Certains ont disparu et d’autres sont tombés

Joel Lane n’est pas très connu dans nos contrées où ses textes n’ont été publiés qu’à trois occasions. Figurant au sommaire de l’excellente anthologie La Petite mort, « La grille de la douleur » fait d’ailleurs partie de la sélection de son traducteur Jean-Daniel Brèque dont on peut louer ici le travail de passeur passionné.

« Quand l’environnement change, les instincts doivent changer, eux aussi. Donc, si le monde extérieur devient destructeur, les instincts doivent aussi devenir destructeurs. Je ne sais pas ce qui se passe en ce moment, mais je pense que ça en fait partie. Les gens n’apprennent plus les uns des autres. Il n’y a plus que l’individu et le monde extérieur. Plus l’environnement devient surpeuplé, pollué et insensé, plus les instincts doivent être dévoyés. »

Œuvrant pour l’essentiel dans le fantastique et la nouvelle, l’auteur britannique est mort en 2013, laissant derrière lui plusieurs recueils, des poèmes et deux romans. Certains ont disparu et d’autres sont tombés rassemble trente courts textes qui impressionnent par leur qualité et l’homogénéité de leurs thématiques.

Joel Lane enracine en effet ses récits dans le Black Country, autrement dit ces territoires industriels qui ont grignoté la campagne autour de Birmingham. Un décor sinistre composé de voies express enchevêtrées, de zones commerciales sans âme, de friches désolées et de banlieues en voie de taudification. Le parfait reflet d’une société malade, en proie au chômage et à la précarité, dont les solidarités ont cédé la place à une société de consommation névrosée, avide de plaisirs à bon marché. En ces lieux désertés par la chaleur humaine, habités par des familles dysfonctionnelles et des couples préférant le sexe sans lendemain à l’amour, le fantastique ne se manifeste qu’à la marge, comme un signe supplémentaire de crise et dépression. Un peu comme une mauvaise herbe poussant entre les briques disjointes d’un mur lépreux.

L’univers dépeint par Joel Lane semble ainsi ancré dans une interzone née du thatchérisme, du post-thatchérisme et du spleen de ses habitants. Des flics, témoins d’événements bizarres, des marginaux rongés par le deuil et la culpabilité, des solitaires cherchant à donner du sens à leur existence ou s’efforçant d’oublier leur passé… Bien peu ressortent grandi du marasme et de l’atmosphère macabre baignant les friches ouvrières, les cités déliquescentes aux ouvertures murées et les grands ensembles bétonnés en attente d’une hypothétique rénovation. D’appartements vides, en pubs poussiéreux fréquentés par une clientèle fatiguées de vivre, en passant par des boîtes de nuit puant la sueur triste, on arpente un topos hanté par des fantômes. Ceux de la prospérité désormais révolue, mais aussi des créatures de la nuit antédiluviennes, vampires et goules, qui semblent elles-mêmes avoir renoncé à diffuser la terreur. Elles se fondent dans la grisaille monotone, condamnées à végéter sous la lueur d’éclairages urbains blafards.

D’une plume diablement évocatrice, Joel Lane nous cueille sans coup férir, acquittant son tribut à ses illustres devanciers – Edgar Allan Poe, Ramsey Campbell, H.P. Lovecraft – avec une classe et un talent admirable. Il nous immerge dans une portion du territoire anglais qui semble échapper à l’emprise du temps, presque métaphorique, déroulant des nouvelles comme une série d’instantanées oscillant entre le conte, le roman noir ou le fantastique plus horrifique, qui cible avec une amère lucidité la déshumanisation de la région des Midlands de l’Ouest.

Parmi les trente nouvelles du recueil, difficile de dire lesquelles apparaissent les plus remarquables. Il en ira sans doute selon les affinités des uns ou des autres. Mais une chose demeure certaine. On ne trouve aucun déchet, aucun texte qui ne laisse insensible ou dubitatif.

Justesse du ton, sobriété du style, tristesse délétère des thématiques et critique politique sous-jacente, voici un recueil qu’aucun amateur de littérature fantastique, voire de roman noir, ne doit négliger, au risque de passer à côté d’une voix marquante du genre.

ps : A commander ici.

