Le Livre écorné de ma vie

Chez Lucius Shepard, l’existence comporte une multitude d’angles morts, souvent inattendus, où se niche tout un paysage intérieur, dont les manifestations affleurent jusqu’au moment où un événement les fait surgir à la lumière de la conscience. Elle bascule alors d’un niveau symbolique, source inépuisable de non-dits et de malentendus, pour s’incarner et renverser les routines et certitudes. L’indicible révèle ainsi sa virtualité, déchargeant son potentiel pour le meilleur ou le pire.

Inscrit au sommaire d’une anthologie sur les univers parallèles avant de rejoindre le recueil Five Autobiographies and a Fiction, Le Livre écorné de ma vie s’impose sans coup férir comme l’un des meilleurs textes de Lucius Shepard paru dans la collection « Une Heure-Lumière ». Traduit d’une plume avisée par Jean-Daniel Brèque, non sans quelques contorsions cérébrales selon ses dires, le texte nous invite à échanger notre regard avec celui de Thomas Cradle, un bien sale type, imbu de lui-même et narcissique jusqu’au bout de ses chaussettes Burberry. Qu’il soit de surcroît écrivain à succès n’arrange rien à l’affaire, bien entendu. Cradle reste en effet un éternel insatisfait, obsédé par l’avis porté sur son œuvre, mais surtout en quête d’une reconnaissance critique qui, même si elle paie moins bien, n’en demeure pas moins gratifiante pour l’ego.

Un jour où il s’adonnait à son passe-temps favori, surveiller la liste de ses ouvrages vendus sur le grand méchant A, il se trouve confronté à un roman inconnu signé de son propre nom, qui plus est publié par son propre éditeur. Homonyme ou canular ? La question le taraude et le pousse à agir. L’enquête l’amène sur la trace de ce Cradle 2, bouleversant ses routines, à la recherche de celui qu’il aurait pu être, voire même de celui qu’il aurait dû être s’il n’avait eu la faiblesse de céder aux sirènes du confort de la rente.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette novella venimeuse dont le dénouement confine à une apocalypse personnelle pour son narrateur. Sous couvert d’une autofiction imaginaire, Lucius Shepard s’y livre à une destruction en règle du métier d’écrivain à succès, ne lésinant pas non plus avec l’acide pour brosser un portrait sans concession d’une certaine engeance occidentale, attirée par l’exotisme à peu de frais et le goût douteux de la transgression. Sans respect pour la géographie réelle des lieux, Cradle descend ainsi le Mékong, du Cambodge au Vietnam, de l’amont vers l’aval, jusqu’aux portes de la forêt de thé, au cœur du delta du fleuve, où se tapit une révélation finale flirtant avec une métaphysique teintée d’ironie. Il nous emmène aussi dans un monde de plus en plus incertain, aux frontières fluctuantes, teinté de fantastique et de bassesse, un monde sordide qui le voit se dépouiller de son éducation policée, pour dévoiler le noyau obscur de sa personnalité profonde. Un spectacle guère reluisant lui laissant espérer une rédemption, peut-être… Mais, les choses ne pas si simples et limpides, comme le laisse entendre Lucius Shepard.

Plongée au cœur des ténèbres d’un individu finalement très commun, Le Livre écorné de ma vie n’usurpe pas le qualificatif de récit violent et cynique. On en ressort secoué et impressionné par la vilenie de désirs humains portés à l’incandescence par une plume ne rechignant pas à en décrire les méandres saumâtres.

Le Livre écorné de ma vie (Dog-Eared Paperback of My Life, 2009) – Lucius Shepard – Editions Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », août 2021 (novella traduite de l’anglais [États-Unis] par Jean-Daniel Brèque)

À dos de Crocodile

À l’apogée de leur existence, quelques milliers d’années, une bagatelle dans l’Amalgame, cette méta-civilisation posthumaine et extraterrestre s’étendant sur l’ensemble de la galaxie, Leila et Jasim songent à mourir. Mais, avant d’effacer définitivement leur information du concert du vivant, le couple décide d’entamer un ultime voyage jusqu’au cœur du bulbe galactique central afin d’élucider l’énigme des Indifférents qui ont toujours refusé tout contact. Une quête aussi périlleuse qu’excitante, histoire de leur redonner goût pour un temps à la vie.

