La fille du roi des Elfes

Retour à un classique de la Fantasy, toujours pour plaire au challenge Lunes d’encre.

Il était une fois… La rengaine est connue de tous. Inutile de tergiverser,  le roman de Lord Dunsany est ni plus ni moins un conte. Oui, vous savez bien, ce genre de récit où le héros se marie à la fin et engendre une descendance prolifique et heureuse. Sauf que très rapidement à la lecture de La fille du roi des Elfes, on se rend compte (sans vouloir faire de jeu de mots) que l’auteur abrège l’étape qui précède le dénouement édifiant. Ce roman est donc un conte sur ce qui se déroule après le mariage et la nuit de noce. Les époux seront-ils heureux ? Auront-ils la joyeuse descendance promise ? En attendant la réponse à ces questions – il vous faudra lire ce livre pour cela -, voici quelques indications pour patienter.

« Nous voulons être gouverné par un prince enchanté. »

Telle est la demande du Parlement des Aulnes à son roi lorsque commence le roman. Aussitôt, le monarque dépêche son fils Alvéric vers le pays enchanté, cette contrée magique dont les riverains ignorent volontairement l’existence, leurs demeures n’offrant qu’un mur aveugle à sa vue pour éviter les tentations. Muni d’une épée forgée par la sorcière sur la colline grâce à des flèches de foudre, le jeune héros franchit la frontière floue du pays enchanté, combat une forêt envoûtée et séduit la fille du roi des Elfes qu’il ramène quelques années plus tard dans son royaume, car évidemment le temps s’est écoulé beaucoup plus rapidement dans le monde réel.

Les souhaits de tous semblent alors comblés. Les amoureux s’aiment tendrement, le prince a accompli des prouesses et il succède à son père, mort entretemps. Le peuple du pays des Aulnes accueille avec joie la nouvelle de la naissance d’un héritier qui aura sans doute quelques talents magiques. Le lecteur croit que tout est terminé mais en fait le conte ne fait que commencer.

Ainsi résumée, l’histoire de La fille du roi des Elfes évoque irrésistiblement Stardust de Neil Gaiman. Le parallèle n’est pas complètement erroné mais c’est faire abstraction de l’intervalle temporel qui sépare Gaiman de son noble prédécesseur. En effet, Edward Moreton Drax Plunkett (1878-1957), plus connu sous son titre de Lord Dunsany, figure au rang des auteurs historiques de la Fantasy contemporaine. On a peut-être tendance à l’oublier face à l’invasion des clones de J.R.R. Tolkien qui domine le marché de la Big Commercial Fantasy. Pourtant, cet aristocrate né dans une vieille famille irlandaise qui puise ses racines presque à l’époque de la conquête normande, est considéré comme un précurseur dans le domaine du fantastique épique, à l’instar de William Morris. Son influence s’est exercée sur des auteurs tels que Lovecraft, Robert E. Howard, Clark Asthon Smith et bien d’autres. Il est donc l’arrière grand-père de la Fantasy et peut, de surcroît, s’enorgueillir de beaux restes. Cependant qui s’en souvient de nos jours…

La fille du roi des elfes, qui est considéré comme son chef-d’œuvre, appartient à une veine plus merveilleuse qu’épique. C’est un roman qu’il convient de lire devant une bonne flambée durant une veillée d’hiver, ou allongé dans la prairie un soir d’été éclairé par les étoiles. A vrai dire, toute autre ambiance propice à la nostalgie est la bienvenue.
On ne peut nier le charme qui se dégage de la prose fleurie et contemplative de Lord Dunsany et l’on se surprend plus d’une fois à sourire des péripéties suscitées par l’irruption envahissante de la magie dans le monde des mortels. Ajoutons que la langue ampoulée de l’auteur convient idéalement à la thématique du récit où présent et passé interagissent par le biais de la mémoire. Tiraillés par des sentiments contradictoires, les personnages recherchent un équilibre impossible entre le merveilleux et le naturel, entre les souvenirs et l’oubli.

Pour toutes ces raisons, la réédition de La fille du roi des Elfes fait œuvre utile. C’est une lecture que l’on peut recommander autant pour son aspect fondateur d’un genre que pour le plaisir fugace qu’elle procure… à la condition d’aimer les contes.

La fille du roi des Elfes (The King of Elfland’s Daughter, 1924) de Lord Dunsany – Réédition Denoël, collection « Lunes d’encre », 2006 (roman traduit de l’anglais par Brigitte Mariot)

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La Bibliothèque de Mount Char

Challenge « Lunes d’encre » toujours et encore, avec un premier roman un tantinet en roue libre, mais follement amusant.