Certains ont disparu et d’autres sont tombés de Joel Lane – Nouvelles choisies, présentées et traduites par Jean-Daniel Brèque, Dreampress.com, 2017

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Tribulations d’un précaire

« C’est dimanche matin et j’épluche les offres d’emploi. J’y trouve deux catégories de boulots : ceux pour lesquels je ne suis pas qualifié, et ceux dont je ne veux pas. J’étudie les deux. »

Iain Levison survit, entre petits boulots improvisés et emplois précaires, sans cesse à la recherche du graal, le travail stable qui lui permettra de jouir de l’American way of life. Mais voilà, la stabilité se paie cher aux États-Unis, surtout lorsque l’on a une licence de lettres en poche, aucune expérience professionnelle, et que l’on n’est pas riche.

Avec Tribulations d’un précaire, la réalité investi la fiction, une réalité nourrie par l’expérience de Iain Levison. De petits boulots pénibles en coups de main payés au lance-pierre, l’auteur américain raconte son quotidien de working poor, catégorie sociale trop souvent oubliée au profit des sempiternelles classes moyennes et autres entrepreneurs, héros de l’économie de marché.
Car avant d’écrire, Iain Levison a exercé toute sorte de métiers précaires, épuisant les offres d’emplois lorsque son engagement précédent s’achevait. Il a galéré, s’improvisant déménageur, livreur de fuel, employé de supérette, pêcheur en Alaska, directeur de restaurant et j’en passe. Plus de quarante emplois dans six États différents, des tâches ingrates pour lesquelles il n’a pas été formé, sous le harcèlement constant de ses supérieurs. S’il n’a pas gagné la liberté financière promise, l’expérience lui a permis de développer un art de la débrouillardise qui force l’admiration, et un talent pour l’observation digne des meilleurs satiristes.

« Les gens qui en ont après mon argent ont toujours une façon intéressante d’en parler, comme si mon argent m’emmerdait. Jamais ceux qui veulent que vous leur achetiez quelque chose ne vous rappellent combien de jours vous avez dû vous lever tôt pour ramener vos fesses au boulot, combien d’humiliations vous avez dû subir de patrons abusifs et de clients perpétuellement mécontents rien que pour pouvoir le gagner, cet argent. À les croire, il déforme votre portefeuille. Cet argent dort. L’argent devrait servir à gagner de l’argent. Même si vous n’avez pas de boulot. Surtout si vous n’avez pas de boulot. Il n’y a que les minus qui mettent leur argent de côté pour le loyer. Ceux qui ont des rêves investissent dans LA VENTE DES FILTRES À EAU !!! »

Tribulations d’un précaire est en effet hilarant de bout en bout. Iain Levison nous décrit un monde où l’on exploite sans vergogne les travailleurs précaires, quand on ne les arnaque tout simplement pas avec des formations payantes bidons. Sur ce point, l’épisode du démarchage pour vendre des filtres à eau est terrible. À grand renfort d’anecdotes drôles et cruelles, Levison remet à sa juste place le mythe du self made man. Un miroir aux alouettes, une vaste fumisterie, un attrape-gogos, les mots manquent pour décrire l’ampleur de l’arnaque.
L’humour décapant fait mouche, dévoilant l’absurdité du monde du travail et le caractère prédateur de la société américaine. Ne rigolez pas, c’est aussi comme ça chez nous.

« Les femmes au foyer mènent leur petite vie dans les cuisines, et j’aperçois par la fenêtre leur tête bien coiffée pendant que je fixe mon tuyau à leur réservoir de fuel. En général, elles sont seules. Elles ne me font jamais un signe de la main. La troisième grande caractéristique des riches c’est qu’ils ne parlent pas avec le petit personnel. L’Amant de Lady Chatterley, c’était du pipeau. »

Autobiographie sociale, Tribulations d’un précaire se révèle comme un pied de nez adressé aux gourous de l’économie de marché, aux politiques promouvant le culte du « travaillez plus pour gagner plus » et à tous leurs courtisans. Avec cet ouvrage, Iain Levison venge tous les travailleurs précaires avec une générosité faisant défaut à bien des financiers loués dans les revues économiques. Autant vous dire que mon prochain Levinson vient de remonter sur le haut de la PAL.

tribulations-d-un-precaire-jpgTribulations d’un précaire (A Working Stiff’s Manifesto, 2007) de Iain Levison – Éditions Liana Levi, collection « piccolo », 2012 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Fanchita Gonzalez Batlle)

Bienvenue à Oakland

Si haut que l’on soit placé, on n’est jamais assis que sur son cul.

