, Manituana nous convainc sans peine : la mémoire des vaincus porte davantage d’espoir pour l’avenir que l’histoire écrite par les vainqueurs. Un monde meurt, cédant la place à un nouveau, et Wu Ming nous offre un livre généreux et politique dans la meilleure acception du terme.

« Mon nom est personne ou Wu Ming,
refaire le monde en le racontant. »

[1] Issu en partie du collectif Luther Blissett, à qui l’on doit notamment L’Oeil de Carafa, paru au Seuil, Wu Ming fédère cinq écrivains italiens rejetant le système de l’auteur-star. Activistes politiques pratiquant la « contre-information homéopathique », artistes protéiformes et théoriciens de la mythopoïèse (création des mythes), de la culture pop ou du copyleft (gratuité de la culture), les auteurs de Wu Ming démontrent que liberté et intelligence ne sont pas des vains mots. Plus d’informations ici.
Notons au passage que lorsqu’un membre du collectif signe seul un titre, le pseudonyme Wu Ming est suivi d’un numéro. On peut lire une chronique de Guerre aux humains ici.

[2] Pour se faire une idée, on peut lire Anthracite et Nous ne sommes rien, soyons tout !

[3] Recommandons la lecture d’Une histoire populaire des États-Unis dont vient de paraître une adaptation sous la forme d’un roman graphique intitulé Une histoire populaire de l’Empire américain.

ManituanaManituana (Manituana) de Wu Ming – Éditions Métailié, août 2009 (roman traduit de l’italien par Serge Quadruppani)

L’étoile du matin

« Pour moi, j’estime heureux ceux à qui les dieux ont accordé le don, ou de faire des choses dignes d’être écrites, ou d’en écrire de dignes d’être lues ; et plus heureux encore ceux qu’ils ont favorisés de ce double avantage. »
Pline Le Jeune, Lettres

Issu des rangs du collectif Wu Ming, Wu Ming 4 (aka Federico Guglielmi)  nous amène loin, très loin avec L’étoile du Matin. Plus précisément au lendemain de la der des der. Avec ce roman paru en 2008 chez nos cousins transalpins, il nous convainc sans peine du pouvoir de l’écriture, pouvoir amplement supérieur à toute autre création humaine.

Quid de l’intrigue ?
Sans la déflorer outre mesure, nous dirons que L’étoile du Matin se déroule au lendemain de la Première Guerre mondiale, conflit dévastateur s’il en est, vaste laboratoire à ciel ouvert des nouvelles technologies de destruction massive. Une fracture indépassable dans l’imaginaire occidental.
Dans ce cadre, entre 1919 et 1920, nous suivons trois figures réelles de la littérature britannique : C. S. Lewis, auteur des « Chroniques de Narnia », J. R. R. Tolkien, père du Seigneur des Anneaux et Robert Graves, poète et auteur de plusieurs essais sur la mythologie, en particulier grecque. Un trio d’anciens combattants aux prises avec des souvenirs traumatisants dont ils ne parviennent pas à se dépêtrer.

« Des projectiles fusent dans l’air, ils carbonisent l’herbe et les fleurs de l’été naissant, ils brûlent les arbres, déjà tordus et squelettiques, des os brisés qui émergent de la terre. Le monde se noircit, recouvert de vapeurs qui aveuglent et suffoquent. De gigantesques dragons de fumée et des lapilli se dressent pour happer les hommes. Des gerbes de flammes et des coups de pattes déchiquettent le terrain, creusent des empreintes profondes comme des gouffres. Le métal se transforme en une pluie ardente d’éclats qui réfléchissent la lumière sur le visage blafard des morts. Le fil barbelé griffe les jambes, il empêche le retrait, laisse les hommes à la merci de la morsure vénéneuse d’une mitraillette. »

