Petite sœur la mort

Paru à titre posthume, Petite sœur la mort nous plonge dans ce Southern Gothic que William Gay affectionnait tant. De quoi me remettre en mémoire Twilight (aka La Mort au crépuscule) et patienter avant de lire son premier roman, La Demeure éternelle, toujours en stand-by dans ma pile à lire.

Année 80, au cœur du Tennessee. David Binder, jeune auteur en quête d’inspiration, s’installe pour six mois dans la maison qu’il a loué au fin fond de la campagne. Loin de l’univers urbain auquel son épouse et sa fille sont habituées, il a été attiré ici par la perspective d’habiter une demeure hantée. Quoi de mieux pour titiller la muse, surtout lorsque l’on a l’intention d’écrire un roman d’horreur. À la condition de ne pas succomber à l’atmosphère d’étrangeté qui imprègne les lieux et de ne pas se laisser influencer par les souvenirs des précédents propriétaires. Peu à peu, ce qui demeurait un simple objet de curiosité, se mue en obsession, contaminant la perception de Binder, le poussant à se détacher de sa famille et de son identité pour réactiver des caractéristiques dormantes de sa personnalité. Sans doute pas les meilleures…

« Ce que je veux dire, c’est que vous, ces choses-là, vous les laissez entrer. »

Avec Petite sœur la mort, William Gay invoque quelques uns des lieux communs du fantastique. Maison hantée, malédiction antédiluvienne, sorcière, possession maléfique, poltergeist, il reprend à son compte des poncifs déjà vus et lus à de multiples reprises, parvenant à distiller un frisson fugitif. Ne nous attachons pas aux personnages, ce sont surtout les lieux qui comptent, la maison et ses environs s’imposant comme le nœud narratif d’une intrigue flirtant avec la culture populaire. Un topos hanté par les histoires dramatiques de ses habitants successifs. Des récits sanglants où petite et grande mort se côtoient, chargées des vices, des rancœurs et des fantasmes entretenus par leurs propriétaires. D’où l’aspect apparemment décousu de l’intrigue, un patchwork sinistre composé de plusieurs histoires qui semblent issues des recherches de Binder, et dont l’aspect dépareillé peut dérouter le lecteur en quête d’un récit linéaire, pourvu d’un début et d’une fin.

Inspiré en partie de l’histoire de la maison hantée des Bell, Petite sœur la mort rappelle également The Shining de Stephen King, l’hôtel vide et l’hivernage laissant la place à une ancienne maison et au paysage inquiétant des bois qui l’environne. Mais, au-delà de sa trame fantastique, le roman de William Gay démontre surtout le fascinant pouvoir de suggestion de l’imagination et de l’écriture sur l’esprit humain.

Petite sœur la mort (Little sister Death, 2015) de William Gay, Éditions du seuil, collection « Cadres noirs », 2017(roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Jean-Paul Gratias)

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