Telle semble être la philosophie de vie dispensée dans Bienvenue à Oakland. Des intentions que Eric Miles Williamson ne partage peut-être pas avec l’auteur de ces lignes. Peu importe, la lecture de son roman m’a fait cette impression. Et c’est la seule chose qui compte.

« Y a rien de plus beau que la volonté de vivre lorsqu’on baigne dans le désespoir absolu. L’espoir, c’est pour les connards. Il n’y a que les grandes âmes pour comprendre la beauté du désespoir. »

Déclaration d’amour bordélique, dans le genre je t’aime moi non plus, chronique sociale en vrac, diatribe ordurière – tout le monde en prenant pour son grade –, lettre de menace, on hésite à qualifier Bienvenue à Oakland. Aussi doit-on se résoudre à le considérer comme un putain de coup de pompe au derche. Et ça fait du bien.

Oakland. Toponyme de carte postale, situé de l’autre côté de la baie de San Francisco, autant dire l’envers du rêve américain. Un chancre purulent, noyé dans la grisaille, poussé là, tel un effet secondaire provoqué par les remèdes de cheval imposés par le capitalisme. Car s’il y a bien un lieu où la lutte des classes a encore une signification, c’est à cet endroit.

Oakland. Sa trame urbaine oscillant entre friche délabrée, dépotoir, ghettos ethniques et bars crasseux. Des havres de tranquillité où il fait bon écluser quelques bières en compagnie de ses potes, après une journée éreintante. Des lieux où l’on aime s’invectiver et débiter des saloperies sur l’épouse d’untel, partie baiser ailleurs parce qu’il ne rentrait pas à l’heure.

Oakland. Un melting pot de prolos, Blancs et Noirs, des trognes travaillées au marteau-piqueur, des types au tempérament trempé dans le béton du chantier où ils s’empoisonnent. Appelez-les comme vous voulez. Quart-monde, working poor, white trash. Une autre Amérique se dévoile, bien loin de l’univers de verre et d’acier des golden boys, du carton pâte du cinéma et des banlieues proprettes aux jardins bien rangés. Ici, on trime pour survivre et l’on finit par en mourir.

Entre Irlandais, Philippins, Mexicains, Scandinaves, Italiens, Blancs et Noirs, on se côtoie mais on ne se fréquente pas forcément. On se respecte, en entretenant les préjugés racistes autour d’un verre. Même si la dèche prévaut, même si on sue sang et eau, il règne entre tous ces gens comme une décence commune que ne renierait sans doute pas George Orwell. Une fierté de sa condition. Un soupçon de dignité.

Le narrateur de Bienvenue à Oakland, T-Bird Murphy, l’alter-ego de Eric Miles Williamson, n’a jamais vraiment quitté sa condition de prolo. S’improvisant écrivain, il nous raconte SA ville, SON quartier et SA vie. SES potes, mais aussi les enculés qu’il a pu croiser, tous figurent dans SON roman. T-Bird n’hésite jamais à les consulter, à leur demander leur avis, même s’il sait qu’ils ne le liront jamais, ce roman. Ça, c’est pour les tapettes des beaux quartiers et les autres libéraux, bien au chaud dans leurs chaussures de marque.

T-Bird/Eric Miles Williamson s’adresse à eux, à nous, lecteur lambda vautré dans notre confort bourgeois. On est insulté, secoué, malmené tout au long du roman. Et Bienvenue à Oakland nous cueille, là, au creux de l’estomac, d’un uppercut rageur.