À dos de Crocodile réveille ce sentiment de vertige si familier à l’amateur de science fiction. Une drogue dure pour laquelle le lâcher prise s’impose. En presque cent pages, Greg Egan mobilise toutes les ressources de la connaissance scientifique pour imaginer une posthumanité détachée des soucis de la biologie, capable de s’incarner dans un corps de chair ou d’épouser une existence logicielle, ad vitam æternam. Une civilisation aux motivations et dilemmes guère différents des nôtres, mais ayant atteint un niveau technologique et une efficience dans la maîtrise des ressources de l’univers de l’ordre du miracle. Et pourtant, en dépit de son incroyable avance, l’Amalgame reste contraint dans son développement par le facteur temps, obligeant ses habitants à réduire leurs déplacements s’ils ne veulent pas se couper définitivement de leur environnement proche, familial et amical, décalage relativiste oblige. Un sacré pas à franchir, même lorsque l’on dispose de l’immortalité, et même si l’on trouve l’éternité longue, surtout vers la fin…

Dans ce futur far far away, où l’on se déplace en transférant sa conscience sous forme numérisée d’un émetteur à un récepteur, le mystère des Indifférents reste l’ultime frontière d’une civilisation blasée, bienveillante et paisible. Un germe d’excitation pour les cœurs aventureux désirant meubler le vide d’une existence ennuyeuse.

Après avoir sillonné la Voie lactée À dos de Crocodile, d’aucuns trouveront sans doute que leurs attentes n’ont pas été pleinement satisfaites. Il en va pour Greg Egan comme pour Nicolas Bouvier : peu importe les motifs, c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. Il en fait ici une démonstration brillante, trouvant le juste équilibre entre le Sense of wonder et la hard-SF. De quoi donner envie d’explorer plus longuement l’Amalgame. Cela tombe bien, l’auteur australien a écrit deux autres nouvelles et un roman dans cet univers. Maîtrisons notre excitation en attendant une éventuelle traduction (et une réédition pour « Glory », déjà paru dans nos contrées).

À dos de Crocodile (Riding the Crocodile, 2005) – Greg Egan – Éditions Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », mai 2021 (novella traduite de l’anglais [Australie] par Francis Lustman)

Toutes les saveurs

À Idaho City, les prospecteurs affluent de toute part, alléchés par la perspective d’une fortune rapide à peu de frais, si ce n’est un peu d’huile de coude. Et, bien entendu, ils attirent dans leur sillage la mauvaise graine mais aussi des entrepreneurs prêts à leur vider les poches pour la bonne cause. Récemment, une bande de Chinois est arrivée dans la contrée. Une engeance païenne, vivant à plus de dix dans des logements conçus pour deux ou trois personnes, durs à la peine, mais jactant un sabir vous écorchant les oreilles et se nourrissant de plats aux effluves démoniaques. De vrais barbares sur lesquels on préfère garder un œil méfiant, même si l’argent n’a pas d’odeur. Parmi ceux-ci, Lao Guan ou plutôt Logan, comme a pris l’habitude de l’appeler son père, attise la curiosité de Lily. De carrure imposante et de carnation rougeâtre, le bougre a de quoi impressionner le quidam de passage, même si sa nature débonnaire le pousse à s’entendre avec le voisinage. Lily ne s’y trompe d’ailleurs pas en sympathisant avec le bonhomme. Il récompense cette amitié en lui apprenant les arcanes du jeu de wei qi et en lui racontant des contes de son pays natal, en particulier les aventures fabuleuses du général Guan Yu, de sa monture Lièvre rouge et de Lune du dragon vert, son épée irrésistible.

Troisième texte de Ken Liu paru dans la collection « Une Heure-Lumière », Toutes les saveurs confirme que l’Histoire figure parmi les sujets de prédilection de l’auteur sino-américain. Il ne résiste pas ainsi à nous dévoiler un pan méconnu de la conquête de l’Ouest, plus précisément la part prise par la diaspora chinoise dans la mise en valeur de l’Idaho. À vrai dire, le récit semble se réduire à cet aspect que d’aucuns pourraient juger anecdotique, même si l’argument sert à dessein un propos plus universel appelant à dépasser les préjugés mutuels. Pour le reste, le surnaturel, voire le merveilleux, restent un hors-champ ouvert à toutes les interprétations, y compris les plus fantaisistes. Sur ce point, l’extraordinaire promis reste très sage. Un malentendu qu’il faut dépasser, la saveur du récit se situant dans le métissage des histoires, dans les échos et les synergies qu’il suscite et dont Ken Liu rappelle à raison qu’il appartient autant au mythe américain qu’au récit national chinois.

Loin des spéculations de la science fiction ou de l’uchronie, voire des fabulations de la fantasy, Toutes les saveurs relève donc surtout du registre du conte, imaginant un récit optimiste et chaleureux prônant un melting-pot apaisé et profitable à tous, auquel l’épilogue historique apporte hélas un contrepoint factuel plus sinistre.

