Les Manuscrits ninja

Japon, 19e année de l’ère Kan’ei. Un tyran cruel sévit dans le riche fief d’Aizu. Épaulé par une garde rapprochée de sept samouraïs aussi débauchés que leur maître, les fameuses « Sept Lances d’Aizu », le potentat use de son pouvoir pour assouvir ses pulsions perverses, n’hésitant pas à éliminer tous ceux qui s’opposent à lui. Les membres du clan Hori ont ainsi fait les frais de leur trop grande indépendance d’esprit. Seules sept femmes ont survécu. Avec l’aide du célèbre guerrier Yagyu Jûbei, qui entreprend de les former dans l’art du combat, elles déclarent la guerre au daimyo sadique afin d’accomplir leur vengeance.

Épique, picaresque, divertissant et truculent. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cette œuvre légère de Yamado Fûtarô, auteur dont le succès ne s’est pas démenti des années 1950 à sa mort, en 2001. Traduit en deux tomes par les éditions Philippe Picquier, Yagyu Ninpoucho se rattache à « l’univers ninja » imaginé par l’auteur nippon. Il s’inspire plus particulièrement ici de la figure de Yagyu Jûbei, l’un des plus célèbres samouraïs de l’âge féodal. Yamado Fûtarô fera d’ailleurs du combattant le personnage principal de deux autres romans.

D’une plume imagée, usant volontiers d’expression et de termes contemporains et totalement anachroniques, du moins si l’on peut se fier à la traduction, Yamado Fûtarô dépeint la vengeance des survivantes du clan Hori avec un art consommé du rebondissement et de la caricature. Le récit se révèle en effet assez rapidement un prétexte pour mettre en scène les crimes sordides du daimyo, véritable offense au sens de l’honneur, et les stratagèmes élaborés par Yagyu Jûbei, l’éminence grise et le mentor des jeunes femmes, pour tirer réparation de la vendetta dont leur clan a été la cible. Mieux vaut avoir la suspension d’incrédulité bien accrochée pour suivre ces représailles théâtrales, où le grotesque flirte avec le grand-guignol.

Indépendamment du rôle moteur dévolu aux femmes dans ce roman, elles ne restent toutefois cantonnées qu’au rôle de faire valoir pour le personnage de Yagyu Jûbei. Le samouraï tient en effet le haut de l’affiche, imprimant sa dérision et la malice de son regard au récit. Et, ce n’est pas le désintéressement, l’altruisme ou un quelconque sens de l’honneur qui le guide dans l’accomplissement du dessein des survivantes du clan Hori, mais bien son goût pour le défi, l’envie d’en découdre avec les « Sept Lances d’Aizu » pour nourrir sa légende. Sur ce point, Yamado Fûtarô ne ménage pas sa peine, imaginant des adversaires aux capacités surhumaines et à l’esprit suffisamment retors pour épicer son combat.

Bref, cette première partie de Les Manuscrits ninja augure bien de la suite, sans trahir à aucun moment l’impression de lire une histoire distrayante et amusante, mais pas davantage.

Les Manuscrits ninja1. Les Sept Lances d’Aizu (Yagyu Ninpoucho, 1964) de Yamada Fûtarô – Réédition Picquier poche, 2013 (roman traduit du japonais par Suzuki Fumihiko, Vanina Luciani et Patrick Honnoré)