Le Village des damnés

Retour aux classiques pour le défi Lunes d’encre, avec un petit maître du genre : John Wyndham.

Réédités en un seul volume, Le Village des damnés et Chocky apparaissent comme le point d’orgue de l’œuvre de John Wyndham, aussi connu pour ses romans de fin du monde, une spécialité britannique, et ses récits d’invasions extraterrestres. Les deux romans au sommaire de cet omnibus relèvent d’ailleurs de cette dernière thématique, même si l’invasion prend la voie détournée de la subversion, via l’image « innocente » de l’enfance.

Commençons par Le Village des damnés, aka Les Coucous de Midwich., titre originel beaucoup plus approprié que celui découlant de son adaptation au cinéma, d’abord par Rolf Willa, puis John Carpenter (une purge).

L’argument de départ, connu des cinéphiles, nous emmène au fin fond de la campagne anglaise. Le paisible village de Midwich est frappé dans la nuit du 26 septembre par un phénomène surnaturel inexpliqué. La population perd sans préambule conscience, ne réagissant à aucun stimuli. Bien au contraire, toute personne s’aventurant dans un rayon de deux kilomètres autour de l’épicentre du phénomène plonge illico dans les bras de Morphée. On ne trouve d’ailleurs plus aucun être vivant éveillé qu’il soit animal ou humain. Averties, les autorités établissent une zone d’exclusion, s’empressant de rechercher les causes de l’événement. Elles finissent par découvrir sur des photos aériennes un curieux objet de forme circulaire, posé dans les champs près des ruines de l’abbaye du village. Mais, avant de pouvoir pousser plus loin leurs investigations, celui-ci disparaît et la population se réveille. Plus tard, on découvre que toutes les femmes du village sont enceintes…

Le Village des damnés n’usurpe pas sa qualité de classique. Près de 60 ans plus tard, le roman de John Wyndham n’a rien perdu de sa puissance d’évocation. Tout au plus, peut-on lui trouver un aspect suranné, une patine contribuant à accentuer son charme. L’auteur britannique transpose la thématique de l’invasion extraterrestre dans l’univers policé de la campagne anglaise, lui donnant le visage de l’enfance. Il le fait d’une façon maline, privilégiant son caractère insidieux et angoissant.

Des premiers émois suscités par la révélation des grossesses multiples au dévoilement de la menace implacable représentée par les Enfants, en passant par la mise à l’écart du village et l’entente mutuelle de ses habitants, John Wyndham ne se départit à aucun moment de son flegme, mélange de sens pratique et d’incrédulité. Parmi les personnages, on retiendra surtout celui de Gordon Zellaby, gentleman érudit et philosophe, attaché à l’écriture de son Œuvre, dont les réflexions alimentent le déroulé dramatique des événements. Une lente montée en puissance où les mœurs britanniques se voient acculées dans leurs ultimes retranchements par les impératifs de la biologie. De quoi résoudre définitivement tous les dilemmes moraux.

« Si tu veux rester vivant dans la Jungle, il faut vivre comme la Jungle elle-même. »

Poursuivons avec Chocky. Plus court, ce roman se révèle également plus émouvant. Cœur d’artichaut, quand tu nous tiens… N’ayons pas peur des mots, voici sans aucun doute le chef-d’œuvre de John Wyndham. Une fois de plus, l’apparente menace vient de l’enfance. Apparente menace car il s’agit plus d’une tentative d’aide maladroite que d’une volonté invasive. Le roman se présente comme une chronique familiale de la classe moyenne anglaise, où l’auteur nous fait pénétrer dans l’intimité d’une famille. Chocky est le surnom donné par Matthew, le fils aîné, à une entité qui lui parle et qu’il est le seul à entendre. Aux yeux de ses parents, elle apparaît d’abord comme une chimère enfantine, une redite de l’ami imaginaire de leur fille dont les caprices leur avaient d’ailleurs donnés du fil à retordre. Mais, les questions posées par leur fils, devenu le porte-parole de Chocky, les capacités dont il fait montre dans le dessin, puis en natation, leur font réviser leur jugement. Craignant un désordre mental, ils font appel à un psychologue dont l’avis ne contribue pas à les rassurer. Bien au contraire, il accrédite la thèse selon laquelle Chocky serait bien une créature réelle, évoquant même le mot de possession. Ange gardien, esprit malin, partenaire envahissant, la nature de Chocky interpelle et angoisse les parents de Matthew, d’autant plus qu’il devient l’objet de la curiosité de la presse, et bientôt d’autres spécialistes moins bien intentionnés.

Avec Chocky, John Wyndham se met à hauteur d’enfant, même si Matthew est perçu par le regard de ses parents. Il écrit ainsi un formidable roman sur l’amour parental où la naïveté infantile dévoile au monde adulte des perspectives altruistes vertigineuses.

Bref, cette réédition démontre, s’il est encore utile de la rappeler, la nécessité de ne pas négliger les classiques. Dont acte.

Le Village des damnés (The Midwich Cuckoos, 1957) de John Wyndham – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », mai 2013 (roman traduit de l’anglais par par Adrien Veillon)

Chocky (Chocky, 1968) de John Wyndham – Éditions Denoël, collection « Lunes d’encre », mai 2013 (roman traduit de l’anglais par Michelle Charrier)

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