2020 passe la main

Comme l’année dernière, dressons la liste des livres dont il convient de chanter les louanges. Pas trop fort quand même car je n’ai guère le rythme dans la peau. Une liste d’incontournables en quelque sorte, éminemment subjective mais de bon goût, je l’espère, histoire d’oublier une future année 2021 ne s’engageant pas sous les meilleures auspices.

Chez yossarian, on a un peu moins lu et chroniqué en 2020, mais on n’a pas eu de mal  à trouver 10 titres et un bonus. Ouf ! A défaut de quantité, optons pour la qualité en nous concentrant sur la substantifique moëlle comme disait l’autre. Dans le désordre, voici donc un courte liste d’ouvrages à lire d’ici la fin de l’année, ou du moins d’ici à la fin du monde. Dépêchez-vous, on ne sait pas ce que nous réserve 2021 !

L’Exilé de Erik Kriek. Avis aux amateurs de bande dessinées et de sagas scandinaves, cette histoire est faite pour vous. Bichromie oscillant entre le rouge sanguin et le gris métallique, contrastes appuyés pour faire ressortir l’âpreté des physionomies et la majesté sauvage des paysages, Erik Kriek ne ménage pas son trait pour étoffer ce récit tragique d’une touche de vraisemblance historique bienvenue. Voici sans aucun doute l’un de mes coups de cœur de l’année.

Le Bikini de diamants de Charles Williams. Avec l’oncle Sagamore, on ne s’ennuie jamais. La réédition du classique de l’auteur américain, dans une traduction non caviardée et rafraîchie, ne déçoit pas. Indépassable en matière d’humour potache et d’ironie bouffonne, Le Bikini de diamants (jadis titré Fantasia chez les ploucs) reste un moment de lecture jubilatoire.

 

Un long voyage de Claire Duvivier. Ce premier roman de la cofondatrice des éditions Asphalte mêle la Grande et la petite histoire, l’universel et l’intime, avec l’art et la manière de la fantasy, non sans subtilité et une certaine éthique. Bref,  on est curieux de découvrir le prochain roman de Claire Duvivier, un titre s’inscrivant dans un projet à quatre mains pour le moins original.

 

La chance vous sourit de Adam Johnson. Ce n’est un secret pour personne, je suis un grand fan de l’auteur américain. Primé pour son roman La vie volée de Jun Do, il est également excellent dans la forme courte, comme en témoigne ce recueil qui flirte avec l’indicible et la part irrationnelle de l’esprit humain. Ruez-vous sur ce recueil indispensable, si cela n’est pas déjà fait. ET PLUS VITE QUE ÇA ! L’injonction vous est offerte gracieusement.

 

Au temps des Vikings de Anders Winroth. Érudit, passionnant et relativement exhaustif, l’essai de ce spécialiste en histoire médiévale permet de dresser un tableau moins caricatural du monde scandinave au temps des Vikings. Dans une langue limpide puisant son information au meilleur des sources disponibles, l’ouvrage se révèle une lecture précieuse, s’efforçant de faire revivre une civilisation complexe, forgée autour des halles-maisons bâties auprès des forêts et fjords. Incontournable !

L’infinie patience des oiseaux de David Malouf. Écrit d’une plume imagée, dont on se surprend à relire plusieurs fois les phrases pour en goûter les fulgurances stylistiques et ainsi en faire durer les moments de grâce, L’infinie patience des oiseaux se révèle à la fois d’une profonde tristesse et d’une vitalité ensorcelante. En dépit de l’âpreté de la guerre qu’il décrit sobrement, pour en révéler la violence intrinsèque et l’inanité fondamentale, David Malouf enracine son récit dans l’immanence de l’instant qui ne dure que dans la mémoire.

Mictlán de Sébastien Rutès. Un semi-remorque taille sa route dans le no man’s land mexicain. En dépit d’une intrigue tenant sur un timbre poste, Mictlán pousse le lecteur dans ses ultimes retranchements, bousculant les certitudes au rythme d’une prose obsédante et d’un road novel hanté par la mort, la culpabilité et l’absurdité de l’existence. Une incantation hallucinée magistrale, pas moins.