Toutes les saveurs (All the Flavors, 2012) – Ken Liu – Éditions Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », mai 2021 (novella traduite de l’anglais [États-Unis] par Pierre-Paul Durastanti)

Ormeshadow

Dans une Angleterre préindustrielle, à la fois familière et étrangère, Gideon s’en revient avec ses parents dans la ferme familiale, jadis quittée par son père. Abandonnant le confort et l’animation de Bath, il y éprouve la solitude et la rudesse du déracinement, dans un décor campagnard dominé par les hauteurs de l’Orme, l’éminence rocheuse donnant son nom à la région. Il y fait aussi connaissance de Thomas, son oncle paternel. Un personnage taiseux et brutal, dont les avis résonnent comme des sentences à l’encontre de John, son frère. Sur la lande, entre mer hostile et collines pouilleuses, Gideon fait ainsi l’apprentissage de l’âpreté de l’existence, renouant avec la légende du dragon endormi sous la falaise. Un secret sur lequel sa famille veille, génération après génération.

Lauréat de deux récompenses prestigieuses, Shirley Jackson et British Fantasy Awards, le vingt-neuvième titre de la collection « Une Heure-Lumière » met en vedette Priya Sharma, bien connue pour ses nombreuses nouvelles et novellas outre-Manche, mais beaucoup moins dans l’Hexagone. Une découverte en forme de bonne surprise, même si le recours au fantastique reste ici pour le moins superficiel. Oscillant entre naturalisme et légende, Ormeshadow est en effet surtout un récit tragique, marqué du sceau de la cruauté de la vie, n’évitant le désespoir absolu qu’au prix d’une pirouette finale en forme d’ordalie incandescente.

Les amateurs de Thomas Hardy ou de Charles Dickens ne seront pas dépaysés par les landes inhospitalières où est implanté Ormesleep, le domaine de la famille Belman. Ils ne seront pas déconcertés en retrouvant des ressorts et des motifs familiers au récit d’apprentissage. Mais, il faut avoir le moral bien accroché pour supporter les épreuves subies par Gideon. Une enfance littéralement en souffrance, confrontée à l’ingratitude, voire au mépris d’autrui, malmenée par la rusticité des mœurs rurales et le caractère sordide du monde adulte. Priya Sharma s’y entend pour dépeindre les lieux et les personnages, faisant ressortir les aspects dramatiques de la condition de Gideon. Elle trouve le ton juste, ne cédant pas au pathos, pour transmettre la détresse de l’enfant, puis de adolescent. Soumis au climat étouffant de son milieu familial et aux trahisons successives des uns et des autres, l’imagination apparaît comme un refuge face aux cruautés du quotidien, même si la parenthèse enchantée semble bien fragile au regard des coups qu’il prend. C’est à cet imaginaire qu’il adresse ses suppliques, espérant ainsi infléchir un destin entaché par le fatalisme mortifère, et le lecteur accompagne cet espoir, conscient de l’incertitude de l’avenir et du caractère illusoire du procédé.

En dépit d’une forme très classique, Ormeshadow est un bien beau récit d’apprentissage, empreint d’une émotion sincère où l’imaginaire apparaît comme un échappatoire salutaire, révélant des vertus consolatrices puissantes. De quoi se venger de la réalité.

Ormeshadow (Ormeshadow, 2019) – Priya Sharma – Éditions Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », avril 2021 (novella traduite de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel)

La Fontaine des âges

À quatre-vingt six ans, Max Feder peut se targuer d’une vie bien remplie. Riche à millions, il végète désormais seul dans une maison de retraite, conservant le plus précieux de ses trésors enchâssé dans une bague qui ne le quitte jamais. Jusqu’au jour où ses petits-enfants subtilisent l’objet et le perdent, lui offrant l’opportunité de revoir une dernière fois celle qu’il a toujours adoré. Mais, les années ont-elles flétri les sentiments de Daria, l’amour de jeunesse de Max, rencontrée le temps d’une permission sur l’île de Chypre ? Réduit à une mèche de cheveux et les traces d’un baiser sur un morceau de papier, Daria est-elle restée cette jeune fille magnifiée par le travail de remémoration ou alors est-elle devenue le monstre décrit par tous, cible de toutes les malédictions depuis qu’elle est devenue la source d’une jeunesse éternelle ?

« Quand vous ne désirez plus rien, c’est là que vous mourrez. »

Récompensé par un Nebula Award en 2008, La Fontaine des âges est une novella au propos intime et universel. On pénètre ainsi dans les souvenirs d’un vieillard guère sympathique, pour ne pas dire misanthrope, ayant opté pour la voie du crime plus par dépit amoureux que pour d’autres raisons. Dans un avenir dominé par les biosciences et la cybernétique, Nancy Kress rejoue le mythe de la fontaine de jouvence, sur fond de tumeurs cancéreuses, de mutations génétiques et de cellules souches, dressant le portrait d’un monde où les bouleversements climatiques, les guerres et la ségrégation sociale côtoient les thérapies géniques, les robots et les orbitales. Un futur où les marginaux, éternels parias de l’Histoire, continuent de s’arranger avec les convenances et les lois, adaptant juste leurs pratiques à la modernité. Rien de neuf sous le soleil !