Alors qu’il coulait des jours paisibles, entre son bar préféré et un domicile où ne l’attend que Petey, son épagneul fidèle, Steve est abordé par une jeune femme au look pour le moins improbable. Parfaite inconnue à ses yeux, elle ne tarde pourtant pas à dévoiler des détails sur sa vie et sur son passé. Des faits pour lesquels il pourrait être condamné et sur lesquels il a décidé de tirer un trait en embrassant le métier de plombier. D’abord méfiant, Steve refuse la proposition de cambriolage qu’elle lui soumet, préférant changer de conversation. Mais face à son insistance et à la promesse d’une récompense mirobolante, il finit par céder à la facilité. Hélas, les événements prennent une sale tournure lorsque le propriétaire de la maison, où ils sont entrés par effraction, revient de manière imprévue. Steve est tué. Puis, il se réveille en prison, accusé du meurtre du propriétaire, un détective bien connu du voisinage, avec un trou de mémoire en guise d’alibi. Pas de quoi adoucir le jury comme le laisse entendre son avocat. Mais l’irruption d’un colosse dans le centre de détention où il croupit vient bouleverser la donne. Un type sans état d’âme, vêtu d’un accoutrement ridicule – gilet pare-balles et tutu rose, qui massacre tout ceux qu’il rencontre, à l’exception d’un visiteur venu pour prendre son témoignage et qui semble en savoir plus long que lui sur cette histoire bizarre.

« Vous êtes bouddhiste ? Non. Je suis con. Mais je m’obstine. »

Ne tergiversons pas. J’ai beaucoup aimé La Bibliothèque de Mount Char. Passé les cinquante premières pages, un tantinet laborieuses et foutraques, le récit prend son rythme de croisière, ne relâchant à aucun moment l’impression de dinguerie qui affleure tout au long de ce qui s’apparente à une version décalée de l’Armageddon. À tel point que j’ai fini par lâcher prise, m’amusant beaucoup des péripéties et des saillies drolatiques qui parsèment le roman.

Car en dépit de la tournure dramatique des événements, une longue liste de faits sanglants et épouvantables, je ne suis pas parvenu à me départir de mon sourire, gloussant plus d’une fois devant la décontraction avec laquelle Scott Hawkins égraine les calamités. À vrai dire, bien peu de personnes ou de lieux communs échappent au regard caustique de l’auteur américain, que ce soient les militaires, le gouvernement, l’American way of life et j’en passe. Il se moque et malmène ses concitoyens, tout en manifestant une certaine tendresse pour leur caractère faillible et leur conformisme.

Si l’univers dévoilé par Scott Hawkins ne brille pas pour son originalité, on pense d’ailleurs beaucoup à Charles Stross pour le jeu autour de la réalité (le cycle de « La Laverie ») et à Neil Gaiman pour les emprunts à la mythologie, il se distingue cependant de ses devanciers par son caractère anticonformiste et le jusqu’au boutisme de son propos. Oubliez en effet tout ce que vous savez sur la réalité. Nous ne sommes que les jouets de puissances occultes qui se font la guerre depuis des milliers d’années, voire des millions. Les Pelapi, des entités immortelles détenant un savoir si immense qu’il paraît magique à nos yeux. Douze apprentis bibliothécaires, détenteurs d’une partie du savoir des catalogues entreposés dans une maison appartenant au lotissement de Garrison Oaks. Ils y approfondissent leur domaine d’expertise sous la férule cruelle de Père, leur mentor et maître. Jadis enfants de ces banlieues pavillonnaires américaines, ils semblent avoir oubliés jusqu’à leur humanité. Jouant au chat et à la souris avec les autorités, manipulant le tout venant sans scrupules, ils protègent la fameuse bibliothèque dont le contenu détermine la nature de la réalité et la conduite du monde, tel que nous le connaissons. Rien de moins.

Bref, avec ce premier roman, Scott Hawkins ne suscite pas l’indifférence. Et même si tout ceci ne paraît guère novateur, les sarcasmes, l’atmosphère empreinte de noirceur et d’une touche de tendresse emportent l’adhésion, contribuant à faire de La Bibliothèque de Mount Char une lecture divertissante et rafraichissante.

La Bibliothèque de Mount Char (The Library at Mount Char, 2015) de Scott Hawkins – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », 2017 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Jean-Daniel Brèque)

Roi du matin, reine du jour

Challenge Lunes d’encre. Ça commence à sentir l’écurie, raison de plus pour mettre les bouchées doubles.

