Curios

Créée par Jean-Daniel Brèque, peut-être plus connu des lecteurs assidus de ce blog pour ses traductions, la collection « Baskerville » ressuscite des récits oubliés de petits maîtres de la littérature populaire parus en feuilleton dans les journaux anglais et en roman à la charnière des XIXe et XXe siècles. Des textes dont l’unique souci était de distraire le lecteur lui procurant sa dose de suspense quotidien. Il ne faut donc pas s’attendre, loin s’en faut, à des histoires d’une modernité renversante, mais apprécier le charme désuet d’une certaine « Belle » époque. Parmi la sélection de Jean-Daniel Brèque, on trouve des rééditions aux traductions retravaillées, parfois intégralement, et quelques inédits comme ceux figurant au sommaire de ce recueil de Richard Marsch intitulé Curios.
Qu’est-ce qu’un curios ? Une sorte de curiosité, comprendre une pièce unique de collection qui par son caractère singulier, sa rareté, devient un objet de prix convoité par d’autres collectionneurs, et par voie de conséquence faisant la fierté de son propriétaire.
Curios rassemble huit textes racontés par deux de ces collectionneurs, bourgeois dilettantes, sans aucun doute rentiers, mettant leur fortune au service de leurs désirs, de leur monomanie et de leurs vices. Car Tress et Pugh apparaissent incontestablement comme deux spécimens d’humanité guère sympathiques. Jouant alternativement le rôle du narrateur, ils nous gratifient du récit de leurs mésaventures dont le déroulement flirte avec l’énigme policière et l’étrangeté.
Sur un ton empreint d’humour vachard, Richard Marsch met ainsi en scène la roublardise, la pingrerie, la fourberie et les combines piteuses de ces deux tristes sires, Tress l’escroc escogriffe et Pugh le nigaud. La légèreté des intrigues et les gimmicks des personnages ne sont pas sans évoquer le théâtre de boulevard, voire le cinéma burlesque. Un fait confirmé jusque dans les dialogues aux tournures délicieusement surannées.
Certes, les effets déployés par Richard Marsh ne brillent pas toujours par leur originalité et on peut leur reprocher d’être un tantinet trop appuyés. On peut également reprocher à certaines histoires leur dénouement prévisible et s’agacer du caractère répétitif du procédé narratif. Toutefois, ces critiques n’ont que peu de poids face aux agissements du duo et aux réelles qualités de conteur de Richard Marsch.
L’auteur anglais se montre autant à l’aise dans le registre bouffon (« L’œuf de grand pingouin » ou « Le phonographe ») que dans celui du fantastique (« La main de Lady Wishaw »). Que l’on me permette d’ailleurs de clamer ma préférence pour ce dernier récit.

Bref, Curios se révèle un recueil dont les nouvelles badines n’ont d’autre prétention que de divertir.
Avis aux éventuels curieux, le recueil est disponible en version papier ici et en numérique .

Aparté : l’ouvrage comporte en bonus, une notice biographique composée par Jean-Daniel Brèque et un article, paru en 1900, affichant le mépris de l’intelligentsia pour la littérature populaire. Rien de neuf sous le soleil.

curiosCurios (Curios: Some Strange Adventures of Two Bachelors, 1898) de Richard Marsh – e-Baskerville (Recueil de nouvelles traduit par Jean-Daniel Brèque)

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