Pour les trois survivants, rien ne sera plus jamais comme avant. Ils n’ont guère de salut à espérer d’un quotidien hanté par les visions barbares des combats et les visages de leurs compagnons défunts.
Graves a regagné sa demeure dans son Arcadie oxfordienne, renouant avec la vie de couple. Pas question d’évoquer la guerre avec son épouse Nancy, féministe militante. C’est de l’avenir qu’elle souhaite parler. Un avenir forcément meilleur, compte tenu des perspectives ouvertes par la révolution en Russie.
Pour Tolkien, quelque chose s’est brisé sur les champs de bataille du Nord de la France. L’étincelle vitale qui avait séduit sa femme Édith semble être éteinte. Il porte désormais le deuil de ses camarades, de leur complicité d’antan et ses contes perdus prennent la poussière dans le tiroir où il a remisé ses cahiers.
C. S. Lewis vit aussi avec ses propres cauchemars. Une longue liste de tueries et un nom : Paddy. Il a juré à ce compagnon d’infortune de s’occuper de sa mère et de sa sœur s’il venait à mourir. Ce serment le conduit à mener une double vie, harcelé par la culpabilité et le péché.

« Que cela nous plaise ou non, nous marchons tournés vers l’arrière. Un archéologue transforme les mythes en réalité historique. Un philologue peut nous rendre la grandeur poétique des antiques. Qui reconstruit des mondes perdus est capable d’en imaginer de nouveaux. C’est à nous de choisir comment utiliser la petite force créatrice que nous avons reçues, c’est ce que Lawrence a fait. »

Point focal de ces trois itinéraires, T. E. Lawrence apparaît comme le nœud autour duquel se noue et se dénoue le fil des existences de Graves, Tolkien et Lewis. Mais l’homme est-il conforme à la légende que d’aucuns, à l’instar de l’Américain Lowell Thomas, voudraient imprimer ?
Le héros de la Grande guerre dont le portrait et les photos ornent les articles des journaux, l’ami des Arabes dont les propos alimentent la controverse sur la question du Moyen-Orient, n’apparaît pas comme un homme, mais bien comme la somme de multiples représentations.
Sur le bonhomme, les points de vue du trio oscillent entre admiration et ressentiment. Pour Graves, Lawrence est un compagnon d’armes, un mythe incarné pour lequel il nourrit une passion virile presque amoureuse, provoquant la jalousie de son épouse.
Pour C. S. Lewis, il apparaît comme le reflet de son double jeu et de sa frustration. En Lawrence, il retrouve ainsi tout ce qu’il déteste dans sa propre personne. Un ressentiment le poussant à le démasquer pour faire descendre la figure légendaire de son piédestal.
Tolkien croit reconnaitre dans le héros britannique comme un écho de Turin Turambar, maître de son destin et cause de sa propre ruine.
Et puis, il y a le point de vue de Lawrence sur lui-même. Invité à rédiger ses mémoires de guerre, les futurs Sept Piliers de la sagesse, il hésite, chipote, tiraillé entre des sentiments contradictoires. L’homme se dévoile dans toute sa complexité. Blessé autant dans sa chair que dans son esprit, étouffé par le costume beaucoup trop large qu’on est en train de lui tailler, il se remémore ses actes passés et la trahison de ses promesses. Mais son destin lui échappe, il ne peut s’y dérober.

« C’est le destin des héros ; des individus capables de se refléter dans les flaques de sang ennemies et de prendre la pose pour un poème, ou pour une photo, devant les décombres de Troie ou de Jérusalem. (…)
Peu d’entre-eux meurent complètement, il suffit de souffler sur les cendres pour trouver des braises encore chaudes et faire revivre la flamme. »

Cette flamme sombre et ardente anime le devenir de Graves, Tolkien et Lewis. Elle éclaire leur quête de l’étoile du matin, l’astre qui montre la voie et la fin de la longue nuit. Vénus, Lucifer, El Urens, Eärendel, peu importe son nom.
Mêlant faits attestés et fiction, Wu Ming 4 réécrit ainsi le mythe de Lawrence d’Arabie. Il en façonne la matière, et en le racontant, il le transforme. En inventeur de monde, en affabulateur, il fait œuvre de démiurge, opposant l’acte de création à celui de destruction.