Nous vivons des temps merveilleux… Pendant que la Big Commercial Fantasy continue de ressasser les mêmes motifs, alternant cycles manichéens interminables et quêtes initiatiques follement aventureuses, des fans toujours plus nombreux plébiscitent ces titres tel le Veau d’or. Le corollaire de cet engouement est hélas une période de vache maigre pour le lecteur soucieux de fantasy exigeante et différente. Toutefois, il arrive parfois qu’émerge, au milieu de l’avalanche, un joyau d’une finesse fascinante. A vrai dire, les termes sont faibles pour décrire, ne serais-ce que sommairement, le sentiment qui prédomine, une fois la lecture de ce Roi du matin, reine du jour achevée. Le titre rappellera sans doute quelques souvenirs aux éventuels soutiens de la cause de l’auteur britannique. Qu’ils se rassurent, la nouvelle éponyme qui figure au sommaire du recueil Empire Dreams (traduit sous le titre État de rêve dans nos contrées), ne correspond finalement qu’à une infime fraction de la première partie du roman.

Trois générations de femmes irlandaises traversent ce roman choral de Ian McDonald. Folles aux yeux de certains, sorcières pour d’autres, elles ne renoncent pas, malgré les obstacles, à aller jusqu’au bout de leur destin.
La première fréquente les lutins des bois quand son père astronome essaie de communiquer avec des extraterrestres. La deuxième, Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à la troisième, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d’on ne sait où…

« Le Migmus est moins un lieu, un rapport spatio-temporel, un domaine géométrique quasi euclidien qu’un état. »

On pourrait entamer la chronique de Roi du matin, reine du jour de la même façon que pour un roman de Robert Holdstock tant la parenté entre l’univers de cet écrivain et celui de Ian McDonald paraît ici évidente. En effet, Roi du matin, reine du jour explore une thématique très semblable à celle abordée dans Mythagos Wood et dans La Chair et l’Ombre. On y retrouve ce mélange subtil de fantastique (le surnaturel faisant irruption dans un contexte réaliste datable) et de fantasy, légitimée par une explication psychanalyco-scientifique. Toutefois, Ian McDonald se distingue de son devancier par une plus grande aisance dans les passages didactiques et par un talent de conteur époustouflant. Le Migmus n’apparaît pas comme une matrice figée strictement cérébrale. C’est un puits psychique dans lequel se déverse un imaginaire collectif en prise directe avec les courants de l’Histoire et les passions des êtres qui en composent l’ossature. L’imagerie convoquée en ressort dépouillée de ce classicisme pesant que l’on peut ressentir parfois à la lecture de l’œuvre de Robert Holdstock. Elle paraît moins primitive et plus en phase avec son époque, même si les ressorts qui l’animent, restent ceux de l’inconscient humain. Mais, ce ne serait pas faire justice à Roi du matin, reine du jour que de le réduire à une comparaison sans doute maladroite. En effet, le roman de Ian McDonald est aussi (et surtout) le portrait de trois femmes aux personnalités singulières et attachantes : Emily, Jessica et Enye.

On commence tout doucement avec Craigdarragh, première partie dont la narration emprunte la forme du roman épistolaire. Le récit se présente comme une succession de lettres, d’extraits du journal intime d’Emily et d’articles de presse, ce qui nous permet d’adopter la position de l’observateur omniscient. De ce fait, on épouse les points de vue du père, de la mère, de la fille et de l’environnement plus ou moins proche de la famille. Cependant, c’est le point de vue d’Emily qui s’impose ; celui d’une adolescente délaissée par ses parents. Peu à peu, les événements étranges se multiplient et elle s’enferme dans son univers ; un monde peuplé d’elfes, de fées et autres esprits élémentaires que l’on croirait échappés des pages de Yeats, et qui ne demandent qu’à s’incarner réellement. Écrit comme il se doit dans un langage suranné, le texte côtoie l’exercice de style. Il parvient pourtant à susciter une multitude de réminiscences allant de l’affaire des fées de Cottingley, défendue en son temps par Conan Doyle, à une imagerie empruntant au préraphaélisme.

Avec l’histoire de Jessica, le traitement se modernise. Ian McDonald nous livre un superbe portrait de femme à la recherche de l’accomplissement personnel mais qui, pour cela, doit se dépouiller, comme d’une mue, d’un passé encombrant. Ce passé, c’est celui de sa véritable mère naturelle. C’est aussi celui de son pays natal qui, au milieu des années 1930, se relève à peine d’une guerre d’indépendance aggravée par une guerre civile. Combinant gouaille ravageuse et trouvailles descriptives réjouissantes, cette deuxième partie, intitulée Le front des mythes, n’est pas loin d’être le point culminant du roman. Ici, l’imaginaire convoqué rappelle à la fois James Joyce et Samuel Beckett.