Si l’avenir dépeint par l’autrice américaine ne ressemble en rien aux lendemains qui chantent promis par la révolution technologique des apôtres du progrès, la novella n’adopte pas pour autant le ton critique de la dystopie. Nancy Kress opte en effet pour la neutralité, préférant se focaliser sur les pensées de Max Feder et sur son histoire personnelle. Une existence entière fondée sur la tromperie, le mensonge et le souvenir fantasmé d’une promesse inaboutie. Une illusion assez semblable à celle de la jeunesse éternelle promise à l’humanité et qui nous interroge finalement sur le sens de la vie.

En dépit du sujet, je me retrouve hélas confronté à un immense malentendu, une fois de plus avec l’autrice. Les thématiques de La Fontaine des âges m’interpellent, mais leur traitement me laisse froid. Ce n’est donc pas encore cette novella qui me réconciliera avec Nancy Kress. Tant pis !

La Fontaine des âges (Fountain of Age, 2007) – Nancy Kress – Éditions Le Bélial’, collection « Une Heure-lumière », mars 2021 (novella traduite de l’anglais [États-Unis] par Erwann Perchoc)

La Fabrique des lendemains

Huitième ouvrage coédité par le Bélial’ et Quarante-Deux (aka Ellen Herzfeld et Dominique Martel), La Fabrique des lendemains compose un florilège de vingt-huit nouvelles ébouriffantes dessinant le portrait d’un futur morcelé, écartelé entre l’humain et le posthumain. Un avenir qui, s’il reste du domaine de la potentialité, n’en demeure pas moins en germe dans l’ici et maintenant d’une condition humaine plus que jamais tiraillée entre les exigences du surmoi et la tentation de l’altérité. Auréolé par un Grand Prix de l’Imaginaire, l’ouvrage est l’œuvre sans équivalent dans la langue anglaise d’un jeune auteur au moins aussi prometteur que Greg Egan ou Ken Liu. Au regard de ce recueil, idéalement transposé en français par Pierre-Paul Durastanti, on ne peut que se joindre au concert des louanges.

Passons outre le traditionnel résumé. Non que l’exercice ne nous déplaise, mais il ne convient vraiment pas ici. Aussi contentons nous de livrer quelques pistes, histoire de titiller la curiosité, sans pour autant renoncer à établir une liste des récits ayant suscité notre enthousiasme. L’imagination de Rich Larson s’enracine dans un futur proche, ces fameux lendemains dont l’architecture émerge peu-à-peu sous nos yeux, prolongeant nos usages technologiques, tout en consolidant les différentes ségrégations spatiales fracturant le monde, qu’elles soient sociales, numériques, historiques et ethniques, voire à l’intersection de toutes ces discriminations. Il apprivoise les thématiques propres à la hard science pour en tirer des histoires ancrées dans un quotidien cosmopolite, jalonnées d’allusions à l’Afrique, son continent de naissance, mais aussi à l’Espagne et à d’autres mondes émergents. Et, s’il flirte avec la short story, ne dédaignant pas le récit à chute, la juxtaposition des différents récits laisse entrevoir des liens, des parentés et des résonances indéniables dont on peut pointer les échos avec gourmandise.

Bien qu’il soit qualifié de post-eganien, Rich Larson se distingue pourtant de son aîné australien par un regard moins clinique, moins froid, et un regard plus affûté sur les conséquences et probables dérives impulsées par les technosciences dans un monde en proie à la transformation. Il use ainsi des thématiques de la génétique, de la cybernétique, de la technologie quantique, de l’intelligence artificielle et de l’immortalité dans un contexte marqué par le transhumanisme et les conduites extrêmes, décrivant un avenir plus que jamais livré à l’injustice et à l’inhumanité. Car si la technologie permet de télécharger sa conscience dans un autre corps, mécanique ou biologique, pour jouir de sa jeunesse ou de ses sensations, voire acquérir une forme d’immortalité, si elle permet de résoudre des enquêtes et de protéger le citoyens, elle dispose en même temps des moyens d’asservir, d’exploiter ou d’exterminer. Rien de neuf sous le soleil de la machine molle. Et pourtant, une étincelle d’humanisme semble continuer à briller, paradoxalement, au sein des créations génétiques ou numériques de l’homme. Néo-néandertalien, IA et autre chimpanzé évolué laissent à penser que si l’humain disparaît, sa meilleure part au moins lui survivra.

Dans un monde en proie aux conflits asymétriques, où les perdants de la mondialisation sont pourchassés ou instrumentalisés par une idéologie techniciste ayant remisé dans les poubelles de l’histoire les promesses du progrès social et émancipateur, les récits de Rich Larson délivrent une vision assez sombre de l’avenir. Un futur où l’humain reste à l’interface d’un désir d’empathie sans cesse déçu et d’un instinct de prédation insatiable. Entre émerveillement, sidération, et effroi, on accuse ainsi le choc, troublé par les sonorités étranges et familières des motivations de personnages n’ayant pas mis à jour les contradictions de leur nature d’être raisonnable et superstitieux.