 

Révolution I. Liberté de Florent Grouazel et Younn Loucard. Si vous n’avez pas encore compris que j’appréciais l’Histoire, vous n’êtes pas un lecteur assidu de ce blog. Il y a du Eric Vuillard chez ces deux auteurs. Documenté, recelant une foultitude de détails truculents et authentiques, d’anecdotes paillardes et gaillardes, animé d’une gouaille réjouissante, enrichie par le trait nerveux de Florent Grouazel, « Liberté » est un must-read, une réussite justement récompensée par le Fauve d’Or du meilleur album à Angoulême.

Au-delà du gouffre de Peter Watts. Avec l’auteur canadien, l’extension du domaine des possibles n’est guère plaisant à découvrir. Il nous confronte à notre condition de créature organique, guidée par des impératifs biologiques rendant la notion philosophique de libre-arbitre définitivement obsolète et absurde. Il nous pousse en tête à tête avec la machine molle imparfaite qui nous définit et nous pousse à agir. Si l’on n’aime pas les avenirs ambigus, peut-être vaut-il mieux éviter de se pencher sur notre présent.

La Loterie (d’après Shirley Jackson) de Miles Hyman. Tiré de la nouvelle de Shirley JacksonLa Loterie retranscrit de manière très graphique le texte glaçant de l’autrice américaine. Bien connu pour sa collaboration sur les adaptations de Ellroy (Le Dahlia Noir) et Thompson (Nuit de Fureur) mais aussi pour ses illustrations, j’ai encore le souvenir de ses couvertures pour la série « Le poulpe », Miles Hyman rend ici un hommage respectueux à la nouvelle de sa grand-mère.

En bonus, un beau livre : La Guerre uchronique de Fritz Leiber. Publiée chez Mnémos, cette intégrale rassemble The Big Time (réédité sous le titre L’Hyper-Temps), le court roman No Great Magic et six nouvelles directement liées à l’affrontement entre les Araignées et les Serpents. Huit autres textes viennent s’ajouter à ce corpus, selon une parenté plus ou moins lointaine avec les thèmes de la Guerre uchronique. Voici un très bel ouvrage dont on se plaît à (re)découvrir le foisonnement impressionniste et les nuances érudites avec un plaisir non feint. Une véritable toile de maître, pour reprendre le titre de l’étude de Timothée Rey, maître d’œuvre respectueux d’un classique de la Science-fiction.

10 livres incontournables de la SFFF du XXIe siècle

La période estivale étant propice à l’oisiveté, inactivité dont je suis coutumier du fait de ma profession dit-on (ne cherchez pas le paradoxe), je cède bien volontiers au virus* qui circule actuellement dans la blogosphère (ou le blogocosme, je ne sais plus), accouchant non sans douleur d’une liste d’incontournables à lire (ou pas) cet été. Avec deux contraintes à respecter : seulement des titres de science-fiction, fantasy et fantastique, aucune publication antérieure à l’an 2000. Ouch ! Dans la douleur, on vous dit.

(*Mon petit doigt me souffle que le patient 0 serait l’hôte du blog Nevertwhere.)

Envoyons le générique…

Logo réalisé par Anne-Laure du blog Chut Maman lit !