Après une telle réussite, on nourrit quelques craintes quant au troisième volet du roman. Fort heureusement, on n’est pas déçu. Shekinah nous immerge dans le Dublin de la fin du XXe siècle aux côtés d’une jeune femme active et indépendante. En effet, Enye est une femme de tête, bien de son époque, employée dans une boîte de publicité. Mais la nuit venue, elle prend une bonne dose de drogue pour affûter ses sens et arpente les rues avec deux sabres pour traquer des bizarreries pourvues de multiples pattes, griffes et crocs. Dans son combat contre ces nombreux avatars d’un imaginaire collectif passablement névrosé, il n’est pas rare qu’elle reçoive l’aide de M.I.B., quelque peu bouffons, ou de chimères clochardisées. Nouvelle rupture de ton et de tropisme. L’époque est désormais à la modernité, à la vivacité, à la réactivité et à l’ouverture sur de nouveaux horizons. De nouvelles mythologies viennent se greffer aux ancestrales marottes irlandaises. Le récit est apparemment foutraque mais, en fait, totalement maîtrisé. Et ce syncrétisme païen et paillard finit par emporter l’adhésion jusqu’au dénouement joliment cyclique et touchant.

Bref, il est vivement conseillé de se procurer Roi du Matin, reine du jour afin de renouer avec une Fantasy à la fois inventive et respectueuse de la tradition. Un melting-pot de modernité et de tradition bienvenue, où se détache un trio féminin vraiment marquant.

Roi du matin, reine du jour (King of Morning, Queen of Day, 1991) de Ian McDonald – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », janvier 2009 (roman traduit de l’anglais [Irlande] par Jean-Pierre Pugi)

Kane, l’intégrale 1/3

Continuons à explorer le catalogue de la collection « Lunes d’encre » pour alimenter le fameux challenge.

Le nom de Kane résonne comme une malédiction dans une multitude de royaumes. Guerrier implacable et érudit, la géant roux inspire la crainte dans de nombreuses cours, même s’il sait user de son charisme pour manipuler les souverains ou s’attirer l’allégeance de nombreux combattants. Aventurier assoiffé de pouvoir, il ne semble poursuivre qu’un seul but, dominer le monde, seul dessein en mesure de lui faire oublier sa vie d’errance et l’ennui à laquelle semble vouée son existence immortelle. Mais Kane est-il encore humain ? Car, si sa chair saigne, son esprit semble dégagé des passions humaines, en proie à des machinations démoniaques et à des pensées impies.

La parution de l’intégrale des aventures de Kane, l’une des créatures les plus fameuses de l’auteur américain Karl Edward Wagner, est à porter au crédit de la collection « Lunes d’encre ». Comme le confie d’ailleurs Gilles Dumay dans l’avant-propos à ce premier volume, seule une nouvelle figurant au sommaire de l’anthologie Le Monde des chimères, était disponible dans nos contrées. Voici un tort réparé dont on ne peut que se réjouir, tant l’œuvre de Karl Edward Wagner mérite plus qu’un coup d’œil distrait. Avec La Pierre de sang (Bloodstone, 1975) et La Croisade des Ténèbres (Dark Crusade, 1976), les deux romans composant ce premier volume, on retrouve en effet le plaisir de lire une sword and sorcery brutale et décomplexée, lorgnant ici un tantinet du côté de la science-fiction.

« Les grands principes moraux, poursuivit-il, ne sont pas l’héritage sacré de la barbarie, d’ailleurs – mais simplement une illusion révérée par les paysans dans toutes les sociétés. Des rationalisations aigries de petits esprits vis-à-vis de tous les domaines où ils manquent de pouvoir et d’imagination pour être leur propre maître. »

La Pierre de sang se révèle incontestablement comme le morceau de choix de cet ouvrage, même si La Croisade des ténèbres, plus court, ne démérite pas dans ses choix de narration et son atmosphère. On y découvre le personnage de Kane, anti-héros complexe, sans aucune toxine de surface sentimentale, même s’il se laisse un tantinet fléchir par le caractère tempétueux de Térès, la fille du roi de la cité-État de Breimen. La jeune femme tient en effet dans le roman la principale place, ne se contentant pas de se pâmer lorsque les événements tournent au cauchemar. En cela, elle se distingue de la plupart des héroïnes ayant croisé Conan, le barbare de l’âge hyborien crée par Robert E. Howard auquel on ne peut s’empêcher de comparer Kane. Car, si Karl Edward Wagner acquitte son tribut à la sword and sorcery de l’écrivain texan de manière fort respectable, il imprime aussi une bonne dose de modernité à son récit épique.

Œuvre sombre et viscérale, La Pierre de sang puise ainsi son inspiration au meilleur de cette littérature empreinte de l’esprit du pulp, conjuguant l’horreur cosmique de Howard Philip Lovecraft à la fougue du personnage de Conan pour accoucher d’un récit dont la puissance délétère ressuscite le sens de l’épopée. Une épopée sale où l’héroïsme côtoie les bas instincts de l’humanité. Une épopée grise où la lutte entre le bien et le mal cède la place à une confrontation entre l’ordinaire du droit du plus fort et la lutte contre un plus grand mal.