Parmi les vingt-huit textes figurant au sommaire, retenons surtout huit nouvelles. « Indolore » constitue une entrée en matière percutante, à la croisée des technosciences et de l’émotion. On y épouse le point de vue d’un super-soldat doté de la capacité à se régénérer. Longtemps au service d’intérêts supérieurs, il a déserté, cherchant désormais à libérer un otage interné dans un hôpital. Avec ce seul texte, Rich Larson investit le champ des possibles de la science-fiction, alliant la puissance d’évocation du genre au dépaysement des mondes émergents. Dans un registre post-apocalyptique, « Toutes ces merdes de robots » ne déparerait pas dans un recueil de Robert Scheckley. L’humour grotesque y côtoie un sentiment d’étrangeté mais aussi les spectres de la mortalité et du deuil. Dans un monde où Dieu (l’homme) est mort, le dernier survivant de l’humanité n’a-t-il pas tout intérêt à disparaître, histoire d’entretenir l’illusion de sa supériorité ? Pour les amateurs de physique quantique, « Porque el girasol se llama el girasol » offre quelques dangereuses visions, non dépourvues d’une certaine poésie, où le thème du déracinement se trouve intriqué avec celui plus politique de l’immigration illégale. Avec son crescendo dramatique et son dénouement poignant, ce texte est incontestablement un coup de cœur. Dans un registre dystopique, « L’Homme vert s’en vient », le texte le plus long du recueil, dépeint un futur inégalitaire menacé par une secte prônant l’extinction de l’espèce humaine. Évidemment sombre, mais non dénuée d’un goût affirmé pour le sarcasme et une certaine dose de décontraction, cette nouvelle est portée par un personnage féminin singulier et fort sympathique dont on aimerait lire d’autres aventures, histoire de se frotter plus longuement à son tempérament de battante. « En cas de désastre sur la lune » renoue avec un humour absurde de la plus belle eau. Dans le contexte d’un huis clos à bord d’une une capsule spatiale stationnée sur la Lune, on voit l’angoisse initiale se transformer progressivement en récit d’une extravagance débridée fort réjouissante. N’en disons pas davantage de crainte de déflorer la chute fort savoureuse. « Veille de Contagion à la Maison Noctambule » s’aventure sur un terrain plus cruel et tragique. On y découvre un futur post-apocalyptique où seule la partie nantie de l’humanité a survécu au prix de l’extermination presque totale de ceux qu’elle considère comme des parasites. Le texte dépeint avec force talent, y compris celui du traducteur, une société post-humaine étrangère par son apparence, ses membres portant leur vêtement comme une seconde peau (ou poe), tout en rejouant le principe marxiste de la lutte des classes comme un rite de passage. Voici incontestablement, une grande réussite de ce recueil. « Innombrables Lueurs Scintillantes » abandonne la Terre et ses parages pour se focaliser sur une intelligence résolument non humaine. Avec ses pieuvres sentientes, Rich Larson fait preuve ici d’une belle créativité, dressant en quelques pages le portrait détaillé d’une société en proie aux démons de la superstition et de la peur face à l’inconnu. Toute ressemblance avec une autre espèce n’est pas exclue. Pour terminer, « La Digue » se penche sur les mécanismes de l’amour et sur les artifices déployés pour séduire. Et si aimer n’était pas qu’une histoire de tropisme biologique et d’affinités électives ? L’idée a de quoi inquiéter, voire choquer comme le découvre ce couple de vacanciers amoureux. Un texte troublant de justesse et de simplicité.

Répétons-le encore une fois, le cœur de la science-fiction bat au rythme de la nouvelle. Si l’assertion peut paraître un lieu commun pour les connaisseurs du genre, La Fabrique des lendemains en donne une preuve brillante et stimulante.

La Fabrique des lendemains – Rich Larson – Le Bélial’ & Quarante-Deux, octobre 2020 (recueil de nouvelles traduites de l’anglais [Canada] par Pierre-Paul Durastanti)

Vigilance

Dans un avenir proche, dopé à l’adrénaline, Robert Jackson Bennett brosse le portrait d’une Amérique devenue complètement paranoïaque à force de vivre dans la peur. Une peur institutionnalisée, prenant le visage d’une altérité forcément suspecte. Qu’il soit étranger, noir, latino, jeune ou tout simplement non armé, l’autre constitue une menace contre laquelle le citoyen ne doit pas relâcher sa vigilance comme le scande le jeu de télé-réalité éponyme de la chaîne One Nation’s Truth. Le principe de l’émission a le mérite de la simplicité. Des candidats postulent pour faire partie d’une équipe des tueurs lâchés dans un environnement public aléatoire. Ils s’efforcent d’y faire le maximum de victimes, tout en restant vivant le plus longtemps possible. S’ils survivent, un jackpot récompense leur faculté de nuisance. Mais, si l’une des victimes/cibles les élimine, c’est elle qui touche le pactole. Dans tous les cas, le showrunner passe à la caisse, engrangeant le cash des annonceurs. Ils sont légion en ce bas monde.