  • Le Sens du Vent, Iain M. Banks. Bien des titres de l’auteur britannique devraient figurer dans cette liste. Aujourd’hui, j’opte pour ce roman en raison de l’émotion qu’il me procure à chaque lecture. De quoi confirmer que la SF est bien une émotion.
  • Le Fleuve des dieux, Ian McDonald. Le futur d’une Inde cosmopolite où se côtoient la technologie débridée et la tradition millénaire, sur fond de castes et d’I.A. Ceci confirme bien que la SF naît de l’altérité.
  • Rêves de Gloire, Roland C. Wagner. Et si ? La SF et l’uchronie partagent le même questionnement, spéculant pour l’un sur l’avenir et pour l’autre sur le passé. Mais dans les deux cas, il s’agit bien d’établir un dialogue avec le présent. Avec ce roman, le regretté Roland C. Wagner a sans doute écrit son oeuvre majeure, prouvant par la même occasion que la SF reste ouverte à tous les possibles.
  • Plus fort que l’éclair/Sept Redditions, Ada Palmer. L’avenir de la Terre, à l’heure de la révolution des transports, de la fin des nations (mais pas de l’histoire) et de la recomposition de la famille. Avec cette utopie ambiguë, Ada Palmer prouve ainsi que la SF est une expérience de pensée philosophique.
  • Anamnèse de Lady Star, L.L Kloetzner. Fascinante enquête autour de l’événement cataclysmique du Satori, le roman de Laure et Laurent Kloetzner dresse le portrait d’un futur tout en nuance et mystère. Quand la SF se pique de métaphysique…
  • La Fille-flûte et autres fragments de futur brisés, Paolo Bacigalupi. Auscultation du présent à l’aune de ses évolutions futures, le recueil de l’auteur américain dresse en dix textes le portrait d’une humanité condamnée à muer pour survivre. La SF bat au cœur de la nouvelle, je ne cesse de le dire.
  • Au-delà du Gouffre, Peter Watts. Avec l’auteur canadien, l’avenir ne frappe pas à notre porte, il la défonce. En seize textes, on découvre les différentes nuances de noir d’un univers à nul autre pareil, bien moins pessimiste qu’on ne le pense (suivez l’actualité pour vous en convaincre). Laissez-vous séduire par le sex-appeal sense of wonder de la SF.
  • Latium, Romain Lucazeau. Des I.A. orphelines de leur créateur, l’homme. Des entités hantées par l’absence de Dieu, évoluant aux limites de la folie. Une tragédie classique aux dimensions d’un space opera. Avec Latium, la SF navigue sur le souffle de l’épopée.
  • Spin, Robert Charles Wilson. Un texte de l’auteur canadien repose toujours sur un équilibre fragile, entre introspection et spéculation, lui conférant les vertus d’un classique instantané. Avec Wilson, la SF joue avec la théorie des cordes…sensibles.
  • La trilogie du Rempart Sud, Jeff VanDermeer. D’une anomalie topographique à la fin du monde connu, du moins tel que nous le définissons, l’auteur américain suscite l’étrangeté, oscillant entre horreur, paranoïa et apocalypse. La SF prône l’abandon des certitudes.

Bonus Fantasy et Fantastique (parce qu’ils le valent bien) :

Autre liste ici.

 

En attendant l’année prochaine

2019 s’apprête à passer la main, 2020 frétille déjà au portillon et le calendrier nous rappelle à nos obligations sociales, y compris dans l’univers impitoyable de la blogosphère, où la manie des listes ravit le millennial avant de lui ruiner la vie (d’ailleurs, même si j’émarge du côté de la génération X, faut que je pense à acheter le pain).

Adonc, histoire d’étoffer les étrennes, voici un condensé des meilleures lectures du blog yossarian, du moins les plus mémorables, celles dont je me souviens avec une émotion contenue (j’ai ma pudeur). Celles dont je me dis qu’elles mériteraient bien une relecture. Baste ! A défaut de temps suffisant, invitons les trois pelés, deux tondus qui lisent cet article, à le faire.

Avec Dans la Forêt, Jean Hegland livre un faux récit post-apocalyptique mais une vraie fable initiatique, voire panthéiste, où l’autrice règle ses comptes avec la société de consommation. Plutôt que de parler de féminisme, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un point de vue féminin sur la fin du monde, ou du moins sur la fin de la civilisation humaine. Gros coup de cœur de cette fin d’année 2019.

On ressort ainsi apaisé par la lecture de Dans la Forêt, convaincu que notre vie nous appartient, et impressionné par cette sororité retrouvée dont les racines se déploient au cœur d’une nature, certes indifférente aux malheurs de l’humanité, mais recelant des merveilles pour qui sait les voir et les déchiffrer.

Avec Augustus, John Williams nous invite dans l’intimité de l’empereur Octavien Auguste et de ses proches, amis comme ennemis. Les amateurs du Julien de Gore Vidal ne pourront qu’apprécier ce roman librement adapté de l’Histoire.

Augustus est donc un grand roman historique qui accommode les faits à la fiction pour réinventer une figure historique majeure. En tentant de démasquer l’Auguste, John Williams s’efforce de retrouver l’homme que l’exercice du pouvoir solitaire a contraint de se changer lui-même pour changer le destin du monde.

Les Meurtres de Molly Southbourne redonne au fantastique un tantinet gore ses lettres de noblesse, explorant de manière viscérale les voies de l’adolescence. Et, on annonce pour bientôt la parution de La Survie de Molly Southbourne.