« les mots donnent du sens aux choses. Utiliser un langage revient à construire un monde. »

Car en arrière-plan se profile le XXe. Un siècle mécanique et industriel, point culminant du règne des idéologies. Irlande, Inde et Proche-Orient résonnent déjà du fracas des révoltes et les guerres civiles ébranlent les puissances coloniales affaiblies. La matrice des conflits futurs est aussi forgée à cette occasion à Versailles, Saint-Germain-en-Laye et Sèvres. Et le rêve humaniste, l’idéalisme semblent ramenés par la géopolitique à la réalité cruelle. L’Histoire s’écrit sur le cadavre des vaincus, les figures légendaires se contentant d’en gommer la froide logique.

« Il n’avait pas trouvé de meilleur moyen pour dompter les monstres que de les transformer en créatures de fables, à placer de l’autre côté du miroir, au royaume des fées. Le pouvoir mystérieux de la langue le lui permettait, la force évocatrice ancestrale. Le mystère des mots. »

À l’instar de Tolkien, Wu Ming 4 exorcise le monde en transformant les êtres de chair et de sang en créatures mythiques. Mais, il n’oublie pas que le mythe peut conduire aussi à l’aveuglement et justifier l’éternel recommencement.

« Il sortit quelque chose du tiroir du bureau, se leva et alla contrôler son image dans le miroir accroché au mur. Il regarda ces yeux petits et rusés, enchâssés dans un visage tordu, de crapaud. Il épousseta un peu de cendre tombée sur son costume rayé et enfila l’anneau à son doigt d’un geste nerveux.
Nous ferons de grandes choses lui et moi, Eddie.
J’en suis sûr.
Churchill acquiesça encore devant son double.
Je suis prêt. Faisons-le entrer. »

Etoile_matinL’étoile du matin (Stella del mattino) de Wu Ming 4 – Éditions Métailié, Bibliothèque italienne, octobre 2012 (roman traduit de l’italien par Leila Pailhes)

Guernica

Né à Parme en 1960, Carlo Lucarelli vit près de Bologne. Il a publié de nombreux romans dont Phalange armée et Le jour du loup, tous deux parus en Série Noire. Il est aussi auteur de comédies, metteur en scène de vidéo-clips, scénariste de bandes dessinées, chroniqueur de romans noirs, et cofondateur du « Groupe 13 », qui réunit quelques-uns des meilleurs écrivains de romans noirs italiens.
L’histoire récente de l’Italie, en particulier la période mussolinienne et post-mussolinienne, lui a inspiré de nombreux titres. Lucarelli aborde cette époque, notamment dans trois romans, par l’intermédiaire d’un personnage récurrent et amoral, le flic De Luca. Jadis efficace rouage de la machine fasciste, le bougre œuvre désormais dans la police d’un pays libéré, sans savoir s’il devra payer pour ses crimes passés. La sobriété du style de Lucarelli et sa faculté à cerner simplement les comportements humains se montrent frappantes. Elles se conjuguent avec bonheur avec sa grande connaissance des milieux policiers, de leurs procédures et hiérarchies.
Pour revenir à Guernica, le livre nous plonge dans ce passé mussolinien dont l’auteur s’est fait un explorateur. Plus précisément, il revient sur la participation de l’Italie dans le conflit espagnol, utilisant une petite histoire comme révélateur de la Grande. Le roman se révèle en effet le récit picaresque du périple de Filippo Stella et du capitaine Degli’Innocenti (un État-civil prédestiné) à la recherche de leur ami-camarade-mort. Mais voilà, le cadavre de l’ami-camarade qu’on leur présente n’est pas le bon. Ne reste plus qu’à notre duo à se sortir vivant du guêpier où il s’est fourré. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que les périls sont légion dans cette Espagne en proie au désordre, au pillage et à la barbarie. Ce voyage au bout de l’enfer leur permettra de rencontrer quelques spécimens peu ragoûtants de l’espèce humaine et, des célébrités avinées, en particulier un certain Ernest Hemingway. Il les mènera tout naturellement à Guernica, lieu de sinistre mémoire de la guerre d’Espagne.