Porté par une langue où se mélangent tournures archaïques, distanciation ironique et fulgurances relevant d’une poésie du désastre, le récit dévoile des temps barbares, à peine policés par un vernis de culture. Des temps hantés par les vestiges de civilisations d’un âge antédiluvien, dont l’histoire se perd dans la légende et l’encre délavée de grimoires poussiéreux.

« Attention ! Kane tira sur les rênes, obliqua quand une petite fille se jeta imprudemment devant lui à la poursuite sa balle. L’énorme étalon noir se cabra, moulina de ses mortels sabots. Avec un couinement d’effroi, l’enfant obliqua précipitamment.

C’est le général Kane ! Soufflèrent des voix excités. T’en as fait de belles ! File ! La bande d’enfants s’éparpilla comme des feuilles mortes.

La petite fille resta sur place – désireuse de récupérer sa balle, mais n’osant pas approcher tandis que Kane calmait sa monture qui piétinait.

Appréciant son courage, Kane se pencha de sa selle, saisit la balle par se cheveux poisseux. Distraitement, il regarda les traits malmenés de la tête de la jeune femme, que la terre et le sang coagulé rendaient presque méconnaissable. Les pieds nus des enfants avaient pratiquement réduit cette balle en bouillie, au cours de leur partie.

Kane tendit l’objet macabre à la petite fille inquiète – aux yeux bleus écarquillés par l’étonnement de recevoir l’attention d’un aussi important personnage. Celle-ci est presque inutilisable, lui dit-il, et il indiqua du doigt la rangée de têtes plantées le long du rempart de la ville. Tu ferais mieux de la remettrez à sa place et de te trouver une autre balle.

Chaque matin, on exposait la tête des personnes soupçonnées de déloyauté envers Ortède et, par voie de conséquence, envers Sataki. Les enfants du Chapelli ne tardaient pas à trouver de nouveaux jeux avec ces terribles trophées.

Oh, non, monsieur, répondit la petite fille en prenant la tête malmenée. Celle-ci, je veux la garder.C’est ma maman. »

Changement de lieu et d’atmosphère avec La Croisade des Ténèbres. Le récit reprend les motifs plus classiques de la croisade religieuse et de ses développements théocratiques, pour ne pas dire totalitaires. Partie prenante dans l’un des multiples conflits déchirant les royaumes du sud, nés de l’effondrement de l’Empire serranthonien, Kane voit ses plans contrecarrés par les menées d’une secte apocalyptique annonçant la fin du monde tel qu’il est connu. Les Satakistes et leur prophète Ortède Ak-Ceddis prônent en effet un âge de ténèbre, où l’emprise totalitaire de la foi s’impose à tous et à tout. S’étant emparés de la plupart des cités-États de Chapelli, la secte fanatique envisage désormais de conquérir le reste du continent septentrional pour le convertir par le fer et le feu. Mais, les fidèles de Sataki ne sont qu’une armée de manants inexpérimentés. À moins qu’un grand guerrier et stratège ne les encadre et ne les forme aux arts de la guerre…

La Croisade des Ténèbres renoue avec cette sword and sorcery que l’on appréciait tant chez Conan. Si le récit apparaît un cran en-dessous de La pierre de sang, il n’en demeure pas moins fort honorable, recelant quelques saillies fort grinçantes. De quoi jubiler face aux prétendues bons sentiments instillés par une Light Fantasy un tantinet trop manichéenne. On retrouve ainsi un Kane, dans toute la splendeur de sa duplicité. Et même si le déroulement de l’intrigue nous laisse croire que l’Epée de Sataki est pourvue d’un embryon d’âme, on retrouve très vite le cynisme du personnage. Pour Kane, la négation de l’individualité n’est pas acceptable. Il aime trop le désordre et les opportunités qu’il lui dévoile. Mais surtout, sa liberté de faire et défaire les pouvoirs prime sur toute autre considération. Ne faisons donc pas trop vite du personnage une figure humaniste.

Bref, ce premier volume des aventures de Kane tient toutes ses promesses, et bien davantage. Du coup, je suis impatient de découvrir le deuxième tome de l’intégrale. Bientôt…

Aparté : J’allais oublier. Superbe illustration de Sorel !

Kane : L’intégrale 1/3 de Karl Edward Wagner – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », juin 2007 (romans traduits de l’anglais [États-Unis] par Patrick Marcel

Butcher Bird

Voici venir la fin du challenge Lune d’encre. Eh oui, 11 mois se sont écoulés depuis le lancement de ce défi par le sympathique A. C. de haenne. C’est fou ce que le temps passe vite. 25 chroniques ont été mises en ligne depuis le début et je ne compte pas m’arrêter à ce chiffre puisque décembre va être le mois Lunes d’encre. Attendez-vous donc à un festival d’articles consacrés exclusivement à cette collection, histoire de terminer en beauté. Et on commence avec cette 26e chronique.