Récit d’apprentissage mâtiné d’horreur corporelle, Les Meurtres de Molly Southbourne ne met pas longtemps pour happer le lecteur. En fait, il suffit de quelques pages pour basculer dans l’horreur glauque de l’existence de Molly, petite fille couvée par ses parents dans une ferme isolée. Car Molly vit avec un secret, du genre à ne pas partager avec ses amies durant une pyjama party. Seuls ses parents la comprennent, lui inculquant l’éducation adéquate à sa survie, tout en organisant sa protection contre les doppelgängers nés de son propre sang. Des créatures d’apparence fragile, en tout point semblable à elle, si ce n’est cette propension à la violence qui les poussent à vouloir la tuer.

Ada ou la beauté des nombres de Catherine Dufour rend justice à l’une des pionnières de l’informatique d’une plume toujours empreinte d’ironie. On en redemande. ça tombe bien, j’ai deux romans de la dame dans ma PAL.

On ne peut donc que saluer l’effort de clarification de Catherine Dufour qui conjugue ici sa passion pour l’Histoire et pour l’informatique dans un ouvrage au féminisme décontracté et railleur, retraçant au passage le parcours météoritique de la pionnière de l’informatique.

Ombre sur la Tamise de Michael Ondaatje explore avec talent les angles morts de la mémoire et de la Guerre froide, nous livrant en même temps un portrait impressionniste du Londres de l’après-guerre. A recommander aux lecteurs de Christopher Priest.

Roman sur l’indicible, sur les souvenirs évanescents qui se dérobent sans cesse lorsque l’on cherche à se les remémorer ou à les interpréter, Ombres sur la Tamise évoque l’incertitude des récits de Christopher Priest. Portrait impressionniste d’une femme engagée dans la guerre secrète, revu à l’aune du pouvoir transformateur de la mémoire de son fils, le roman de Michael Ondaatje ne craint pas de réveiller de vieux démons afin d’envisager l’avenir avec plus de sérénité.

Avec Dirty Week-end, Helen Zahavi se livre à un règlement de compte sans pitié avec les hommes. Un roman grinçant, hilarant et jusqu’au-boutiste, en dépit d’une traduction plus que décevante.

Le roman de Helen Zahavi propose donc une inversion de perspective grinçante, non dépourvue d’ironie, où l’homme devient la proie d’une femme vengeresse, à l’opposé de la femme fatale du roman noir, manipulable et passive. Violent, glauque et sans concession, Dirty Week-end relève également du conte cruel, cherchant à exorciser d’une manière radicale les peurs de cette moitié de l’humanité sans cesse cantonnée à un rôle de victime fautive.

Terminus de Tom Sweterlitsh réveille le goût pour le vertige qui sommeille dans tout amateur de science fiction.

Brillant, vertigineux, haletant, Terminus réveille donc l’enthousiasme, celui soulevé à la vision des premières saisons de la série X-Files, référence avouée de l’auteur. Mais le roman de Tom Sweterlitsch subjugue aussi par la solidité et l’efficacité de son intrigue, ne faisant regretter à aucun moment le temps investi pour le dévorer.

Avec La Fracture, Nina Allan continue à interroger notre perception de la réalité tout en explorant le hors champs des relations familiales.

Semant le doute, brouillant les pistes par une multitude d’indices contradictoires, l’autrice ouvre les possibles. Récit d’enlèvement extraterrestre, brèche dans le continuum spatio-temporel via un trou noir, histoire de substitution d’identité, body Snatcher investissant l’enveloppe corporelle d’un être aimé, gémellité des univers, doppelgängers ou simple affabulation résultant d’une expérience traumatique, La Fracture semble embrasser toutes ces thématiques, laissant au lecteur le champ libre pour en décider.

De l’autre côté du Lac de Xavier Lapeyroux est la bonne surprise de l’année. Une lecture imprévue dont l’idée m’a été soufflée par l’excellent Gromovar. Je ne regrette pas d’avoir cédé à son injonction amicale. Pas un instant.

A la fois inclassable et fascinant, De l’autre côté du Lac est donc le genre de roman dont le climat étouffant et l’intrigue maline réveillent l’angoisse et la paranoïa. A ne pas manquer.

 

 

Dans les angles morts d’Elizabeth Brundage dissèque le conformisme de la famille dans un thriller littéraire qui n’épargne rien ni personne. Très fort.

