Hammerfall

Les lecteurs de ce blog savent ô combien l’aventure viking, l’univers des sagas et la société scandinave me passionnent. Certes, pas au point de me laisser pousser la barbe et de sacrifier à quelque culte païen. Une passion ne se cantonnant pas uniquement aux terres nordiques, mais me faisant embrasser un vaste espace civilisationnel (barbarisme de rigueur), entre Baltique et Méditerranée, entre mythe et Histoire, voire entre monde païen et Chrétienté. Bref, comme l’escomptent les lecteurs de ce blog, je crains avoir perdu une fois de plus tout sens critique…

Bande dessinée issue des œuvres de Talijantic et Runberg, Hammerfall est ancré de plain-pied dans cette période. Du premier, la quatrième de couverture m’apprend qu’il a scénarisé « Orbitales », une série de S-F au graphisme attrayant dont les aventures ne sont pas sans rappeler un tantinet celles du duo Valérian et Laureline. Le second, je ne connaissais pas. Mais je dois confesser avoir été séduit par son trait inspiré de l’école franco-belge, je pense ici en particulier à la série « Les Héros cavaliers », lorsque Michel Rouge œuvrait au dessin. Dupuis ayant réédité les quatre épisodes de la série dans une intégrale bénéficiant d’un traitement de qualité et de quelques croquis dénotant d’effets de stylisation assez réussis, j’ai donc succombé sans coup férir.

Quid de l’histoire ? Fin du VIIIe siècle. Un raid des hommes du Nord aboutit au vol de reliques précieuses, jusque-là conservées précieusement au monastère de Jarrow. Ce forfait est le point de départ d’une saga épique, mettant en scène Charlemagne, un clan viking, sans oublier les dieux du panthéon nordique, scandinaves et germains confondus, et pour cause… On suit ainsi deux trames, l’une en terre scandinave, l’autre dans le royaume franc, où Charlemagne est confronté à une énième révolte saxonne.

Autant le dire tout de suite, je considère Hammerfall comme une grande réussite. Le fond comme la forme, l’Histoire comme la fiction, les deux auteurs restituent l’époque avec vraisemblance et talent. S’ils se veulent les plus proches possibles du fond historique (pas ou peu de fantasmes sur les vikings, les Saxons et les Francs), Runberg et Talijantic n’en oublient pas pour autant la forme, celle de la saga. Récit aventureux animé par la vengeance, les actes héroïques et une bonne dose de fatalisme, Hammerfall ne ménage que peu de répit au lecteur, laissant libre cours à une fantasy inspirée des mythes nordiques.

Ainsi, les divers acteurs historiques, mythiques et fictifs de cette série accomplissent-ils leur destin, leur propre récit se mêlant, voire se confondant, avec celui de la Grande Histoire. Seul bémol pour tempérer mon enthousiasme : un dénouement un tantinet bâclé. Pourtant, la matière ne manquait pas pour conférer à l’histoire de Runberg et Talijantic l’ampleur dramatique lui faisant défaut.

Hammerfall de Boris Talijantic et Sylvain Runberg – Editions Dupuis, mars 2012

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