Le Club des punks contre l’apocalypse zombie

Au sortie d’une nuit blanche passée à répéter le même morceau de punk trash progressif*, puis à s’entraîner à pogoter et malaxer de la pâte à modeler*, Deuspi et Fonsdé, deux des locataires du Collectif du 25, un squat enkysté en territoire bobo, se réveillent en plein milieu de la WWZ. La World War Zombie, celle qui vient de débarquer à Ménilmontant, toute canine dehors. La World War Zone auprès de laquelle le Grand Soir paraît une fête pour petits mickeys. Sous leurs yeux un tantinet écarquillés, les rues sont désormais transformées en abattoir, la tripaille maculant le macadam et les vitrines brisées des petits commerces pour hipsters. No Future ! Les deux compères croient halluciner, puis ils vont reprendre une binouze, affalés sur le canapé du squat devenu une sorte de Fort Chabrol, attendant le réveil d’Eva, Miss Antitout, et le retour de Kropotkine, l’éminence grise et noire des lieux. Car l’apocalypse qui ravage les rues de Paname n’est que le prélude à une nouvelle lutte des classes.

En effet, dans une capitale où les taux de pollution sont redescendus à un niveau acceptable, un des bienfaits inattendu mais prévisible de la fin du monde, les membres du Collectif du 25 vont tenter de fédérer les rares survivants pour donner naissance au premier maillon de la World War Zad. Pas facile, tant la nature humaine se révèle rétive à l’anarchie et prompte à succomber aux interventions divines ou au retour des exploiteurs.

(*authentique)

Roman survivaliste autogéré, farce fantasque et foutraque, Le Club des punks contre l’apocalypse zombie déborde d’une énergie jubilatoire et d’une verve irrésistible, percluse de tics et de tocs qui font mouche. Si l’intrigue ne casse pas trois pattes d’oie à un cégétiste (à vrai dire c’est même n’importe nawak), Karim Berrouka ne lésine pas sur les appels du pied, chaussé bien entendu de Rangers, vers la culture musicale du mouvement contestataire (do it yourself), n’oubliant pas au passage d’appliquer une autodérision salutaire à son propos.

À vrai dire, le roman tout entier relève de la pochade survoltée, saturée de riffs vengeurs ciblant quelques représentants de l’ordre, en vrac la BAC, le MEDEF, les médias télévisuels, la religion, Christine Boutin, bref les ennemis habituels de la révolte et de la jeunesse.

Mais surtout, Karim Berrouka surprend le lecteur dans ses routines, dotant les zombies d’un goût assuré pour la musique, avec des effets différents selon les registres musicaux, et d’une conscience de masse, affûtée au meilleur de la mouvance punk. De quoi rendre cette fin du monde surprenante et délirante, même si le dénouement paraît un tantinet bâclé et les gimmicks trop répétitifs.

Décalé, ironique et sans complexe, Le Club des punks contre l’apocalypse zombie amuse beaucoup sans déroger aux schémas de l’ultra-gauche. D’aucuns pourront trouver le propos simpliste et réducteur. Mais après tout, il est libre Marx ! Et puis, si la fiction ne permet pas de se venger de la réalité, on vit vraiment dans un monde de merde.

Le Club des punks contre l’apocalypse zombie de Karim Berrouka – Réédition J’ai lu, septembre 2017

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Zombies – Un horizon de cendres

Parmi les auteurs francophones à l’humeur caustique, Jean-Pierre Andrevon fait figure d’éminence. Aussi, lorsqu’on le voit investir le sous-genre du roman de zombies, on se doute bien qu’il ne s’agit que d’un prétexte pour laisser libre cours à son regard vachard sur l’engeance humaine. Et, on n’est pas déçu du voyage, tant Zombies – Un Horizon de cendres se révèle grinçant, pétris d’une gouaille ravageuse et de quelques morceaux (bien saignants) de bravoure. Jean-Pierre Andrevon défouraille sévère, alignant les poncifs comme autant de cartouches tirées sur les cadavres, vaguement vivants, de ses contemporains.

Inutile de résumer l’argument de départ du roman. L’humanité succombe face au retour des morts. Point barre. Le reste est raconté, des prémisses jusqu’au dénouement, par un Français moyen sans véritable envergure, mais avec un mauvais esprit jubilatoire.

Cependant, que l’amateur de roman survivaliste ne se trompe pas, l’auteur français lorgne plus du côté de George Romero que sur Walking Dead ou 28 jours plus tard, déroulant une critique sociale et sociétale grinçante. Politique mais guère militant, à moins de considérer l’éradication de l’humanité comme un programme (ça se discute), railleur plus que pamphlétaire, Jean-Pierre Andrevon use des ressorts du roman de zombies pour concevoir un crescendo macabre qui voit la société française se déliter, l’État s’effondrer et les certitudes morales s’effacer devant la marée des morts ressuscités. Une apocalypse gaillarde où l’amour vient effacer de manière surprenante la mort. Pour un temps.

Bref, Zombies – Un Horizon de cendres se révèle un roman fort bien troussé, misanthrope comme on l’aime, et fleur bleue, mais pas trop (heureusement). Amusant, à défaut d’être inoubliable.

Zombies – Un Horizon de cendres de Jean-Pierre Andrevon – Éditions Le Bélial, version numérique, octobre 2010

L’Evangile cannibale

À 90 ans passés, Matt Cirois pensait terminer ses jours peinards, détesté de tous, aides-soignantes comme pensionnaires de la résidence des Mûriers. Pas de chance, l’apocalypse survient sous la forme d’une épidémie de zombies.
En compagnie d’une troupe hétéroclite de grabataires, il s’échappe de l’hospice, direction Paris, où il compte bien devenir le géniteur d’un monde meilleur. Avec Pierrot qui bave en permanence, Yan qui connaît par cœur des tubes désuets, Jacky, le facho non repenti, et d’autres gâteux, le voilà parti en fauteuil roulant dans une équipée sauvage et périlleuse.

On va faire court.
L’Évangile cannibale de Fabien Clavel pourrait faire une très bonne nouvelle. Aborder les zombies via le point de vue croguignolesque d’une bande de vieux échappés de leur hospice a toute les apparences de la farce macabre. L’auteur instille un décalage réjouissant propice à la satire sociale. Il entretient d’ailleurs pendant un temps l’illusion, faisant assaut de saillies grinçantes fort drôles au travers du regard de Matt, cet insupportable vieux cacochyme glaviottant sur tous ceux qui osent l’approcher.
Mais voilà, cette road novella (j’invente le terme) en fauteuils roulants se délite au fil des pages, aboutissant à un récit longuet, mou du moignon, dont on se demande quel est l’intérêt ? Et ce n’est pas le sous-texte vaguement religieux, l’humour noir ou l’humeur atrabilaire du narrateur qui sauvent L’évangile cannibale d’un naufrage n’étant pas dû ici seulement à l’âge.

Non, franchement, sur le thème de la vieillesse, je recommande plutôt Le Bal des débris de Thierry JonquetLune captive dans un œil mort de Pascal Garnier, autrement plus jouissifs, vachards et incisifs sur ce sujet.

Evangile-cannibaleL’Évangile cannibale de Fabien Clavel – Éditions ActuSF, janvier 2014