Rien n’échappe au travail d’élucidation de l’autrice qu’il s’agisse de la cellule familiale, de la société, de la réussite professionnelle ou de la foi. Les angles morts engloutissent tout. On y cache les secrets inavouables, une somme de petites trahisons quotidiennes qui contribuent aux grands malheurs. On y lâche la bride aux frustrations et aux transgressions, rejetant le conformisme social. On y jette le masque pour épouser un comportement censé correspondre à sa nature profonde, pour le meilleur ou pour le pire. On y fait le deuil de sa foi et de son ambition, trichant avec autrui et soi-même. On y lâche prise, trouvant a posteriori des arguments rationnels et moraux pour justifier ses pulsions criminelles.

Additif : le blog yossarian invite aussi les curieux à jeter un œil, voire les deux, sur l’intégrale

« FAUST » de Serge Lehman, sur Souviens-toi des monstres de Jean-Luc A. d’Asciano et sur Le Chant mortel du Soleil de Franck Ferric. Chroniques à venir pour 2020. Tout est foutu !

Images qui bougent (3)

C’est la fin de l’été, succombons au tropisme des listes. Après la science-fiction et le film noir, je vais essayer de dresser la liste de mes westerns préférés. Je me contenterai de 10 titres, histoire d’amorcer les éventuels échanges.

C’est parti !

1. La Porte du paradis de Michael Cimino. Chef-d’œuvre, je n’ai pas d’autre mot pour qualifier ce (très) long métrage. Film maudit lorgnant sur John Ford et Visconti, cette fresque prend pour point de départ un épisode oublié de la conquête de l’Ouest : la guerre du comté de Johnson. Œuvre au propos très politique, ce film est aussi une histoire d’amour dominée par les figures de Kris Kristopherson, Christopher Walken et Isabelle Huppert. Franchement, il n’y a rien à jeter dans ce western noir dont je n’arrive pas à comprendre l’échec.

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2. Dead Man de Jim Jarmush. Voici le voyage funèbre et initiatique d’un pied-tendre entre la vie et la mort. Périple teinté d’onirisme et jalonné de rencontres étranges dont quelques stars de western vieillissantes. Un choc esthétique et musical (avec Neil Young complètement en phase avec le film). Autre chef-d’œuvre, ne craignons pas de galvauder le terme.

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3. Pat Garrett et Billy le kid de Sam Peckinpah. A l’instar de La Porte du paradis, voici un autre film maudit et chef-d’œuvre, une ode élégiaque et crépusculaire dédiée à la fin de l’Ouest, la fin d’un monde, d’une amitié et d’un outlaw. C’est un des rares longs métrages dont je ne me lasse pas.

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4. Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone. Ce film enterre la forme classique du western et impose les canons d’un néo-western plus soucieux de naturalisme. Mais en voulant démythifier la Frontière, il en façonne une autre représentation, poussiéreuse, crade et percluse de vices qui flirte avec la tragédie antique.

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5. Little Big Man d’Arthur Penn. Dans ce film, tous les poncifs du western passent à la moulinette, jusqu’au héros, ici incarné par Dustin Hoffman au meilleur de sa forme. Autre grand mérite, cette œuvre épouse enfin le point de vue amérindien, d’une manière moins frontale que Soldat bleu.

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6. Les Professionnels de Richard Brooks. Ce film figure dans ma liste pour une unique raison. La réplique de Burt Lancaster disant : « Peut-être, depuis le début, n’y-a-t-il eu qu’une seule révolution ? »

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7. Blackthorn de Mateo Gil. Le western aime la légende. Personnellement, j’aime les héros vieillissants, cabossés par la vie, voire anachroniques. Ici, on retrouve un Butch Cassidy  âgé, le bougre n’étant pas mort comme on le dit, qui a refait sa vie incognito en Bolivie. Ce film raconte sa dernière aventure. L’occasion de mettre ses idéaux à l’épreuve d’une réalité toujours aussi prédatrice, et pour le spectateur, de découvrir les superbes paysages du salar d’uyuni.

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8. L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford. Classique des classiques, ce western devait figurer dans ma liste en raison de sa réplique si célèbre : « On est dans l’Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende »

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9. Mon nom est personne de Tonino Valerii. Le western qui enterre tous les westerns, ceux de Sergio Leone et Sam Peckinpah y compris.