« Ce dont on a besoin, c’est d’une littérature imparfaite, d’une littérature qui ne tente pas de donner de l’ordre au chaos de l’existence, mais qui, au lieu de cela, essaie de représenter ce chaos en se servant du chaos, une littérature qui hurle à l’anarchie, apporte de l’anarchie, qui encourage, nourrit et révèle la folie qu’est véritablement l’existence quand nos parents ne nous ont pas légué de compte épargne, quand on n’a pas d’assurance retraite, quand les jugements de divorce rétament le pauvre couillon qui n’avait pas de quoi payer une bonne équipe d’avocats, une littérature qui dévoile la vie de ceux qui se font écrabouiller et détruire, ceux qui sont vraiment désespérés et, par conséquent, vraiment vivants, en harmonie avec le monde, les nerfs à vif et à deux doigts de péter un câble, comme ces transformateurs électriques sur lesquels on pisse dans la nuit noire d’Oakland. »

ps : On peut retrouver une autre tranche de vie de T-Bird dans Gris-Oakland, paru précédemment chez Gallimard/La noire. Par ailleurs, Eric Miles Williamson est l’auteur de Noir béton.

bienvenue-a-OaklandBienvenue à Oakland (Welcome to Oakland, 2009) – Eric Miles Williamson – Éditions Fayard, 2011 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Alexandre Thiltges)

Né sous les coups

Coldwell, cité minière du Nord de l’Angleterre, 1984.

Tony est la gloire montante du coin. Sous contrat dans l’équipe de football de Newcastle, des étoiles plein les yeux, il essaie de tirer un trait sur son passé. Sur un passif contracté sur les docks, à mettre de côté des marchandises illégales. Une activité frauduleuse accomplie pour le compte de Tommy, petite frappe ultra-violente dont le boss domine le marché des putes, des jeux et de la drogue dans la région. Costume impeccable, un œil sur le poster du Rat Pack, Tommy n’incite pas vraiment à la fraternité. En fait, il fout la trouille à tous ceux qui le côtoie. Tombé amoureux de Louise, la sœur de Larkin, jeune journaliste engagé, la fleur au fusil, aux côtés des mineurs grévistes, Tony aimerait rompre les ponts avec ce furieux du couteau et son sbire bas du front. Pour pouvoir se construire un avenir pérenne, ailleurs.

Coldwell, friche minière du Nord de l’Angleterre, 2001.

Handicapé par une patte folle, Tony anime désormais le centre de réinsertion sociale, essayant de donner des raisons de vivre aux poivrots et toxicos qui sont légion en ville. De son côté, Tommy est devenu le boss. Mais, il demeure imperméable à toute émotion, sa vie lui apparaissant vide de sens. Louise a quitté Tony et fait sa vie avec un autre. Une vie moyenne à tous points de vue comme le découvre son frère Larkin, revenu sur sa terre natale avec l’intention d’écrire un livre. Un bouquin sur les dix-sept années qui ont suivi la fermeture de la mine et sur leurs conséquences.

 « Il y a peu de choses plus déprimantes qu’une station balnéaire hors saison, songea Larkin, et Whitley Bay ne faisait ps exception. Le front de mer semblait à des années-lumière du petit quartier douillet de Louise. Sur le ciel printanier – qui prenait à l’approche du crépuscule une couleur boueuse, vide de promesses, riche de menaces – se découpait une rangée sordide de salles de jeux vidéo aux façades en phase terminale de décrépitude, vides à l’intérieur ; des labos de guerre bactériologique déguisés en fast-foods ; des stands de fruits de mer condamnés, qui devaient être phosphorescents dans le noir et des pubs dangereux. La Ville espagnole, avec ses murs en stuc jaune, ses dômes et ses minarets qui tombaient en ruine et ses montagnes russes qui donnaient l’impression de ne pas pouvoir encaisser le moindre tour supplémentaire, n’avaient pas seulement l’air d’avoir connu des jours meilleurs : elle semblait plutôt leur avoir dit au revoir, en sachant très bien qu’ils ne reviendraient jamais. »

Un étrange tropisme me porte vers les périodes sombres. Celles propices aux effondrements, au bouleversement des repères, bref à la fin de toute illusion. Des moments forts, faisant tous le sel des drames humains et rappelant à juste titre l’absurdité de l’existence. Ceci explique sans doute mon goût pour les romans catastrophes, les joyeusetés post-apocalyptiques, la dystopie et le roman noir.