Idéal pour se divertir, même si l’intrigue ne casse pas trois pattes à un canard, Butcher Bird se révèle une lecture cool et sans prise de tête. La quatrième de couverture évoque (à raison) les mânes de Quentin Tarantino pour les dialogues. Pas faux. Je n’irai pas à l’encontre de l’assertion tant les échanges brillent par leur ton ironique et une imagerie très cinématographique. Tout au plus me permettrai-je d’ajouter Terry Gilliam à la liste des références. Un ajout personnel s’expliquant par le délire visuel, entre fantaisie parallèle, cauchemar et réalité, dont fait montre Richard Kadrey.

En effet, que ce soient la résidence des Jardins du Coma, en feu avant même d’être construite, le chantier de la cité du ciel, voulue en Enfer par Lucifer, ou Bérénice, la ville où finissent tous les souvenirs qu’on laisse derrière soi quand on tourne la page, je ne peux m’empêcher d’y voir un terrain fertile à la démesure du réalisateur.

Quid de l’histoire ?

Spyder et Loulou terminent leur journée, accoudés au comptoir du Bardo Lounge, seul bar tibétain de San Francisco. Associés dans un salon de tatouage et de piercing, les deux acolytes éclusent les verres de Tequila, les uns derrière les autres, tout en se défiant. Mais, au petit jeu de quelle est la pire façon de mourir, ni l’un ni l’autre ne semble remporter l’avantage. Jusqu’au moment où une inconnue, affublée de lunettes noires et portant la canne blanche, leur cloue le bec d’une sentence définitive : « Être trahi par celui ou celle qu’on aime. »

Préférant oublier la fâcheuse, Spyder s’en va vider sa vessie dans la venelle à côté du bar, où un démon manque de lui faire la peau. Sauvé in extremis par l’aveugle, qui décapite le phénomène d’un coup d’épée, Spyder oublie rapidement sa mésaventure, mettant celle-ci sur le compte de l’alcool. Le lendemain, une copieuse gueule de bois lui martelant le scalp, il retourne au turbin. Mais dans la rue, il croise monstres et démons en pagaille. Un capharnaüm qu’il semble être le seul à voir. Et puis, au boulot, il découvre que Loulou a mis en gage son corps auprès des clercs noirs, des créatures terrifiantes venant régulièrement lui en prélever des morceaux. Le cauchemar ! Tout ceci n’est que le prélude d’une quête frappadingue mais cool, en compagnie de Pie-Grièche – la mystérieuse aveugle du Bardo Lounge – de Loulou, de Primo – un gytrash – et du comte No. Une quête dont la destination est rien de moins que l’Enfer.

Avec ses tatouages, un enchevêtrement de motifs anciens, de runes et de symboles ésotériques – comme seule armure, Spyder court de surprise en surprise, sans se départir de sa décontraction naturelle.

« N’oublie pas que tu es un baroudeur taciturne, un guerrier redoutable.

– C’est facile à dire quand on n’a pas la trique. »

L’univers baroque, pour ne pas dire déjanté, où l’horreur affleure sans jamais prendre complètement le dessus, apparaît incontestablement comme le point fort de Butcher Bird. Richard Kadrey bâtit un monde fantaisiste où les arcanes de la démonologie copulent gaiement avec les mythes du monde entier, où le passé, le présent et le futur se superposent en vrac, dans une absence de solution de continuité. Et si la route de l’Enfer ne semble pas pavée de bonnes intentions, elle apparaît, bien au contraire, jalonnée de bizarreries, d’embuscades et de monstruosités prêtant plus à sourire qu’à s’effrayer.

« Sous le Borgia, l’Italie a été pendant trente ans en proie à la guerre, à la terreur et aux massacres. Ça a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. Les Suisses, eux, ont connu cinq siècles de démocratie, de paix et de fraternité. Et qu’est-ce que ça a donné ? Le coucou ! »

Difficile également de résister à la fulgurance de dialogues frappés au coin de la dinguerie ou inspirés par la filmographie d’Orson Welles. Le regard de Spyder semble empreint d’une douloureuse acuité quant aux relations humaines. Fort heureusement, le bougre conjure son spleen existentiel grâce à un humour irrésistible et les situations incongrues ne viennent pas démentir la vivacité de ses réparties.

Bref, comme pour le diable, j’ai apprécié Butcher Bird surtout dans ses détails. Ce n’est certes pas un grand roman, mais une distraction réjouissante. Exactement ce qu’il me fallait.

