Cookie Monster

Après des années de galère, Dixie Mae pense avoir enfin décroché le gros lot. Un emploi adapté à ses capacités, certes peu payé, mais donnant accès à une vue panoramique imprenable sur les montagnes de Santa Monica et aux installations de loisirs de son employeur. Embauchée chez LotsaTech, le nouveau géant de l’informatique depuis que celui-ci a englouti Microsoft et IBM, elle répond désormais aux appels dans un box du service clients de l’entreprise. Une activité de petite main qui ne l’empêche pas de nourrir de grands projets pour l’avenir. À la condition de dompter son esprit rebelle, car la jeune femme a le sang chaud comme on dit, et ce tempérament orageux lui a déjà occasionné de nombreuses déconvenues par le passé, en particulier avec sa famille. Pour autant, elle ne se décourage pas, espérant réussir sa période d’essai. Hélas, dès la première journée de travail, un email grossier vient remettre en cause toutes ses bonnes résolutions. Ouille !

Théoricien de la Singularité, connu surtout dans nos contrées pour le triptyque Un Feu sur l’abîme/Au Tréfonds du Ciel/Les Enfants du ciel, et peut-être éventuellement pour Rainbows End et le plus confidentiel La Captive du temps perdu (rattaché au cycle « Realtime » non intégralement traduit dans l’Hexagone), Vernor Vinge relève d’une science-fiction exigeante lorgnant vers la hard SF. Un courant stimulant dont les spéculations vertigineuses ont beaucoup contribué à mon goût pour le genre.

L’argument de départ de Cookie Monster ne s’embarrasse pas de complications. À dire vrai, l’intrigue toute entière suit un fil ténu que l’auteur nous fait remonter au long d’un parcours balisé, dépourvu de toute dramatisation, dont il nous révèle à mi-chemin les tenants et aboutissants. Ce n’est certes pas non plus pour la psychologie des personnages que l’on adhère à la novella, mais bien pour le vertige cognitif suscité par ses spéculations. En fait, Cookie Monster pourrait être sous-titré : la singularité vue de l’intérieur. La novella évoque en effet la lente (tout est relatif) émergence d’une I.A. Un processus dont on découvre ici une étape et dont le dénouement laisse deviner un méchant retour de bâton pour l’humanité.

Souvent considérée comme une littérature d’idées, la science-fiction donne sa pleine mesure dans des exercices de pensée convoquant les technosciences. Cookie Monster en fournit une parfaite illustration. Et si Vernor Vinge utilise un biais déjà vu auprès d’autres auteurs, il n’oublie pas d’acquitter son tribut à ses prédécesseurs, Theodore Sturgeon, Frederik Pohl, John Varley, Robert Charles Wilson, Hans Moravec, Daniel F. Galouye et L. Frank Baum (si si !).

Au final, malgré un traitement sommaire des personnages et une intrigue linéaire, Cookie Monster se révèle mon deuxième coup de cœur pour une collection pouvant déjà s’enorgueillir d’avoir traduit Le Choix de Paul J. McAuley. Un bon bilan qui me fait déjà oublier le rendez-vous manqué du Nexus du docteur Erdmann. Bon maintenant, j’attends avec impatience les textes de Ken Liu et Kij Johnson, promis pour le mois d’août. Tout est foutu !

Coockie monsterCookie Monster (The Cookie Monster, 2003) de Vernor Vinge – Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », février 2016 ( novella traduite de l’anglais [États-Unis] par Jean-Daniel Brèque)

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