Principal concepteur et producteur du programme vedette de ONT, John McDean est lui-même un tueur. Il sait que l’Amérique n’est plus un endroit où l’on vit, mais un lieu où l’on survit. Il connaît le goût pour le sang et pour la sécurité de la Personne Idéale, son concitoyen, cible privilégiée de l’émission Vigilance. Un profil dont il tire d’ailleurs un maximum de profit, capitalisant sur son angoisse afin de placer des publicités ciblées. McDean n’a aucun scrupule. Pourquoi en aurait-il ? Il ne fait que suivre le mouvement, l’accompagner, toujours avec un train d’avance, celui que lui procure la technologie et la neuro-psychologie. Et, s’il lui venait des états d’âme, les investisseurs se chargeraient de lui botter les fesses pour l’expédier parmi les rebuts. De toute façon, qui est-il pour prétendre infléchir la volonté de la Personne Idéale ? Ce soir, les réseaux sociaux bruissent de rumeurs astucieusement distillées par les algorithmes générés par les services marketing de la chaîne. Une atmosphère de violence latente électrise les habitués avides d’hémoglobine. Ils sont armés, prêts à défourailler ou à échanger des commentaires sur le direct concocté par les créatifs de ONT. Qui va se faire massacrer ? Qui va survivre ? Qui sera assez vigilant pour remporter le pactole ?

Sur un sujet n’étant pas sans rappeler Jack Barron et l’éternité ou Le prix du danger (Il faut relire Robert Sheckley), Robert Jackson Bennett dresse un portrait au vitriol d’une nation en roue libre, en proie aux démons de l’individualisme, au fantasme de l’auto-défense et persuadée que sa destinée manifeste s’incarne dans la guerre de tous contre tous. Dans Vigilance, les tueries de masse ne sont en effet plus un fléau réprouvé par une morale impuissante face au lobby des armes à feu, mais un spectacle tout public, servant de réceptacle aux passions malsaines d’une population déclassée. Un entertainment sordide dont tire profit des investisseurs cyniques, où tout est fait pour garder le téléspectateur captif, y compris de ses plus bas instincts. Le propos de l’auteur américain exhale une colère froide et généreuse contre tout une frange de la société américaine. Celle ayant voté sans sourciller pour Donald Trump, celle qui voue un véritable culte aux vétérans de la Seconde Guerre mondiale, mais curieusement, n’est pas dérangée de côtoyer les vrais nazis de l’alt-right au quotidien. Il réserve à cette engeance ses meilleures cartouches, ne tirant pas à blanc. Bien au contraire, il fait mouche car en Amérique in gun we trust and we die.

Entre les studios de One Nation’s Truth, où se déroulent les préparatifs du prochain Vigilance, et un bar de nuit miteux où patiente son public cible, Robert Jackson Bennett tisse sa toile, resserrant progressivement les mailles d’une intrigue en forme de crescendo glauque et inexorable. Et, même s’il ne brille pas pour son originalité, le twist final de Vigilance n’affaiblit cependant pas l’aspect satirique et grinçant de la charge.

Autre avis ici.

Vigilance (Vigilance, 2019) de Robert Jackson Bennett – Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », 2020 (novella traduite de l’anglais [États-Unis] par Gilles Goullet)

La Chose

La Chose est la réédition d’une novella de Science-fiction horrifique, parue en 1938 aux États-Unis. Dans nos contrées, elle figurait au sommaire du recueil Le Ciel est mort dans une traduction pour le moins datée. En reprenant le travail à zéro, Pierre-Paul Durastanti rend justice à la modernité d’un texte qui n’accuse finalement pas son âge (plus de 80 ans, excusez du peu). Plus connu pour l’adaptation de John Carpenter que pour celle du duo Nyby/Hawks, au grand dam de Dan Simmons, La Chose suscite évidemment une multitude de réminiscences visuelles. Ce processus mental ne s’embarrasse pas du paradoxe faisant illico de Kurt Russell, Wilford Brimley et Donald Moffat les incarnations textuelles de McReady, Blair ou Garry. On a connu pire pour des archétypes réduits dans la novella à quelques traits physiques et psychologiques. Lire La Chose en 2020, après avoir vu le film, provoque en conséquence un curieux sentiment de déjà-vu, même si la fin est plus radicale chez le réalisateur américain.