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10. Pale Rider, le cavalier solitaire de Clint Eastwood. Il en fallait un, voici sans doute un de mes préférés avec Eastwood dans son rôle fétiche de cavalier mystérieux, venu d’outre-tombe pour accomplir sa vengeance. De toute façon, c’était celui-ci ou L’homme des hautes plaines.

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Images qui bougent (2)

Chose promise, chose due, même si je confesse m’être arraché davantage les cheveux pour composer cette liste de 15 films noirs/films policiers. Heureusement, ma tignasse est encore épaisse, malgré mon âge.

Allons-y.

1. Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. A la fois fresque historique et romanesque, film noir et j’en passe, je ne me lasse pas de revoir cette œuvre grandiose, sans nul doute le chef d’œuvre de Sergio Leone, regrettant juste que le réalisateur n’ait pas pu tourner sa vision de la bataille de Leningrad. Ce film demeure une véritable madeleine en ce qui me concerne.

2. La Soif du Mal de Orson Welles. Un classique dont je continue à admirer le long plan séquence du début et l’intrigue ramassée sur une seule journée. Certes, Welles convoque tous les poncifs du genre, mais il s’en sort avec classe et une maîtrise admirable.

3. Bullitt de Peter Yates. Le film référence en matière de poursuite automobile avec Steve McQueen dans un de ses meilleurs rôles. Il n’y a rien à retrancher de ce film marqué également par la Schifrin touch.

4. Le Port de l’angoisse de Howard Hawks. Le classique des classiques, avec LE couple mythique Humphrey Bogart et Lauren Bacall.

5. Fargo des frères Cohen. Un film noir (sur blanc) que je préfère au plus récent No Country for old men. Chouette ambiance, intrigue implacable et acteurs impeccables.

6. Gros dilemme avec Martin Scorsese. J’ai longtemps hésité entre Mean Streets et Taxi Driver. Au final, j’opte pour le second. Le meilleur rôle de Robert de Niro.

7. Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia de Sam Peckinpah. Parce que Warren Oates, habituellement cantonné aux seconds rôles, est ici magistral dans cette interprétation d’un raté.

8. Traffic de Steven Soderbergh. LE film explicitant le mieux les enjeux du trafic de drogue entre les États-Unis et le Mexique. A la fois esthétique, politique et réaliste.

9. Dead Again de Kenneth Branagh. Ce titre figure dans ma liste parce qu’à l’époque l’auteur britannique réalisait encore de bons films. Ici, il tourne un thriller malin, entremêlant deux lignes temporelles réunies sous hypnose. C’est très théâtral, bourré d’humour et, au final, j’ai beaucoup apprécié.

10. Coup de torchon de Bertrand Tavernier. Librement adapté du roman de Jim Thompson 1275 âmes, l’histoire étant ici transposée en Afrique, Coup de torchon ne trahit pas pour autant l’esprit de l’auteur américain. Tavernier respecte le roman et son ambiance, tout en y injectant ses propres thèmes. L’interprétation de Philippe Noiret est bluffante et les autres acteurs ne déméritent en rien.

11. Le Général de John Boorman. Vu au cinéma lors de sa sortie, Le Général retrace la vie et la mort de Martin Cahill. Surnommé le Général, le bougre a grandi dans les cités pauvres de Dublin avant de devenir une légende du grand banditisme. Je ne suis pas un fan des biopic consacrés aux criminels. Pourtant, ce film violent et ambigu fonctionne à merveille.

12. Sudden Impact de Don Siegel. Archétype du facho, Dirty Harry a beaucoup contribué à la mauvaise réputation de Clint Eastwood. Passé la polémique, c’est un putain de bon personnage dont la réplique Go ahead, make my day reste une référence en matière de cynisme.

13. Animal Kingdom de David Michôd. Un chouette film australien au rythme posé, mais contaminé par une violence sourde, latente, ne demandant qu’à exploser. Les personnages sont ambigus, ni bons, ni méchants, juste guidés par leur instinct de survie. C’est peu de dire que j’ai apprécié.

14. Amer de Hélène Cattet & Bruno Forzani. Lorsque je vais au ciné, c’est pour être assailli par un flot d’émotions brutes. Être malmené, secoué, retourné comme une chaussette par la vision de l’auteur. Amer a tout de l’expérience. Visuelle, sonore, viscérale. Tout est bizarre, faussé, tordu. On baigne dans le giallo et c’est bon.