« Spyder écarta les bras et inclina le cou en arrière pour crier à pleins poumons : Au secours ! Lucifer secoua la tête, comme atterré; Pie-Gièche se couvrit les oreilles. Bon Dieu, ça fait des jours que j’en mourais d’envie !  Déclara Spyder. »

Butcher Bird de Richard Kadrey – Éditions Denoël, collection Lunes d’encre, avril 2012 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Jean-Pierre Pugi)

Providence

À l’ombre des usines à gaz de l’édition ne prolifèrent pas que les herbes folles. Pour preuve, les nombreux romans dignes d’intérêt paraissant dans de petites structures indépendantes, comme par exemple les défuntes éditions du Passage du Nord-ouest. Et ce n’est pas seulement par amour des éditeurs microscopiques que l’on en vient à évoquer le roman de Juan Francisco Ferré, mais bien parce que Providence sonne tel un lointain écho au plus célèbre reclus – expression consacrée – ayant vécu en ladite cité : Howard Philip Lovecraft.

Qu’est-ce que Providence ? On pourrait résumer le propos du roman de l’auteur espagnol par cette question. Bien entendu, on ne le fera pas, tant les réponses et les interprétations sont légion. Jeu de piste littéraire et cinématographique, satire caustique du monde capitaliste et de l’économie de marché, farce grinçante visant les libéraux en peau de lapin de l’intelligentsia américaine, dystopie née des œuvres spectaculaires du 11 septembre 2001, à la fois roman conspirationniste et questionnement sur la nature de la réalité, on trouve tout cela dans le roman de Juan Francisco Ferré, et sans doute même davantage. Une œuvre monstrueuse, postmoderne diront certains, sur ce point la référence à Thomas Pynchon ne semble pas usurpée, tant par son ambition et son ampleur que par sa construction et son foisonnement. Bref, un livre fascinant, déroutant, voire agaçant. Le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent et dont on parvient difficilement à se dépêtrer.

Quid de l’histoire ? Le premier niveau nous entraîne aux côté d’Álex Franco, un cinéaste espagnol un rien iconoclaste, du moins est-ce ainsi que le bonhomme aime à s’imaginer. Suite à la projection de son premier long métrage au festival de Cannes, il rencontre Delphine, une riche sexagénaire encore très attirante, avec laquelle il couche aussitôt. À sa décharge, si l’on peut nous permettre ce jeu de mots libidineux, Álex est un personnage volage aimant par-dessus tout les parties de jambes en l’air. S’ensuivent des ébats honorables, à l’issue desquels Álex reçoit un script. À charge pour lui de le réécrire afin d’en tirer un film potable. Direction ensuite l’université de Providence aux States, où Delphine a également usé de son influence pour lui trouver un poste de professeur d’histoire du cinéma. À peine arrivé, Álex nous raconte son séjour américain dans un journal intime où le cinéma américain et ses clichés viennent peu à peu se mêler à son quotidien. Bien entendu, Álex déconstruit le mythe cinématographique. Il se fait haïr de ses élèves, envoie valdinguer les conventions sociales prévalant dans le milieu universitaire et couche avec toutes les femmes qui lui tombent dans les bras. Il en profite aussi pour régler ses comptes avec l’histoire du septième art et l’establishment du cinéma (« un aquarium trouble abandonné dans une villa expropriée pour non-paiement d’impôts » hanté par des « présences irréelles […] à la recherche d’une opportunité de devenir réalité face à la lumière et de peupler tous les rêves et même tous les cauchemars de tous les cerveaux du monde. »).

Le deuxième niveau de l’intrigue s’aventure sur le terrain de la littérature complotiste. Après une longue nuit alcoolisée à Marrakech, au cours de laquelle il a passé un pacte faustien avec un mystérieux inconnu du nom d’Al Hazred, Álex devient le jouet d’un conflit entre deux factions. Harcelé par un certain Jack Daniels (pas comme le bourbon du même nom), qui inonde sa boîte mél de messages pourvus d’en-têtes cryptiques, genre Dans l’abîme du temps, Celui qui chuchotait dans les ténèbres et autre Montagnes hallucinées, Álex découvre les arcanes de la ville de Providence. L’amateur de Lovecraft aura immédiatement reconnu les titres et les thématiques préférées de quelques-unes des nouvelles les plus réputées de l’écrivain de Providence. Ce dernier ne tarde d’ailleurs pas à être mentionné pour son rôle actif dans une société ésotérique, La Confrérie, dont les actes criminels sont dénoncés par une autre organisation occulte : l’Église écarlate. Álex se trouve ainsi plongé au milieu d’une guerre entre Bien et Mal, soldat perdu d’une lutte dont l’enjeu semble être le contrôle du monde. Pas moins.