Sur une trame simple et solide, John W. Campbell propose un texte ne s’embarrassant guère de psychologie ou d’horreur organique. À vrai dire, l’angoisse n’apparaît pas au centre des préoccupations d’un auteur bien plus intéressé par la vraisemblance scientifique de la chose, pas celle à laquelle vous pensez, l’autre. Le sujet n’est donc pas qui est l’ennemi, mais comment le démasquer avant qu’il ne soit trop tard ? Pour y arriver, John W. Campbell mobilise les connaissances de la biologie, en particulier la sérologie, afin de venir au secours d’une humanité menacée par le péril insidieux de la subversion biologique. Le cauchemar ! Sur ce point, Carpenter respecte à la lettre l’intrigue de la novella, mais là où le réalisateur en fait un argument du suspense, Campbell se contente de démontrer que, grâce à sa faculté à réfléchir et grâce à son agressivité, l’être humain est sans doute la créature la plus dangereuse dans cette station de l’Antarctique, démontrant par la même occasion son aptitude à survivre dans un environnement hostile.

En dépit de son âge, La Chose demeure donc un huis-clos polaire efficace, d’une modernité étonnante, où le Struggle for life et le nihilisme s’effacent devant l’enquête scientifique et la froideur des faits. On relira maintenant avec plaisir Les Choses, histoire de goûter à toute l’ironie mordante de Peter Watts qui correspond finalement bien à l’esprit du texte de Campbell.

La Chose (Who Goes There ?, 1938) de John W. Campbell – Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », novembre 2020 (novella traduite de l’anglais [États-Unis] par Pierre-Paul Durastanti)

Les agents de Dreamland

De Caitlín R. Kiernan, Internet nous apprend qu’elle mène de front une carrière dans la paléontologie et la littérature, alternant les scenarii de comics et l’écriture de romans ou de nouvelles. La science-fiction et la fantasy semblent être ses genres de prédilection, même si elle ne dédaigne pas le fantastique où elle a été primée pour un titre traduit dans nos contrées (La fille qui se noie). Je la découvre cependant ici avec le vingt-cinquième titre de la collection « Une Heure-Lumière » pour lequel je confesse un coup de cœur. Savoir que cette novella s’inscrit dans une courte série intitulée « Tinfoil Dossier » a l’avantage et l’inconvénient de me réjouir et de m’effrayer. Tout est foutu !

« Vous êtes ce que vous êtes, jusqu’à ce que vous ne le soyez plus. Toutes les choses sont seules dans le temps. Le temps est le navigateur, et nous ne sommes que des autostoppeurs. »

Les agents de Dreamland ne verse pas dans les lovecrafteries, bien au contraire la novella relève de l’héritage lovecraftien, dans la meilleure acception du terme. Caitlín R. Kiernan ne se contente pas en effet de reprendre à son compte les éléments de l’imaginaire de l’auteur de Providence, elle se les approprie, proposant de surcroît un melting-pot d’influences diverses empruntées à la culture populaire, y compris musicale. Ésotérisme, dérive sectaire, complotisme, ufologie, champignon parasite et histoire secrète composent un récit qui, s’il ne livre pas LA solution, n’en demeure pas moins suffisamment inquiétant pour susciter le malaise et la sidération face à l’inconnu et à la petitesse de l’espèce humaine.

D’une plume imagée, pétrie de fulgurances redoutables, bénéficiant de plus de la traduction soignée de Mélanie Fazi, l’autrice américaine opte pour une narration résolument non linéaire, dessinant progressivement les contours d’une vérité indicible et sans espoir. Elle acquitte ainsi son tribut à Lovecraft, sans se montrer trop maniérée ou trop respectueuse de la matière originale, distillant l’horreur et l’étrangeté dans les angles morts d’un récit que n’aurait pas désavoué les scénaristes de la série X-Files. Les agents de Dreamland se distingue enfin par la radicalité de son propos et un pessimisme perceptible jusque dans le désenchantement du mystérieux Signaleur, mais aussi compréhensible à la lumière des révélations de l’inquiétante Immacolata Sexton, l’alter-ego féminin et britannique de l’agent américain.

Déroutant et malin, Les agents de Dreamland a donc tout pour séduire l’éventuel curieux, à la condition d’accepter le pacte de lecture proposé par Caitlín R. Kiernan. Reste à lire maintenant Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis, paru au sommaire du numéro 99 de la revue Bifrost, histoire de prolonger le charme vénéneux de ce premier texte de la série « Tinfoil Dossier ».