15. Prime Cut de Michael Ritchie. Pour terminer une petite curiosité seventies, mais que j’aime beaucoup. Une excursion chez les redneck avec une moissonneuse-batteuse en guise d’arme fatale et des enclos pleins de jeunes filles mises aux enchères. Une curiosité, je vous dis.

Images qui bougent

Une fièvre étrange gagne périodiquement la blogosphère, celle des listes. Best-of, bibliothèque idéale, coup de cœur, on ne compte plus les occurrences de ce mal inhérent aux sociétés d’abondance. Le diagnostic est patent, le traitement pointe aux abonnés absents. Et pendant ce temps, je compile…

A mon tour, je succombe à la listomanie. Les lecteurs de ce blog connaissent mon penchant pour les genres dits mauvais. En attendant de faire le point dans ma bibliothèque pour composer ma bibliothèque idéale de SF et de romans noirs, je convie les malheureux internautes (trois pelés, deux tondus et une poignée de chevelus) à consulter ma filmothèque idéale. Car entre deux lectures, il m’arrive de céder à l’attraction des images qui bougent.

Commençons par 15 films de SF :

1. Soleil vert de Richard Fleischer. Bien meilleur que le roman de Harry Harrison dont il est adapté, ce film reste gravé dans mémoire. La faute à Charlton Heston et à une vision du futur très pessimiste. Quand le roman noir rencontre la SF, on obtient une excellente dystopie.

2. 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Pendant un moment, j’ai caressé l’idée de mettre dans ma liste Orange mécanique, et puis, je me suis dit qu’après Soleil vert, on allait me taxer de misanthropie… 2001 n’en demeure pas moins un souvenir impressionnant, avec une bonne part de mystère.

3. Aliens de James Cameron. J’aurais pu mentionner le premier épisode de la franchise, tourné par Ridley Scott, mais comme il me fallait un vrai film de SF dans ma liste  (comprendre avec un max d’explosions), je me suis rabattu sur celui-ci. Pas un mauvais choix, ce film me semblant le meilleur de Cameron. Je l’ai visionné dernièrement. Il n’a pas pris une ride.

4. Bienvenue à Gattaca de Andrew Niccol. La SF se démode vite. La solution : tourner un film de SF à l’allure rétro.

5. The Thing de John Carpenter. S’inspirant du film de Christian Nyby (lui-même adapté d’une nouvelle de John W. Campbell), The Thing a marqué mes jeunes années. Je ne sais pas combien de fois je l’ai regardé, je ne m’en lasse pas. Et même si les effets spéciaux ont un peu vieilli, ce huis-clos polaire n’a rien perdu de sa charge angoissante et de son nihilisme réjouissant.

6. A Scanner Darkly de Richard Linklater. Et tant pis si ce n’est pas vraiment de la SF. La meilleure adaptation d’un roman de Philip K. Dick.

7. Existenz de David Cronenberg. Étrange, indéfinissable, viscéral. J’ai hésité avec Dead Zone.

8. Blade Runner de Ridley Scott. Pour les portes de Tannhaüser. Forcément. Et pour son atmosphère de polar hard-boiled.

9. Les Fils de l’Homme de Alfonso Cuaron. Un condensé des peurs de la fin du XXe siècle et du début du XXIe, avec des scènes d’anthologie. Et puis rien que pour la centrale de Battersea survolée par le cochon de Animals au son du Court of the Crimson King, ce film se devait de figurer dans ma liste.

10. Brazil de Terry Gilliam. Folie furieuse et démesure. George Orwell infusé au LSD. La dystopie ultime.

11. Another Earth de Mike Cahill. Un film d’une rare délicatesse sur un sujet qui aurait pu virer au mélo. En plus, c’est de la SF sans explosions. Alors, ne boudons pas notre plaisir.

12. Dune de David Lynch. J’assume mon mauvais goût (et le cuir).

13. Abattoir 5 de George Roy Hill. Parce que c’est la vie.

14. Dark City de Alex Proyas. Hybride de SF et de roman noir, avec un zeste de Cités obscures. Un régal

15. Monsters de Gareth Edwards. Métaphore sur la division Nord/Sud et superbe atmosphère. Pendant visuel à Points chauds de Laurent Genefort.

A suivre : 15 films noirs.