Sept secondes pour devenir un aigle

Moi, j’appelle cela jouer de malchance.

Pourtant, l’illustration de couverture était à tomber par terre (comme tout ce que fait Aurélien Police). Et puis, j’avais plutôt apprécié « Lumière Noire » et « Sept secondes pour devenir un aigle ». Mais voilà, au final, le recueil de Thomas Day restera un rendez-vous manqué (un de plus). L’auteur va finir par croire que je le fais exprès. Je jure que non !

Six nouvelles et une novella (novelette ?) figurent au sommaire de Sept secondes pour devenir un aigle. Toutes ont pour fil directeur l’écologie. Comme le précise Yannick Rumpala dans une postface éclairante, nous sommes entrés dans une nouvelle ère : l’anthopocène. Une période où la géologie, le climat, la biomasse et toutes les données « naturelles » doivent désormais composer avec l’humanité, une force dont les activités, la pression qu’elle exerce sur la biosphère, contribue à modifier le fonctionnement du système terrestre.

Pour le meilleur a-t-on longtemps affirmé. Pour échapper à la précarité de l’existence, pour s’affranchir des aléas de la nature… Pour disposer de davantage de confort, une ribambelle de désirs artificiels à satisfaire. Croissance, pouvoir d’achat, miroir aux alouettes…

Pour le pire, comme semblent le confirmer les prévisions les plus optimistes du GIEC.

Commençons par mes deux coups de cœur. J’avais déjà lu « Sept secondes pour devenir un aigle » dans la revue numérique Angle mort. Il n’y a pas une once de gras dans ce court texte, efficace et très visuel. Thomas Day va droit au but en nous relatant la fin de parcours de ce militant amérindien, anarchiste amoral. Et si le dénouement peut paraître hâtif, cela ne se fait pas au détriment du propos. À lire en écoutant du Noir Désir, évidemment.

« Lumière Noire » est paru au sommaire du recueil Retour sur l’Horizon. La version présentée ici a été quelque peu retravaillée par rapport au texte initial. Du chirurgical et non du brutal que l’on se rassure. Ayant un faible pour le post-apocalyptique, je ne pouvais que nourrir qu’un préjugé favorable à l’encontre de ce long récit. Il faut reconnaître que Thomas Day s’en sort très bien. La forme comme le fond, le traitement des personnages et l’atmosphère, très inspirée par Terminator, tout se conjugue avec bonheur pour aboutir à une lecture plaisir dont la conclusion n’est pas pour me déplaire.

Je sais. Vous qui me lisez (trois pelés, un tondu et quelques chevelues), vous vous dîtes que ce compte-rendu ne correspond pas à l’image d’un rendez-vous manqué. Mais voilà, c’est maintenant que les choses se gâtent.

« Éthologie du tigre » se présentait sous des auspices engageantes. Une touche d’exotisme, ici le Cambodge, une tigresse fantôme, un homme au visage ravagé et un propos qui interpelle. Hélas, même si le texte ne manque pas de qualités, j’avoue que l’amourette entre l’éthologue et la guide du ministère de l’environnement m’en a littéralement sorti. Tant pis.

Je suis passé aussi complètement à côté de « Shikata ga nai » et « Tjukurpa ». Je n’ai d’ailleurs pas grand chose à en dire, si ce n’est que ces deux nouvelles m’ont paru anecdotiques. On ne peut rien y changer

Reste « Mariposa », le texte d’ouverture du recueil. Je confesse que celui-ci me laisse dubitatif. Je ne sais quoi penser de la juxtaposition des registres, journal de bord, lettre, compte-rendu d’interrogatoire, si ce n’est que le procédé m’a semblé artificiel.

Arrivé presque au terme de cet article, je cherche encore pourquoi le recueil de Thomas Day me laisse avec un sentiment de frustration. Rien à redire de la narration, l’écriture de l’auteur s’avère très visuelle, faisant appel à des références cinématographiques et musicales. Mais, le goût pour la précision, pour le détail parfois trivial, l’emporte trop souvent sur l’atmosphère, conférant certes aux histoires une touche d’authenticité, mais personnellement, je ne prise guère le pipi caca.

Bref, deux textes sur six, c’est bien ce que je considère comme un rendez-vous manqué. À mon grand regret…

Sept secondes pour devenir un aigle de Thomas Day – Éditions Le Bélial’, septembre 2013

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