Les agents de Dreamland de Caitlín R. Kiernan – Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », août 2020 (novella traduite de l’anglais [États-Unis] par Mélanie Fazi)

Barrière mentale et autres intelligences

Depuis sa naissance préhistorique, l’humanité n’a jamais été confrontée à plus grande menace que celle de l’accroissement exponentielle de son intelligence. Une révolution surpassant toutes celles ayant influé son mode de vie, du néolithique à l’ère industrielle. Ce phénomène cosmique affecte jusqu’à la plus infime existence, dressant les animaux domestiques contre leur maître et rendant la faune sauvage plus apte à déjouer les pièges humains. Mais, plus intelligent ne veut pas dire plus raisonnable. L’irrationalité croît à mesure que se dispersent les effets du champ de force qui inhibait les réactions électrochimiques du cerveau. Les hommes se découvrent ainsi de nouvelles facultés, mais surtout ils prennent conscience de leur finitude, flirtant avec la folie ou usant de leur (sur)nature toute neuve pour satisfaire leurs envies, haines ou conforter leurs préjugés. Bref, le chaos s’annonce, à moins qu’une poignée d’hommes résolus ne prennent le destin de l’humanité en main afin de la guider vers les étoiles.

Publié au Bélial’, Barrière mentale et autres intelligences se compose de la réédition du roman éponyme et de trois nouvelles axées sur la thématique de l’intelligence. Le roman bénéficie d’une révision de sa traduction par Pierre-Paul Durastanti, d’un avant-propos de Jean-Daniel Brèque, infatigable passeur de l’œuvre de Poul Anderson, et d’une postface de Suzanne Robic & Karim Jerbi, deux spécialistes en neuroscience. Autant dire que cette réédition réunit toutes les conditions pour rendre justice à un titre jusque-là fort malmené dans nos contrées.

Barrière mentale se révèle assez différent des romans d’aventure de Poul Anderson, « Hanse galactique » et autre « Patrouille du temps », même si l’on y retrouve l’attrait de l’auteur pour l’espace, son goût de la liberté et un certain sens du tragique. Loin de l’univers fun des pulps, il y traite des conséquences sur l’homme et sur sa civilisation d’une explosion soudaine de son intelligence. Entre l’Amérique et le monde, la ville et la campagne, l’universel et l’intime, on suit ainsi plusieurs personnages touchés par la tempête électrochimique qui se déchaîne sous leur crâne. Si certains appréhendent l’avenir avec optimisme, analysant sereinement les nouvelles potentialités qui s’offrent à leur intelligence décuplée, d’autres sombrent dans la dépression, l’hybris ou la folie. La civilisation humaine en ressort bouleversée, en proie à des tiraillements dont on ne perçoit l’ampleur qu’à la marge, via le vécu de quelques personnages. une métamorphose touchant à la fois la science, la technologie, la psychologie, l’organisation sociale, politique et le langage, voire même la philosophie.

Optant pour la multi-focalisation afin de restituer le changement global impulsé par l’accroissement d’intelligence, Poul Anderson ne pousse pas le foisonnement aussi loin qu’on pourrait l’espérer. Le roman se contente de dessiner une sorte de patchwork dont certains motifs se détachent plus que d’autres. Selon Jean-Daniel Brèque, la faute en incombe aux contraintes éditoriales de l’époque, le roman étant paru en 1954, période pendant laquelle la SF se devait de faire court. En dépit de ce bémol, le récit recèle pourtant quelques belles spéculations. Pour commencer, cette évolution du langage résultant de la mutation de l’esprit humain que l’auteur s’efforce de retranscrire sous une forme écrite réduite à des notions logiques où prévaut l’implicite. Mais, on y trouve aussi une proposition de réorganisation de la société sur des bases libertaires qui aurait tendance à faire mentir la réputation réactionnaire de l’auteur dans l’hexagone, mais confirmerait son appétence libertarienne.

S’il ne parvient pas complètement à restituer d’un point de vue universel la métamorphose de l’humanité, Poul Anderson parvient tout de même à nous faire ressentir ses effets d’un point de vue plus intime, notamment via les destins de Sheila, l’épouse effacée du physicien Pete Corinth, et de Archie Brock, l’ex-idiot du village désormais parfaitement adapté à sa nouvelle condition. Les segments du récit où l’on côtoie ces personnages apparaissent sans doute comme les plus réussis du roman, du moins les plus propices à l’émotion. Ils ne sont pas sans évoquer Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, autre classique de la science fiction.

Notre lecture de Barrière mentale s’achève ainsi sur un sentiment d’inachèvement, l’impression d’avoir découvert une histoire ambitieuse dont les spéculations ne s’accordaient pas tout à fait au cadre étriqué de la SF des années 1950. Pour autant, le roman semble un jalon important dans l’œuvre de Poul Anderson.

Barrière mentale et autres intelligences (Brain Wave, 1954) de Poul Anderson – Éditions Le Bélial’, juin 2013 (roman et nouvelles, traductions révisées de l’anglais [États-Unis] par Pierre-Paul Durastanti)