Le troisième niveau est plus difficile à cerner puisque la réalité des événements elle-même devient sujet à caution. Álex vit-il vraiment dans la réalité ou se trouve-t-il plongé dans une simulation informatique copiant le réel ? On ne sait pas. Juan Francisco Ferré semble prendre un malin plaisir à égarer le lecteur. Aussi, peut-on lire éventuellement Providence comme une métaphore du monde post-11 septembre, illustrant la citation d’un conseiller américain du gouvernement Bush : « Nous sommes l’Empire et nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’histoire. » À moins que la réponse ne se trouve dans ce passage du roman : « Depuis cinquante années, un phénomène insolite s’est passé. Ce n’est pas que le cinéma ressemble de plus en plus à la réalité, bien au contraire : c’est la réalité qui ressemble de plus en plus au cinéma, à tel point qu’il est impossible de les distinguer. Si la vie ressemble à un film, qu’est-ce qu’il reste à faire aux films ? Ressembler à un jeu vidéo ? Et la vie ? Qu’est-ce qu’il lui reste à faire ? ».

On le voit, les choses ne sont pas simples, d’autant plus que Juan Francisco Ferré entremêle les trames, multipliant les grilles de lecture, les niveaux d’interprétation et les liens d’intertextualité. Il brouille à dessein les pistes, s’autorisant des digressions bavardes et un tantinet lassantes, baladant son lecteur entre perplexité et jubilation.

Alors au final, qu’est-ce que Providence ? Une expérience de lecture loin d’être déplaisante, mais sans doute aussi quelque peu frustrante. Un roman demandant un investissement total et dont le sens ne se livre pas sans un combat acharné. Personnellement, je ne suis pas persuadé d’avoir tout compris.

Providence de Juan Francisco Ferré – Éditions Passage du Nord-ouest, juillet 2011 (roman traduit de l’espagnol par François Monti)

De la décence ordinaire

« La découverte fondamentale d’ Orwell est que la décence ordinaire est le revers de l’apparente indécence publique. »

Court essai d’une centaine de pages, De la décence ordinaire revient sur une notion essentielle dans l’œuvre et la pensée politique de George Orwell. Une notion empirique que Bruce Bégout s’emploie à approfondir d’une plume précise, creusant la réflexion ouverte par Bernard Crick et Jean-Claude Michéa.

Si la common decency, traduit ici sous le terme de décence ordinaire, n’apparaît que vers 1938 sous la plume d’Orwell, elle traverse pourtant toute son œuvre, des romans aux récits documentaires. Loin d’être un théoricien politique, un intellectuel ou un expert scientifique, l’auteur britannique se veut surtout un militant, forgeant au plus près du quotidien son expérience politique, sociale et culturelle. Il en tire l’intuition de l’existence d’un sentiment naturel chez les gens simples, les conduisant à adopter des pratiques communes visant à respecter autrui, à discerner le juste de l’injuste et à résister à l’indécence de l’État, du Marché et de la Machine.

Élaborées dans le contexte des années 1930, bien des réflexions d’Orwell interpellent encore de nos jours, comme le montre Bruce Bégout. Que ce soit la trahison des intellectuels, y compris de gauche, qu’il ne faudrait pas confondre avec un quelconque anti-intellectualisme, ou les manipulations du langage politique, prompt à rendre les mensonges crédibles et le meurtre respectable, la pensée d’Orwell ne semble avoir rien perdu de sa lucidité.

Au travers de son essai, Bruce Bégout s’efforce d’éclairer toutes les nuances de la pensée de l’auteur de 1984 tout en essayant d’en prolonger la logique. Car, si la décence ordinaire semble le remède contre les totalitarismes, elle n’est pas exempte elle-même de faiblesses. Flirtant avec le populisme et une certaine propension à la sensiblerie, elle peut faire l’objet d’une instrumentalisation. Elle demeure cependant l’expression d’une vie affective réellement ancrée dans une pratique sociale quotidienne, échappant ainsi aux manipulations politiques. De même, si l’inclinaison à la violence, à la cruauté et les bas instincts sont inscrits également dans la nature humaine, George Orwell préfère penser qu’il ne s’agit que de manifestations extraordinaires, provoquées par des circonstances particulières. Pour lui, l’Homme n’est pas seulement mû par l’égoïsme. Il peut aussi aspirer à un avenir meilleur pour tous. La décence ordinaire apparaît donc comme un pôle de résistance, le socle d’un socialisme libéré de ses tendances autoritaires ou du compromis avec la société bourgeoise, source de déconvenues plus que jamais actuelles.

Bref, De la décence ordinaire dresse le portrait d’un penseur partagé entre un pessimisme lucide sur l’état du monde et une joie de vivre intacte. Un homme pour qui solidarité, lutte, révolution, socialisme n’étaient pas des vains mots ou des éléments de langage. George Orwell fait ainsi partie de ces anxieux sereins qui placent la décence ordinaire au cœur de tout éventuel projet de rénovation politique et social. Il est urgent de le redécouvrir.

De la décence ordinaire de Bruce Bégout : court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell – Réédition Allia, 2017