Un officier allemand : « C’est vous qui avez fait Guernica ? »
Pablo Picasso : « Non, c’est vous. »

L’Histoire recèle d’une multitude d’angles morts qui permettent à la littérature d’approcher, un tant soit peu, cette notion insaisissable que l’on appelle avec un air accablé, la nature humaine. Bien souvent, cette mémoire des vaincus, pour paraphraser le titre d’un roman de Michel Ragon, se révèle beaucoup plus proche de la vérité que le compte rendu stéréotypé des lendemains qui chantent, quelle que soit la chapelle sous laquelle se rangent ses laudateurs. Car bien souvent, le malheur et le désespoir révèlent l’humain.
La guerre d’Espagne appartient à ces événements oubliés dans un angle mort de l’Histoire. Si l’on cherche un peu – pas longtemps, je vous rassure -, on peut rapidement établir une liste de titres ayant abordé le sujet. Des livres écrits par des témoins ou des contemporains comme l’incontournable Hommage à la Catalogne de George Orwell, le méconnu Ceux de Barcelone de Hanns-Erich Kaminsky, le pamphlet Les Grands cimetières sous la Lune de Georges Bernanos (qui prouve que l’on peut être catholique de Droite et honnête homme), l’officiel L’espoir de l’aventurier saltimbanque André Malraux (je recommande surtout la lecture de la première partie), le romancé L’adieu aux armes de Hemingway et bien d’autres titres que j’oublie… Et puis, des romans plus contemporains dont beaucoup, comme par hasard, lorgnent vers le polar ou la mémoire. Inutile de vous citer quelques titres… non ? Si ? Allez, je ne peux résister, en voici quelques-uns piochés à la louche dans ma mémoire : Les Soldats de Salamine de Javier Cercas (indispensable !), Belleville-Barcelone de Patrick Pécherot, Une Charrette pleine d’étoiles de F.H. Fajardie, Moi, Franco de Manuel Vãzquez Montalbãn et puis Carlo Lucarelli

Avec Guernica, l’auteur italien relate sur un mode tragi-comique le périple absurde à travers l’Espagne d’un don Quichotte italien, ami personnel du comte Ciano, débarqué de son Italie natale dans l’uniforme rutilant des Bersagliers afin d’honorer, pour une femme, la mémoire de son ami d’enfance, et un Sancho Pança d’importation, rustre par nature, revenu de tout, obsédé par les prostitués, l’argent et essentiellement attaché à sa survie personnelle. Entre le candide idéaliste et la brute se noue pourtant une de ces relations fortes dictées par les circonstances exceptionnelles de la guerre.
Au lieu de nous narrer une énième variation sur ce qu’aurait pu être l’Histoire si la bassesse et la trahison ne s’en étaient pas mêlées, Lucarelli nous immerge dans le quotidien de l’humanité depuis qu’elle est entrée dans l’Histoire. Un quotidien bien plus prosaïque que le récit quasi-hagiographique des chroniques historiques et autres joyeusetés avec Majuscules. Un quotidien en temps de guerre, agrémenté ici d’une pincée de surréalisme.

Bref, voici un roman noir à l’humour grinçant, détaché des poncifs du manichéisme militant et tenant peut-être plus de la fable, et dépourvu de la prétention à asséner une quelconque morale lénifiante. Chaudement recommandé par mézigue.

« Où étions-nous ? Dans l’Espagne rouge ou dans la noire… en Castille, en Navarre ou en Andalousie… au Pays basque… à Guernica ? Où étions-nous, mon capitaine et moi ? Je ne le savais plus. »

Guernica

Guernica de Carlo lucarelli – Gallimard/La noire, 1998 (roman traduit de l’italien par Arlette Lauterbach)