Comment justifier cet attrait que d’aucuns jugeront malsain ? Par un penchant pour la tragédie ? Peut-être. À cause d’une tournure d’esprit me portant vers le spleen ? Un penchant fort heureusement tempéré par l’humour et l’ironie, rassurons immédiatement les psychologues en herbe. Ou alors, plus prosaïquement, parce que les gens heureux n’ont pas d’histoire (formule consacrée n° 15) ?

Baste ! Laissons de côté l’introspection. Me voici une nouvelle fois en terre anglaise, durant les années 80. À croire que le climat de cette région du monde et la musique de cette époque encouragent la neurasthénie. Margaret TINA Thatcher y expérimente grandeur nature la doctrine néo-libérale, occultant la dimension humaine au profit du marché. Pour quel résultat ? Un désastre social comme en témoigne une grande partie de la filmographie de Ken Loach.

Deux tribus s’affrontent. Chicago Boys versus socialisme trade-unioniste. On connaît le nom des vainqueurs, dont des médias complaisants se sont empressés d’écrire l’Histoire. Maggie n’a pas plié. Les yuppies de la City ont sabré le champagne avant de vendre les bijoux de famille du pays. Depuis, la bulle spéculative a éclaté, accroissant davantage les inégalités.

« Le reste du monde ne comprend rien, et s’en fiche. »

Martyn Waites revient sur ce moment clé de l’Histoire du Royaume-Uni où le mouvement ouvrier se livre à un baroud d’honneur avant son effondrement complet. On le sait, la Dame de fer a vaincu. Les mines ont fermé. Les sociabilités se sont fissurées, la solidarité a disparu, cédant la place à la désillusion et à l’individualisme. Les lendemains se sont figés dans un présent éternel désenchanté. Un monde de prédateurs.

« La mémoire est trompeuse. Peu fiable. Moi, je n’ai jamais enjolivé le passé. »

La grande force du roman de Martyn Waites, c’est de ne pas se montrer trop complaisant avec le passé. Tout n’était pas forcément mieux avant. Bien au contraire, la vie pouvait se montrer aussi vacharde. Le chômage et la délinquance se partageaient déjà le quotidien du vulgum pecus. Toutefois, l’auteur britannique ne magnifie pas pour autant la période qui a suivi la casse sociale et humaine. Les zones d’ombre ont juste continué à s’étendre, comme une lèpre inexorable.

 « Tu ne peux pas regarder le passé comme si c’était une sorte d’âge d’or et le présent une simple aberration. Rien n’a jamais changé. Les riches ont toujours été riches. Les pauvres ont toujours été pauvres. Et moi, je sais ce que je préfère être. »

L’intrigue de Né sous les coups oscille entre « maintenant » (les années 2000) et « avant » (la décennie 80). Au son des groupes de l’époque, Waites évoque la Grande grève des mineurs et ses conséquences deux décennies plus tard, via une poignée de témoins dont les histoires animent le hors-champ de l’Histoire. Larkin, l’activiste idéaliste devenu journaliste désabusé. Charlotte, sa sœur, enferrée dans ses rêves de classe moyenne. Tony, la gloire déchue du football, condamné à consoler les vaincus. Tommy, la brute sans émotions en quête de rédemption. Et Mick, l’ancien mineur dont l’existence a été brisée par la grève. Né sous les coups apparaît comme le récit romancé de leurs espoirs, de leur combat, leur capitulation, leurs échecs et désillusions. Avec en ligne de mire, peut-être, une vraie fin, à défaut d’un nouveau départ.

Au fil de l’intrigue, l’écriture de l’auteur britannique se montre diablement évocatrice. Une qualité culminant avec le morceau de bravoure du livre : l’émeute et la répression policière de la deuxième partie. Elle permet d’oublier le caractère un tantinet cousu de fil blanc et convenu du dénouement.

Malgré ce bémol, Né sous les coups n’en demeure pas moins un roman convaincant et recommandable, même si deux bons crans en-dessous du monument de David Peace, GB 84, dont je reparlerai bientôt. Patience…

Aparté : Signalons également une surabondance de notes de bas de page dont certaines me sont apparues superflues. Mais faut dire que j’ai subi les années 80 durant mon adolescence.

Né sous les coups (Born under Punches, 2003) de Martyn Waites, Rivages/Thriller, septembre 2013 (roman inédit traduit de l’anglais par Alexis Nolent)