Winter is coming – Une brève histoire politique de la fantasy

Publié suite à la participation de William Blanc au Dictionnaire de la fantasy dirigé par Anne Besson, Winter is coming revisite à l’aune de la politique quelques œuvres et auteurs emblématiques de la fantasy. Longtemps réduit en effet à quelques poncifs conservateurs, voire réactionnaires, le genre a beaucoup souffert de cette mauvaise image, certes pas complètement infondée. Le présent ouvrage nuance quelque peu les idées reçues en introduisant des pistes inédites de réflexion.

Comme la science-fiction, la fantasy est fille de la modernité. Mais, quand la première s’attache aux progrès de la science et de la technique, la seconde semble s’être construite en contre, préférant le romantisme d’un Moyen-Âge mythifié aux applications industrielles des techno-sciences. Le genre trouve en conséquence un écho favorable auprès des milieux contestataires qu’ils soient socialistes utopistes, libertaires, liés à la contre-culture ou écologistes. Avec Winter is coming, William Blanc se livre à un travail de contextualisation, restituant la dimension politique d’un genre qui ne se cantonne pas seulement aux fantasmes raillés par Norman Spinrad dans Rêve de fer. Une grille de lecture intéressante, non exempte de partis pris dont on peut discuter, n’excluant aucun domaine, ni le cinéma, ni les séries, ni le jeu de rôle ou encore les jeux vidéos.

La fantasy s’écrit au présent, il n’est donc guère étonnant qu’elle se fasse le reflet des préoccupations et des combats de son époque. Redécouverte notamment grâce aux Éditions Aux Forges de Vulcain, l’œuvre de William Morris en témoigne. L’auteur anglais puise dans un Moyen-âge fantasmé de quoi nourrir un projet d’utopie socialiste s’opposant à un capitalisme accusé d’exploiter l’homme et la nature. Aux yeux de Morris, mais aussi d’autres penseurs et artistes, la période médiévale est désirable car elle propose un idéal de vie communautaire, rural, proche de la nature que l’homme chercher à magnifier par son art au lieu de l’exploiter. Il faut bien comprendre ici que ce n’est pas la science qui est jugée néfaste, mais l’industrie et la technique qui, placées entre les mains des capitalistes, ne produit que déshumanisation et pauvreté. Mêmes s’ils sont loin de partager l’idéologie de leur devancier, on retrouve en partie des échos de cet écosocialisme dans les œuvres de Tolkien et C.S Lewis. Selon William Blanc, il s’agit bien davantage pour ces deux auteurs d’exorciser les horreurs de la Grande Guerre, tout en déplorant les méfaits de la civilisation industrielle sur la société pastorale et ses traditions. Un conservatisme teinté de nostalgie que les baby-boomers vont reprendre à leur compte pour dénoncer le consumérisme et l’impérialisme américain. Gandalf, les Hobbits et les personnages du monde de Narnia deviennent ainsi des hérauts de la Contre-culture, des champions pour les mouvements contestataires qui essaiment sur toute la planète à partir de 1968, échappant définitivement à leurs créateurs.

L’étude ne serait évidemment pas complète s’il n’était fait mention de G.R.R. Martin et du phénoménal A Song of Ice and and Fire. Fruit de la rencontre entre la fantasy et Machiavel, l’œuvre de Martin illustre au moins autant la désillusion post-sixties que la volonté d’accoucher d’un merveilleux infusé à la realpolitik. Opposé aux séquelles répétitives de la Big commercial fantasy, Le Trône de Fer et plus encore A Game of Thrones, sa déclinaison télévisuelle, apparaissent ainsi comme des créations enracinées dans leur époque, objet de toutes les interprétations auprès des fans, entrant en résonance avec les combats politiques d’aujourd’hui, y compris environnementaliste. Un fait que n’avait sans doute pas anticipé Martin lui-même.

L’essai de William Blanc est donc une tentative revigorante pour briser quelques préjugés sur la fantasy. Hélas, sa brièveté plombe cependant un propos ne manquant pourtant pas d’intérêt. Quid en effet de Terry Pratchett ou de Ursula Le Guin, la seconde à peine évoquée au détour d’un chapitre ? Et, si les bonus consacrés à la figure du dragon et à Robert E. Howard sont précieux, ils paraissent bien maigres au regard des perspectives esquissées. Quant à Fritz Leiber, Michael Moorcock ou Jack Vance, ils pointent définitivement aux abonnés absents. En attendant un ouvrage plus conséquent sur le sujet, reste à consulter la bibliographie indiquée en fin d’ouvrage. Elle propose des pistes de réflexion intéressantes.

Ps : Mon petit doigt me souffle qu’il faut que je jette un œil à cet ouvrage.

Winter is coming – Une brève histoire politique de la fantasy – William Blanc – Éditions Libertalia, 2019

10 réflexions au sujet de « Winter is coming – Une brève histoire politique de la fantasy »

  1. Parler de fantasy sans parler de Terry Pratchett le génie absolu, c’est pour moi totalement rédhibitoire. Je passe. Bonne nouvelle par ailleurs, le second tome des maîtres enlumineurs est annoncé début octobre.

      • Oui sans hésitation. Plaisir de lecture au premier degré grâce aux personnages et à une intrigue menée tambour battant, et derrière une idée géniale pour construire la magie du monde et beaucoup de réflexions sur ce monde qui valent pour le nôtre.

      • Zut ! Ton message me remet en mémoire l’inachèvement de la tentative d’épuisement des livres du Disque-Monde sur ce blog. Bon, va falloir…
        Ps : Il est vrai que « Au Guet !  » est un cap (mais, j’aime bien aussi Rincevent et les Soeurcières)

  2. En même temps, la fantasy est utilisé dans tous les sens dans le jeu vidéo et j’ai l’impression que son influence visuelle est surtout sensible dans ce domaine. Et, globalement, cette esthétique joue quand même sur des poncifs. Étonnant qu’il n’y ait pas une fois le mot Conan dans cette rubrique.

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