La Bibliothèque de Mount Char

Challenge « Lunes d’encre » toujours et encore, avec un premier roman un tantinet en roue libre, mais follement amusant.

Alors qu’il coulait des jours paisibles, entre son bar préféré et un domicile où ne l’attend que Petey, son épagneul fidèle, Steve est abordé par une jeune femme au look pour le moins improbable. Parfaite inconnue à ses yeux, elle ne tarde pourtant pas à dévoiler des détails sur sa vie et sur son passé. Des faits pour lesquels il pourrait être condamné et sur lesquels il a décidé de tirer un trait en embrassant le métier de plombier. D’abord méfiant, Steve refuse la proposition de cambriolage qu’elle lui soumet, préférant changer de conversation. Mais face à son insistance et à la promesse d’une récompense mirobolante, il finit par céder à la facilité. Hélas, les événements prennent une sale tournure lorsque le propriétaire de la maison, où ils sont entrés par effraction, revient de manière imprévue. Steve est tué. Puis, il se réveille en prison, accusé du meurtre du propriétaire, un détective bien connu du voisinage, avec un trou de mémoire en guise d’alibi. Pas de quoi adoucir le jury comme le laisse entendre son avocat. Mais l’irruption d’un colosse dans le centre de détention où il croupit vient bouleverser la donne. Un type sans état d’âme, vêtu d’un accoutrement ridicule – gilet pare-balles et tutu rose, qui massacre tout ceux qu’il rencontre, à l’exception d’un visiteur venu pour prendre son témoignage et qui semble en savoir plus long que lui sur cette histoire bizarre.

« Vous êtes bouddhiste ? Non. Je suis con. Mais je m’obstine. »

Ne tergiversons pas. J’ai beaucoup aimé La Bibliothèque de Mount Char. Passé les cinquante premières pages, un tantinet laborieuses et foutraques, le récit prend son rythme de croisière, ne relâchant à aucun moment l’impression de dinguerie qui affleure tout au long de ce qui s’apparente à une version décalée de l’Armageddon. À tel point que j’ai fini par lâcher prise, m’amusant beaucoup des péripéties et des saillies drolatiques qui parsèment le roman.

Car en dépit de la tournure dramatique des événements, une longue liste de faits sanglants et épouvantables, je ne suis pas parvenu à me départir de mon sourire, gloussant plus d’une fois devant la décontraction avec laquelle Scott Hawkins égraine les calamités. À vrai dire, bien peu de personnes ou de lieux communs échappent au regard caustique de l’auteur américain, que ce soient les militaires, le gouvernement, l’American way of life et j’en passe. Il se moque et malmène ses concitoyens, tout en manifestant une certaine tendresse pour leur caractère faillible et leur conformisme.

Si l’univers dévoilé par Scott Hawkins ne brille pas pour son originalité, on pense d’ailleurs beaucoup à Charles Stross pour le jeu autour de la réalité (le cycle de « La Laverie ») et à Neil Gaiman pour les emprunts à la mythologie, il se distingue cependant de ses devanciers par son caractère anticonformiste et le jusqu’au boutisme de son propos. Oubliez en effet tout ce que vous savez sur la réalité. Nous ne sommes que les jouets de puissances occultes qui se font la guerre depuis des milliers d’années, voire des millions. Les Pelapi, des entités immortelles détenant un savoir si immense qu’il paraît magique à nos yeux. Douze apprentis bibliothécaires, détenteurs d’une partie du savoir des catalogues entreposés dans une maison appartenant au lotissement de Garrison Oaks. Ils y approfondissent leur domaine d’expertise sous la férule cruelle de Père, leur mentor et maître. Jadis enfants de ces banlieues pavillonnaires américaines, ils semblent avoir oubliés jusqu’à leur humanité. Jouant au chat et à la souris avec les autorités, manipulant le tout venant sans scrupules, ils protègent la fameuse bibliothèque dont le contenu détermine la nature de la réalité et la conduite du monde, tel que nous le connaissons. Rien de moins.

Bref, avec ce premier roman, Scott Hawkins ne suscite pas l’indifférence. Et même si tout ceci ne paraît guère novateur, les sarcasmes, l’atmosphère empreinte de noirceur et d’une touche de tendresse emportent l’adhésion, contribuant à faire de La Bibliothèque de Mount Char une lecture divertissante et rafraichissante.

La Bibliothèque de Mount Char (The Library at Mount Char, 2015) de Scott Hawkins – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », 2017 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Jean-Daniel Brèque)

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